À Charles Spon, le 6 mars 1657
Note [5]

Première mention par Guy Patin de l’aventure que constitua la réédition à Lyon en 1657 des sulfureux Mémoires du maréchal Gaspard de Tavannes rédigés par son fils cadet, Jean, vicomte de Tavannes (1555-1629), ligueur forcené qui en avait supervisé lui-même les premières impressions secrètes dans son château de Sully près d’Autun (sans date) pour en faire circuler quelques exemplaires dans sa famille et parmi ses amis. Pour compliquer d’éventuelles poursuites, ils portaient deux titres différents : La Vie de M. Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes… et Mémoires de très noble et très illustre Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, maréchal de France, amiral des mers de Levant, gouverneur de Provence, conseiller du roi et capitaine de cent hommes d’armes… Faute d’en avoir obtenu le privilège, les libraires Jean Champion et Christophe Fourmy les réimprimèrent à l’identique in‑fo, sans lieu ni date : Mémoires de très noble et très illustre Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, maréchal de France (depuis l’an 1530 jusques à sa mort en 1573, dressés par son 2e fils Jean de Saulx, vicomte de Tavannes, avec ceux de ce dernier, depuis 1573 jusques en 1596 ; le tout recueilli par Charles de Neufchaises, son neveu).

Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes (1509-1573), maréchal de France en 1570, fut l’un des plus acharnés massacreurs de la Saint-Barthélemy. Ses Mémoires n’offriraient pas moins d’intérêt que ceux de Joinville et de Commynes si le vicomte Jean de Tavannes n’avait pas mêlé le récit de ses propres aventures à la vie du maréchal son père. Ils respirent partout le ressentiment d’un ligueur dont l’ambition a été trompée : mécontent des hommes et des choses, le vicomte de Tavannes expose ses idées avec la plus entière liberté ; il cherche à justifier le massacre de la Saint-Barthélemy et à le faire regarder comme la suite des imprudences de l’amiral de Coligny ; partisan des Guise, il attaque la loi salique (v. note [15], lettre 739), discute l’accession d’Hugues Capet à la Couronne, rappelle les droits de la Maison de Lorraine comme descendant de Charlemagne et reconnaît au pape le pouvoir de donner l’investiture des trônes ; il justifie les jésuites de l’accusation d’avoir enseigné le régicide, mais il commente dans un esprit odieux l’assassinat d’Henri iv, roi dont il cherche à rabaisser la gloire ; et par une singularité assez commune, Tavannes s’étonne qu’on le tienne lui-même à l’écart de l’autorité et des honneurs ; il ne cesse d’exalter son père, qu’il justifie sur tous les points, et de vanter la noblesse de sa famille qu’il fait remonter jusqu’au iiie s. et même à une époque beaucoup plus reculée. Ces mémoires sont néanmoins utiles pour la partie politique : on y voit à découvert le ressort de plusieurs intrigues ; on y trouve, outre des anecdotes instructives, des particularités et des réflexions du plus grand intérêt sur les événements qui ont eu lieu depuis le règne de François ier jusqu’au commencement de celui de Louis xiii ; une foule d’idées sur presque tous les points de l’administration et du gouvernement, sur la politique, et spécialement sur l’art de la guerre, des remarques profondes qui montrent un esprit indépendant des préventions du siècle et des préjugés de caste. Ayant vu les états généraux quatre fois assemblés, l’auteur en connaît très bien la tendance et les prétentions, et il semble prévoir que la jalousie qui règne entre les trois ordres entraînera par la suite une catastrophe où la noblesse et le clergé seront sacrifiés. Il reproche à la noblesse de dédaigner les charges de la magistrature qui donnent à la judicature une partie du pouvoir et de la souveraineté (G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 6 mars 1657. Note 5

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(Consulté le 31.05.2020)

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