À André Falconet, le 29 mars 1661
Note [6]

Le Pont Rouge traversait la Seine entre la rue de Beaune et le Louvre, soit un peu en amont de l’actuel Pont Royal.

Le couvent des théatins (v. note [19], lettre 282) se situait sur l’actuel quai Voltaire (alors quai Malaquais et plus tard quai des Théatins), à peu près à mi-chemin entre les rues de Beaune et des Saints-Pères. On entreprenait alors la construction de l’église de Sainte-Anne-la-Royale, destinée à remplacer leur chapelle. Faute d’argent, l’ambitieux édifice ne fut achevé qu’en 1721 sans avoir atteint l’ampleur du projet initial ; après avoir été théâtre, salle de bal puis café, elle fut détruite en 1823 (G.D.U. xixe s.). On peut en voir des vestiges au 26 rue de Lille (viie arrondissement de Paris).

Loret (Muse historique, livre xii, lettre xiv, du samedi 2 avril 1661, vers 21‑68) :

« Lundi, le cœur de l’Éminence,
Avec grand ordre et grand silence,
De Vincennes, en solennité,
Fut aux Théatins transporté.
La nuit était fort ténébreuse,
L’escorte était belle et nombreuse,
Mes yeux en furent les témoins,
Trente carrosses, pour le moins,
À six chevaux l’accompagnèrent,
Et jusques audit lieu le menèrent,
Remplis de princes, de seigneurs,
Ducs, cordons bleus et gouverneurs.
Ses gardes et ses domestiques,
Tous chagrins et mélancoliques,
Suivaient, tant à cheval qu’à pied,
Et me faisaient grande pitié,
Pour la perte trop déplorable
Qu’ils font d’un maître incomparable.
Quatre cents flambeaux allumés,
Qui plus ou qui moins consumés,
Éclairaient la marche funèbre
De ce grand cœur qui fut célèbre
Par sa clémence et ses douceurs
Envers quantité d’agresseurs,

Par son invincible constance
À servir dignement la France,
Par son inviolable foi
Envers la Majesté du roi,
Et par cent vertus, dont la gloire
Vivra toujours dans ma mémoire
Et dans mon admiration,
Quand bien même la pension,
Que chacun dit qu’il m’a laissée,
Serait avec lui trépassée.
Le lendemain, au même lieu,
En l’honneur et gloire de Dieu,
Et pour exciter sa clémence
Touchant la susdite Éminence
(Car les plus justes des mortels
Ont tous besoin d’offices tels),
On fit un solennel service
Où, par la dureté d’un Suisse,
Qui me rebuta sur ce point,
Je n’assistai ni peu, ni point ;
Mais j’allai dans d’autres églises
Dire les prières requises
Pour obtenir le paradis
De mon bienfaiteur de jadis. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 29 mars 1661. Note 6

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(Consulté le 26.05.2020)

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