À Nicolas Belin, le 17 avril 1649
Note [4]

V. note [26], lettre 172, pour la venue à Paris du duc d’Orléans et de Mme la Princesse, mère de Condé.

Journal de la Fronde (volume i, fo 22, vo, 16 avril 1649) :

« M. le Prince est arrivé ce soir en cette ville accompagné du maréchal de Gramont, du marquis de La Moussaye, du comte de Palluau et de plusieurs autres seigneurs. »

Mme de Motteville (Mémoires, page 273) :

« M. le Prince fut aussi à Paris, qui n’y reçut pas le même applaudissement que le duc d’Orléans. On l’avait trouvé plus indifférent pour la paix et plus âpre au combat, et par conséquent, il n’y fut pas si bien traité ; mais pour ne pas faire une si notable différence entre les deux, on lui députa un président et deux conseillers {a} qui lui firent les mêmes compliments. Dans les éclaircissements qu’il eut avec Mme de Longueville, {b} elle travailla soigneusement à le détacher des intérêts de la reine. Elle lui fit comprendre qu’il avait tort de se désunir de sa famille et qu’elle pouvait être utile à sa grandeur. Il vit que le prince de Conti {c} tirait de grands avantages de cour ; que Mme de Longueville, qui l’avait conduit à cette considération, était digne d’être écoutée et qu’elle lui pourrait être propre à beaucoup de grandes choses. Il prit goût enfin aux flatteuses illusions de cette princesse, et le sang joint à la politique le lièrent à elle par de nouveaux liens. Ce redoublement d’amitié et de confiance fit qu’insensiblement il se forma dans l’âme de M. le Prince des sentiments dissemblables à ceux qu’il avait eus par le passé et qu’il s’accoutuma peu à peu à parler du Mazarin avec le même mépris que les frondeurs. Ce fut la source du changement qui parut depuis dans sa conduite, et qui causa sa haute et dure manière d’agir avec la reine et son ministre. Elle produisit ensuite ces grandes révolutions de la cour qui causèrent de si grands désordres dans le royaume et dans la famille royale. »


  1. Du Parlement.

  2. Sa sœur.

  3. Son frère.

Marie d’Orléans (Mémoires, pages 82‑83) :

« M. le Prince était charmé de la haine qu’on avait pour lui à Paris, et de ce qu’il avait fait accroire à des bourgeois de la ville qui étaient venus à Saint-Germain qu’il ne se nourrissait que d’oreilles de bourgeois de Paris. Il se piquait de craindre si peu Paris, qu’il y voulait aller seul avant la cour. Cette haine dont il s’était tant moqué ne laissait pas que de l’embarrasser ; il trouva l’invention, pour y être en sûreté, de faire courir sourdement le bruit qu’il était mal avec le cardinal et avant que d’y aller, de proposer des conférences avec M. de Beaufort et le coadjuteur ; sur quoi il les fit donner dans le panneau. Il vint donc à Paris et il les vit tous deux comme il avait été proposé ; mais sitôt qu’il fut parti, il ne fut plus question ni de son accommodement, ni de sa brouillerie avec M. le cardinal. Le Parlement, que ce prince avait voulu perdre et qui s’était déclaré si hautement son ennemi, eut la lâcheté de lui faire une députation dès qu’il fut arrivé ; ce qui donna lieu à bien des écrits pour le blâmer de cette démarche parce qu’ils n’étaient pas tous de cette opinion ; mais comme c’était à la pluralité des voix que cela se décidait, il fallut bien que le moindre nombre cédât au plus grand. »

La femme du duc d’Orléans était Marguerite de Lorraine (sa seconde épouse) ; celle du Grand Condé, Claire-Clémence de Maillé (v. note [63], lettre 101) ; et sa mère, Charlotte-Marguerite de Montmorency (v. note [166], lettre 166).

Tous ces princes et toutes ces princesses avaient été fidèles à la reine et à Mazarin durant les troubles. Leur retour à Paris laissait présager celui du roi ; mais déjà, les cartes se redistribuaient pour mettre en place les lignes de la seconde Fronde, celle des princes.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Nicolas Belin, le 17 avril 1649. Note 4

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(Consulté le 05.02.2023)

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