À André Falconet, le 31 mai 1667, note 5.
Note [5]

Achille iii de Harlay (1639-1712), fils aîné d’Achille ii et arrière-petit-fils d’Achille i (v. note [19], lettre 469) avait été reçu en 1657 conseiller au Parlement de Paris en la deuxième Chambre des requêtes et devint procureur général, sur la démission de son père, le 4 juin 1667. Le 12 septembre suivant, il allait épouser Magdelaine de Lamoignon, deuxième fille du premier président. Achille iii allait lui-même devenir premier président en 1689 (Popoff, no 106).

Saint-Simon (Mémoires, tome i, pages 134‑135) :

« Harlay était fils d’un autre procureur général du Parlement et d’une Bellièvre, duquel le grand-père fut ce fameux Achille d’Harlay, premier président du Parlement après ce célèbre Christophe de Thou, son beau-père, lequel était père de ce fameux historien. {a} Issu de ces grands magistrats, Harlay en eut toute la gravité, qu’il outra en cynique, en affecta le désintéressement et la modestie qu’il déshonora, l’une par sa conduite, l’autre par un orgueil raffiné mais extrême et qui malgré lui, sautait aux yeux. Il se piqua surtout de probité et de justice, dont le masque tomba bientôt. Entre Pierre et Jacques il conservait la plus exacte droiture ; mais dès qu’il apercevait un intérêt ou une faveur à ménager, tout aussitôt il était vendu […]. Il était savant en droit public, il possédait fort le fond des diverses jurisprudences, il égalait les plus versés aux belles-lettres, il connaissait bien l’histoire, et savait surtout gouverner sa compagnie avec une autorité qui ne souffrait point de réplique et que nul autre premier président n’atteignit jamais avant lui. Une austérité pharisaïque le rendait redoutable par la licence qu’il donnait à ses répréhensions publiques, et aux parties, et aux avocats, et aux magistrats, en sorte qu’il n’y avait personne qui ne tremblât d’avoir affaire à lui. D’ailleurs soutenu en tout par la cour, dont il était l’esclave et le très humble serviteur de ce qui y était en vraie faveur, fin courtisan et singulièrement rusé politique, tous ces talents, il les tournait uniquement à son ambition de dominer et de parvenir, et de se faire une réputation de grand homme ; d’ailleurs sans honneur effectif, sans mœurs dans le secret, sans probité qu’extérieure, sans humanité, même en un mot un hypocrite parfait, sans foi, sans loi, sans Dieu et sans âme, cruel mari, père barbare, frère tyran, ami uniquement de soi-même ; méchant par nature, se plaisant à insulter, à outrager, à accabler, et n’en ayant de sa vie perdu une occasion. On ferait un volume de ses traits, et tous d’autant plus perçants qu’il avait infiniment d’esprit, l’esprit naturellement porté à cela et toujours maître de soi pour ne rien hasarder dont il pût avoir à se repentir. Pour l’extérieur, un petit homme vigoureux et maigre, un visage en losange, un nez grand et aquilin, des yeux beaux, parlants, perçants, qui ne regardaient qu’à la dérobée, mais qui, fixés sur un client ou sur un magistrat, étaient pour le faire rentrer en terre ; un habit peu ample, un rabat presque d’ecclésiastique et des manchettes plates comme eux ; une perruque fort brune et fort mêlée de blanc, touffue, mais courte, avec une grande calotte par-dessus. Il se tenait et marchait courbé avec un faux air plus humble que modeste, et rasait toujours les murailles pour se faire faire place avec plus de bruit, et n’avancer qu’à force de révérences respectueuses et comme honteuses à droite et à gauche à Versailles. »


  1. Jacques-Auguste i de Thou.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 31 mai 1667, note 5.

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(Consulté le 21/06/2024)

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