À Henrik von Möinichem, le 10 décembre 1664, note 4.
Note [4]

« qu’il en a tant et tant disséqué pour interroger la nature de l’homme » ; libre adaptation des propos de Tertullien (De Anima [De l’Âme], chap. x, § 4) :

Herophilus ille medicus aut lanius, qui sexcentos exsecuit, ut naturam scrutaretur, qui hominem odiit, ut nosset, nescio an omnia interna eius liquido explorarit, ipsa morte mutante quæ vixerant, et morte non simplici, sed ipsa inter artificia exsectionis errante.

[Cet Hérophile, médecin ou boucher, qui disséqua six cents corps pour interroger la nature, qui a détesté l’homme pour le connaître, j’ignore s’il en a entièrement exploré toutes les merveilles intérieures, parce que la mort change ce qui a vécu, surtout quand elle n’est pas naturelle et qu’elle s’égare elle-même parmi les artifices de la dissection].

Hérophile, natif de Calchédoine en Bithynie, fonda avec Érasistrate (v. note [23], lettre 324), dont il fut l’émule et le rival, l’École d’Alexandrie, sous la protection de Ptolémée Sôter, satrape d’Égypte (iveiiie s. av. J.‑C., v. notule {4‑ a}, note [43] du Faux Patiniana II‑6). Le renom de ces deux médecins, dont les ouvrages ont été perdus, vient du fait qu’ils ont les premiers disséqué des cadavres et posé les fondations de l’authentique anatomie humaine. On a même accusé Hérophile d’avoir ouvert les corps de condamnés vivants, ce qui lui a valu le surnom ambigu de lanius (boucher) que lui a donné Tertullien. Sans craindre l’emphase, Éloy donne cette traduction de sa citation :

« Hérophile, ce médecin ou ce boucher, qui a disséqué un nombre infini d’hommes pour sonder la nature, qui a haï l’homme pour le connaître, n’en a peut-être pas mieux pour cela pénétré l’intérieur ; la mort apportant un grand changement à toutes les parties, qui ne doivent plus être les mêmes lorsqu’elles n’ont plus de vie, particulièrement ne s’agissant point ici d’une mort simple, mais d’une mort procurée par divers tourments, auxquels la recherche exacte des anatomistes a exposé des malheureux. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Henrik von Möinichem, le 10 décembre 1664, note 4.

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(Consulté le 28/02/2024)

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