À Charles Spon, le 16 novembre 1655
Note [34]

Montglat (Mémoires, pages 309‑310) :

« Quoique la campagne {a} fût finie, le roi ne laissa pas de retourner à Compiègne vers la fin de novembre, sur un avis qu’il eut que le maréchal d’Hocquincourt traitait avec le prince de Condé pour lui remettre les villes de Péronne et de Ham. Ce maréchal, durant la guerre civile [la Fronde], s’embarqua d’abord avec le duc de Beaufort et lui donna parole d’être de son parti ; mais le cardinal Mazarin, en ayant été averti, lui manda de la part du roi de venir à la cour, qui était à Amiens en 1649 ; ce qu’il refusa nettement et ce refus augmenta l’envie que le cardinal avait de le voir ; lequel le pressa tant qu’enfin il demeura d’accord de se trouver dans une plaine avec pareil nombre de gens que lui, et qu’il l’entretiendrait là tout à loisir. {b} L’entrevue se fit de la sorte, et le cardinal le cajola si bien, lui promettant le bâton de maréchal de France, qu’il le retira de ce parti et le ramena au service du roi ; et sans considérer l’inconstance de son esprit et le peu de confiance qu’il devait prendre en lui, il en fit son principal confident, le fit maréchal de France comme il lui avait promis et lui donna les principaux emplois ; même, il se servit de lui pour le ramener d’Allemagne en France ; mais ayant connu que le maréchal de Turenne était plus capable de commander que lui, il lui ôta le commandement de l’armée sous prétexte qu’on appréhendait que Péronne ne fût attaqué. Il ne fut depuis guère employé, dont il eut un tel dépit qu’il ne se put empêcher de se plaindre du cardinal ; et comme il était fort amoureux de la duchesse de Châtillon, qui était dans les intérêts du prince de Condé, elle envenima sa colère et augmenta si bien son mécontentement qu’elle l’engagea dans le parti du prince et tira parole positive de lui sur ce sujet. Dès que le cardinal en eut le vent, il fut fort alarmé, considérant de quelle conséquence étaient au roi les villes de Ham et de Péronne : c’est pourquoi il n’oublia rien pour le gagner. Il se servit de la maréchale d’Hocquincourt, {c} sa femme, plus spirituelle que lui, et la prit par son faible, qui était l’amitié qu’elle avait pour son fils aîné, en lui offrant les gouvernements de son père, et à lui deux cent mille écus pour en sortir. Elle négocia si bien qu’elle conclut le traité, par lequel le maréchal sortit de Péronne et se retira chez lui avec les six cent mille livres, et le roi y entra au commencement de décembre ; et y ayant établi le marquis d’Hocquincourt, fils aîné du maréchal, il revint à Paris en carrosse de relais en un jour, par un temps de neige fort fâcheux. La duchesse de Châtillon, qui avait été arrêtée, fut mise en liberté par ce traité. »


  1. De 1655.

  2. V. note [4], lettre 186.

  3. Éléonore d’Étampes de Valençay.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1655. Note 34

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(Consulté le 28.02.2021)

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