Annexe : Avis critiques sur les Lettres de Guy Patin : Voltaire, Sainte-Beuve, Nisard, Pic, Mondor, Jestaz, Capron
Note [56]

« Il conviendrait peut-être, en reproduisant fidèlement le texte, de ne pas tout donner, de ménager (en avertissant) quelques suppressions çà et là, de ne pas laisser tout à fait l’agrément périr sous trop de longueurs » (conseils de Sainte-Beuve pour établir une nouvelle édition critique des Lettres de Guy Patin ; op. cit. page 132).

Sainte-Beuve ajoutait à cela une recommandation que je me suis efforcé de suivre dans la présente édition, en l’enrichissant de commodités électroniques qu’il ne pouvait soupçonner : « Il y aurait surtout à bien éclaircir le texte au moyen de notes claires, simples, précises ; il faudrait que, d’un coup d’œil jeté au bas de la page, le lecteur fût brièvement informé de ce que c’est que tous ces auteurs et ces ouvrages oubliés que cite continuellement Guy Patin, et que, sans être médecin, on pût comprendre dans tous les cas s’il s’agit du Pirée ou d’un nom d’homme. »

Pirée vient de la fable du singe (magot) naufragé que secourt un dauphin en le prenant pour un homme ; il lui offre de le porter sur son dos :

« Le dauphin l’allait mettre à bord,
Quand, par hasard, il lui demande
‟ Êtes-vous d’Athènes la grande ?
– Oui, dit l’autre, on m’y connaît fort ;
S’il vous y survient quelque affaire,
Employez-moi, car mes parents
Y tiennent tous les premiers rangs.
Un mien cousin est juge maire. ”
Le dauphin dit ‟ Bien grand merci ;
Et le Pirée a part aussi
À l’honneur de votre présence ?
Vous le voyez souvent, je pense ?
– Tous les jours : il est mon ami ;
C’est une vieille connaissance. ”
Notre magot prit, pour le coup,
Le nom d’un port pour un nom d’homme.
De telles gens il est beaucoup,
Qui prendraient Vaugirard pour Rome,
Et qui, caquetant au plus dru,
Parlent de tout et n’ont rien vu. » {a}


  1. La Fontaine, Le Singe et le Dauphin, livre iv, fable 7 ; avec remerciements à Jacques Gana, l’érudit et brillant informaticien qui a conçu et bâti notre édition électronique, v. Aspects techniques.

Notre édition de la Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, intégrale et sans coupures, montre l’inexactitude et l’injustice de l’avis qu’en colportait Nicolas de La Sablière dans une lettre du 17 août 1684 (Correspondance de Pierre Bayle, lettre 320, v. supra note [45]) :

« À propos de cet auteur, une personne qui le connaissait fort bien m’a prié de vous dire qu’il n’était pas digne des éloges qu’on lui donne du côté de la science, qu’il ne lisait jamais que les titres des livres, et que dès qu’il apprenait qu’il y avait quelque personne illustre aux pays étrangers, il ne manquait jamais de leur écrire pour s’acquérir de la réputation. »

Patin lisait, analysait et archivait soigneusement les livres dont il parlait à ses correspondants. S’il était si assidu auprès des savants étrangers, c’était bien sûr pour établir sa réputation européenne, mais surtout pour abreuver sa bibliomanie en acquérant des imprimés, livres ou thèses, introuvables en France. Chacun peut le vérifier en parcourant les lettres latines de Patin que La Sablière n’avait sûrement pas lues de bout en bout (s’il en avait seulement lu une seule).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Avis critiques sur les Lettres de Guy Patin : Voltaire, Sainte-Beuve, Nisard, Pic, Mondor, Jestaz, Capron. Note 56

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8037&cln=56

(Consulté le 05.05.2021)

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