À Charles Spon, le 26 août 1653
Note [23]

V. notes [19] et [20], lettre 322, pour l’Épitaphe du foie.

Érasistrate, médecin grec du iiie s. av. J.‑C., dont Pline a fait, par sa mère, le petit-fils d’Aristote, vivait encore, selon Eusèbe, en 258. Chrysippe, Métrodore et Théophraste furent ses maîtres. Il vécut longtemps à la cour de Seleucus Nicanor, roi de Syrie, et fonda avec Hérophile (v. note [4], lettre latine 330), son émule et rival, la célèbre École d’Alexandrie. Ils eurent pour la première fois l’audace de disséquer des cadavres humains, ce qui permit durant une courte période de recueillir de précieuses observations dont la portée dura jusqu’à la reprise des dissections en Italie à la Renaissance.

Peu s’en fallut qu’Érasistrate ne découvrît la circulation du sang : il défendit l’idée que toutes les artères et veines sont reliées au cœur ; toutefois, il ne put mener son raisonnement au bout car, observant que les artères du cadavre sont vides de sang, il les crut emplies d’un air subtil, d’une espèce d’esprit, le pneuma (ce à quoi se réfère toujours l’étymologie du mot artère, dérivé du grec aêr, l’air qu’on respire). La pénétration de sang dans les artères, dérangeant l’esprit subtil, était pour Érasistrate une cause de maladie, et rendait à ses yeux la saignée dangereuse et inutile. Aucun des ouvrages d’Érasistrate n’est parvenu jusqu’à nous. On doit, pour se faire une idée de son œuvre, se contenter des fragments épars qu’on en trouve dans d’autres auteurs, notamment Galien et Cælius Aurelianus (Jourdan in Panckoucke et Jestaz).

Guy Patin faisait allusion au traité De atra Bile [La Bile noire] (Kühn, volume 5, pages 131‑132) où Galien conteste l’opinion d’Érasistrate, contraire à celle d’Hippocrate, sur l’inutilité de la rate ; ce qui revient à mettre en doute l’existence de la bile noire (atrabile dont la médecine humorale considérait la rate comme le réservoir, v. note [5], lettre 61).

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 26 août 1653. Note 23

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0324&cln=23

(Consulté le 23.09.2020)

Licence Creative Commons