À Charles Spon, le 18 janvier 1644
Note [37]

Guy Patin a changé his principiis nascuntur heroës, en his principiis nascuntur et Tyranni et Heroës ab illis nihil dissimiles, quibus interdum ante mortem erumpunt ulcera, qualia olim Lysandro Laconi, a nigræ bilis dominatu [c’est ainsi que naissent et les tyrans et les héros, qui leur sont semblables en tout, dont le corps se couvre parfois d’ulcères avant de mourir, par une prédominance de bile noire, comme il est arrivé jadis à Lysandre de Laconie].

Lysandre, général lacédémonien mort en 395 av. J.‑C., joua un grand rôle dans les luttes de Sparte contre Athènes connues sous le nom de guerre du Péloponèse. C’était un homme féroce, rusé, despote, parjure, mais un général habile (G.D.U. xixe s.).

Aristote (Problèmes, section xxx, 1, De la réflexion, de l’intelligence et de la sagesse ; traduction de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, 1891) :

« Pourquoi tous les hommes qui se sont illustrés en philosophie, en politique, en poésie, dans les arts, étaient-ils bilieux, et bilieux à ce point de souffrir de maladies qui viennent de la bile noire, comme par exemple, on cite Hercule parmi les héros ? {a} Il semble qu’en effet Hercule avait ce tempérament ; et c’est aussi en songeant à lui que les Anciens ont appelé mal sacré les accès des épileptiques. Ce qui prouve cette disposition chez Hercule, c’est sa fureur contre ses propres enfants et la violence avec laquelle il déchira ses plaies avant sa disparition sur l’Oéta. Ce sont là des emportements que cause fréquemment la bile noire. Ce sont aussi des blessures de ce genre que se fit Lysandre, le Lacédémonien, avant de mourir. On en dit autant d’Ajax et de Bellérophon : l’un en devint tout à fait fou et l’autre ne recherchait que les solitudes. Voilà comment Homère a pu dire de lui : “ Comme il était en horreur à tous les dieux, il parcourait seul les plaines de l’Alée, dévorant son propre cœur et évitant la rencontre des humains. ” Bon nombre de héros semblent avoir souffert des mêmes affections que ceux-là. Parmi les Modernes, Empédocle, Platon, Socrate et une foule de personnages illustres en étaient là. Il en est de même de la plupart des poètes. C’est cette espèce de tempérament qui a causé les maladies réelles d’un certain nombre d’entre eux ; et chez les autres, leur disposition naturelle avait évidemment tendance à ces affections. C’était là, ainsi qu’on vient de le dire, le tempérament particulier de tous ces personnages. »


  1. V. note [3], lettre de Reiner von Neuhaus, le 21 octobre 1663.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 18 janvier 1644. Note 37

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(Consulté le 20.10.2019)

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