Annexe : Procès opposant Jean Chartier à Guy Patin en juillet 1653, note 5.
Note [5]

V. note [13], lettre 177, pour les Curieuses recherches sur les écoles en médecine de Paris et de Montpellier… (Paris, 1651). Sans être nommé, l’antimoine y est condamné dans la section consacrée aux purgatifs (pages 245‑247) :

« Pour ce qui est de la purgation, les médecins de Paris l’ordonnent avec une telle circonspection et modération qu’on n’en voit point arriver de mauvais accidents : ils ont toujours été loués pour cela par Symphorianus Campegius, {a} qui blâme les médecins de Montpellier pour les rudes et violentes médecines dont ils usent. La pratique des médecins de Paris, pour les purgatifs, est fondée sur la doctrine d’Hippocrate, qui ne se servait ordinairement que de doux médicaments et ne les employait qu’après le septième jour passé, aux fièvres et disposition inflammatoires, la grande chaleur étant diminuée par les saignées qui précédaient la purgation. Platon, qui avait appris par ses longs voyages la médecine des Égyptiens, conseille de n’user de purgatifs que rarement, encore qu’ils soient bénins, d’autant que les violents usent le corps, gâtent les viscères et abrègent le cours de la vie. C’est ce que font les remèdes métalliques que l’on donne maintenant pour purger ; {b} qui est une pratique toute nouvelle, très dangereuse, condamnée par les plus savants et expérimentés médecins, avant et depuis la naissance de Paracelse, qui est venue des alchimistes allemands, particulièrement des moines bénédictins, riches et opulents, lesquels, s’adonnant à la pierre philosophale, ont employé les métaux pour la médecine, ne trouvant pas ce qu’ils cherchaient ; mais c’est un grand abus, et très pernicieux, de vouloir pratiquer la médecine sur les Français comme sur les Allemands, qui sont corps robustes, crapuleux, {c} remplis de pituite ; lesquels il faut traiter violemment pour faire vider, par haut et par bas, leur crapule et réplétion excessive. Mais cela se fait avec une telle violence qu’il faut qu’ils meurent bientôt ou qu’ils réchappent avec un long temps.

De là sont venus les vomitifs métalliques qui causent un tel désordre dans le corps, et particulièrement dans l’estomac et aux parties voisines, un tel ravage que les pauvres malades, s’ils n’en meurent, demeurent bien affaiblis et ont de la peine à se refaire.

Je sais bien que les anciens usaient de vomitifs, mais non pas au commencement des maladies aiguës, et ce avec grande circonspection et préparation du corps, pour vomir plus aisément, sans aucune violence ; < ce > que nous pratiquons, quand nous voyons la nature disposée et l’humeur préparée pour le vomissement. Ces médecins de Montpellier, qui pratiquent aujourd’hui, combien qu’en cachette, la médecine dans Paris, en toute sorte de maladies aiguës, chroniques, avec fièvre et oppression de poitrine, en tous les temps de la maladie donnent inconsidérément les vomitifs métalliques, pour faire un effort violent à la nature et au corps : ce qui cause la mort promptement ou soulage les malades, non sans grandes douleurs, faiblesses et convulsions durant l’action du remède, et après l’évacuation des humeurs, bonnes ou mauvaises, ce qui apporte plus de mal au corps que de bien. »


  1. Symphorien Champier, v. note [5], lettre 548.

  2. Le plus célèbre de ces médicaments était alors sans conteste le vin émétique d’antimoine (qui purgeait « par le haut et par le bas »).

  3. Ivrognes.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Procès opposant Jean Chartier à Guy Patin en juillet 1653, note 5.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8007&cln=5

(Consulté le 28/02/2024)

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