À Marten Schoock, le 27 novembre 1662, note 5.
Note [5]

V. notes [1], lettre 743, et [12], lettre 748, pour le Traité des tourbes combustibles de Charles Patin (Paris, 1663), ouvrage fortement inspiré par celui de Marten Schoock (v. supra note [3]), et dédicacé au premier président Guillaume de Lamoignon. Il contient à la fin la transcription de plusieurs pièces relatives aux travaux du sieur de Chambré, prénommé Anne (v. la fin de la présente note) :

  • ses Opinions et remarques […] sur la cause efficiente des terres-tourbes (pages 101‑105) ;

  • son Raisonnement […] sur l’utilité de la confection des tourbes aux environs de Paris et sur le privilège que lui a accordé Sa Majesté (pages 105‑115) ;

  • le Brevet du roi daté du 30 novembre 1658 (pages 116‑117) ;

  • et des Lettres patentes (pages 118‑122).

Ces dernières confirment et développent ce que Guy Patin écrivait ici à Marten Schoock :

« Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut. Le public, et notamment les pauvres et artisans, tant de notre bonne ville de Paris que des environs, étant en très grande nécessité de bois à brûler, tant pour sa rareté que pour son prix excessif, le sieur de Chambré, trésorier des gendarmes, Nous a remontré que le véritable moyen d’y remédier était par la confection de certaines tourbes à brûler ; que même cet usage apportera au public un profit considérable pour la diminution dudit bois à brûler, qui doit arriver vraisemblablement en ce que tous ceux qui en font une grande consommation en leurs ouvrages et manufactures s’en pourront passer employant desdites tourbes ; et qu’il peut facilement parvenir à l’accomplissement de ce dessein, si utile pour la grande quantité de fonds marécageux de terres et prés incultes, abandonnés ou de peu de valeur, propres à faire desdites tourbes ; qu’il a reconnus et remarqués ès {a} environs de notre dite ville de Paris et lieux voisins ; et d’autant que nous avons une forte inclination au soulagement de nos sujets, principalement des pauvres. Pour ces causes et autres bonnes considérations, à ce nous mouvant, et désirant gratifier et favorablement traiter ledit de Chambré, en considération d’un avis si avantageux, et de ses bons et agréables services, et pour lui donner moyen de nous les continuer à l’avenir, Nous, en confirmant notre brevet du 30 novembre dernier […] donnons et octroyons par ces présentes, signées de notre main, audit sieur de Chambré, seul, le pouvoir, faculté et permission de faire faire, seul ou par ceux qui auront droit de lui, pendant trente années consécutives, à commencer du jour de l’établissement, des tourbes à brûler, dans l’espace et étendue de vingt-cinq lieues ès {a} environs de la ville de Paris, le long et proche des rivières, ruisseaux et marécages, dont les terres seront par lui ou ses commis à ce trouvées propres, à la charge qu’il sera tenu payer le prix desdites terres propres à la confection desdites tourbes au prix qu’il sera convenu, volontairement et à l’amiable, entre lui ou ses ayants cause et les propriétaires desdites terres. Voulons que ceux desdits propriétaires des terres, prés, marécages de la qualité susdite, qui les lui vendront ou loueront, que les baux qu’ils pourraient en avoir faits auparavant ladite vente ou loyer, demeurent cassés et résolus. Et pour faire jouir ledit sieur de Chambré ou ses ayants cause, pleinement et paisiblement, du privilège à lui ci-dessus octroyé, Nous avons fait et faisons très expresses inhibitions et défenses à toutes autres personnes de quelque qualité et condition qu’elles soient, de s’entremettre directement ou indirectement dans ladite étendue et durant ledit temps, ni sur lesdites rivières et ruisseaux, depuis leur source jusques à leur fin, à faire faire desdites tourbes, à peine de confiscation d’icelles et de vingt mille livres d’amende, applicable ; savoir : le tiers à l’Hôpital général de Paris, le tiers audit de Chambré, et l’autre tiers au dénonciateur, auquel nous en avons fait et faisons don irrévocable par cesdites présentes, pour en jouir et user, en faire et disposer par ledit de Chambré, ses hoirs, {b} successeurs et ayants cause, pleinement et paisiblement, pendant lesdites trente années, ainsi que bon lui semblera. […] Donné à Lyon, le dix-huitième jour de décembre, l’an de grâce mil six cent cinquante-huit […].

Lesdites lettres vérifiées en Parlement le septième d’août mil six cent soixante et deux, après avoir vu par la Cour, et en conséquence de ses arrêts, l’avis de Messieurs le prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris, du vingt-troisième d’août mil six cent cinquante-neuf, contenant que lesdites tourbes seront de très grande utilité au public ; celui des sieurs Des Gorris, Guénault, Patin, Brayer, Rainssant et Blondel, {c} docteurs régents en la Faculté de médecine de Paris, du 21e juin 1662, contenant qu’on se peut servir utilement desdites tourbes, et qu’elles ne sont aucunement préjudiciables à la santé ; et celui des sieurs Rolland, Pocquelin, Reims, Vitré, Bridaut et Iabac, bourgeois de Paris, du 19e juin au dit an 1662, portant que lesdites tourbes peuvent être mises en usage et qu’il ne se peut que le public n’en retire beaucoup d’utilité. Les derniers avis donnés en suite de l’épreuve desdites tourbes, faite dans la grande salle de Monsieur le premier président, en sa présence et celle de Monsieur Ferrand, conseiller de la Cour, doyen de la Grand’Chambre, {d} et de plusieurs autres de Messieurs les conseillers de ladite Cour, et desdits médecins et bourgeois. »


  1. Aux.

  2. Héritiers.

  3. Jean iii Des Gorris, François Guénault, Guy Patin, Nicolas Brayer, Sébastien Rainssant et François Blondel.

  4. Michel Ferrand, v. note [14], lettre 287.

Charles Patin, sur la page qui précède son glorieux portrait, a transcrit ces deux médiocres épigrammes « À Monsieur de Chambré » :

  • « Les Foyers de chaque Famille,
    Chambré, seront autant d’Autels,
    Où tes gazons brûlants font que ta gloire brille,
    Comme celle des immortels.

    Nic. Cesvin, d’Angers. »

  • « Tu prépares au feu ce nouvel aliment,
    Avec tant d’artifice,
    Que l’on voit qu’il s’y plaît comme en son élément :
    Et nous pouvons douter, si nous faisons Justice,
    De comparer celui qui l’apporte des Cieux,
    À celui dont le soin le conserve en ces lieux. »

    [Anonyme.]

Dans les Mémoires des commissaires du roi et de ceux de Sa Majesté britannique, sur les possession et les droits respectifs des deux Couronnes en Amérique (Paris, Imprimerie royale, 1756, in‑12), tome seizième, Contenant les Pièces justificatives concernant la propriété de l’île Sainte-Lucie, article li, Acte de restitution par les Anglais de l’île de Sainte-Lucie aux Français, entre les mains des sieurs de Clodoré et de Chambré, en date du 20 octobre 1665 (page 171), Mre de Chambré est prénommé Anne et dit « conseiller du roi en ses conseils, et agent général de ladite Compagnie » [des Indes Occidentales]. Il est chronologiquement plausible (mais non assuré) d’identifier ce Chambré au titulaire du brevet royal sur les tourbes vérifié en 1662.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Marten Schoock, le 27 novembre 1662, note 5.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1253&cln=5

(Consulté le 04/03/2024)

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