À Charles Spon, le 8 mars 1644
Note [52]

Le procès du 14 août 1642, soutenu et perdu par Théophraste Renaudot contre Guy Patin (v. note [3], lettre 90), n’avait été qu’une escarmouche. Richelieu étant mort, la Faculté avait attaqué à son tour le Gazetier. Elle le cita devant le Châtelet pour exercice illégal de la médecine.

Dans son Théophraste Renaudot (pages 222‑224), Gilles de La Tourette a transcrit la sentence du prévôt :

« À tous ceux qui ces présentes lettres verront, Louis Séguier, baron de Saint-Brisson, sieur de Ruaux, général et garde de la prévôté de Paris, {a} salut.

Savoir faisons que, sur la requête faite en jugemet devant nous au Châtelet de Paris par Me Étienne Le Droict, procureur des doyen et docteurs régents en la Faculté de médecine à Paris, demandeurs en exécution d’arrêt du Conseil du 7e d’août denrier, suivant leurs moyens signifiés le 30e jour de septembre ensuivant à l’encontre de Me Antoine Du Puys, procureur de M. Th. Renaudot, soi-disant médecin, et par défaut de nous donné contre le sieur Du Puys, non comparant ni autres pour lui, vu l’arrêt du Conseil ci-dessus daté, portant le différend d’entre les parties renvoyées par-devant nous, l’exploit d’assignation au sieur Renaudot en exécution des arrêts du 12e du mois d’août, les requêtes et demandes des demandeurs signifiées le 30e jour de septembre, nos jugements des 4e et 20e jours de novembre dernier, et 1er de ce mois, ensemble l’assignation de venir plaider ce jourd’hui, faite au sieur Du Puys le 7e de ce mois, et ouï les gens du roi en leurs conclusions : Nous, faisant droit sur les demandes des demandeurs, avons fait et faisons inhibitions et défenses au sieur Renaudot, et à ses adhérents et adjoints, soi-disant médecins, d’exercer ci-après la médecine, ni faire aucunes conférences, consultations ni assemblées dedans le Bureau d’adresse ou autres lieux de cette ville et faubourgs, ni de traiter ou panser aucuns malades sous quelque prétexte que ce soit, à peine contre les contrevenants de cinq cents livres d’amende, au paiement desquelles il sera contraint, et, en cas d’assemblée, permettons aux sieurs demandeurs de faire transporter le premier commissaire de la Cour de céans en la maison où elle se fera, pour contraindre les contrevenants au paiement de la susdite amende ; le tout nonobstant opposition ou appellation quelconque, pour lesquelles ne sera différé, et sans préjudice d’icelles ; et condamnons le sieur Renaudot aux dépens, et soit signifié.

En témoin de quoi, nous avons fait sceller ces présentes du scel de la prévôté de Paris. Ce fut fait et ordonné par Messire Dreux D’Aubray, conseiller du roi en ses Conseils et lieutenant civil de la prévôté, tenant siège le mercredi 9e jour de décembre 1643. » {b}


  1. V. note [19], lettre 464

  2. Renaudot fit aussitôt appel de cette sentence devant le Conseil du roi (v. infra note [56]).

Mathieu i Molé (Paris 1584-ibid. 3 janvier 1656), seigneur de Lassi et de Champlâtreux, était premier président du Parlement de Paris depuis novembre 1641. Fils du président au mortier Édouard Molé (1540-1614), Mathieu était devenu conseiller (1606) puis président (1610) en la Chambres des requêtes, et procureur général en 1614. En 1626, Richelieu partant assiéger les protestants dans La Rochelle avec Louis xiii, avait constitué auprès de la reine une sorte de Conseil de régence chargé d’administrer l’État pendant la durée de l’expédition, et appelé Molé à y prendre une part prépondérante. En 1631, Molé avait donné une preuve éclatante de l’indépendance de son caractère et de sa haute impartialité : lors du procès intenté au maréchal de Marillac pour concussion (v. note [17], lettre 10), il osa faire déclarer illégale la constitution de la commission extraordinaire chargée de juger l’accusé, et fit évoquer l’affaire devant le Parlement ; le roi, profondément irrité, fit casser par son Conseil l’arrêt du Parlement et suspendre Molé ; mais le rétif procureur général soutint avec fermeté la cause du Parlement et fut réintégré.

Premier président du Parlement de 1641 à 1653 et garde des sceaux du 3 au 10 avril 1651, puis du 9 septembre 1651 à sa mort, Mathieu i Molé joua un rôle éminent durant la Fronde, que Guy Patin a amplement évoqué dans la suite de ses lettres.

Mathieu i Molé avait épousé en 1608 Renée Nicolaï, fille de Jean Nicolaï, premier président de la Chambre des comptes ; elle mourut le 22 novembre 1641 après lui avoir donné dix enfants (G.D.U. xixe s., Popoff, no 30, et R. et S. Pillorget).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 mars 1644. Note 52

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(Consulté le 16.07.2020)

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