L. 685.  >
À André Falconet,
le 29 mars 1661

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Monsieur, [a][1]

Je vous ai écrit, et à M. Meyssonnier, [2] le 25e de ce mois. [1] J’y avais joint une lettre de Noël Falconet [3] qui augmente chaque jour sa curiosité d’apprendre quelque chose de ce qu’il doit savoir : Omnis homo naturaliter scire desiderat[2][4] et celui-ci s’y prend fort bien. M. d’Argouges, [3][5] maître des requêtes, est premier président de Rennes en Bretagne. [6] La reine mère [7] voulait lui en faire donner la commission pour rien. Il y a deux mois, le Mazarin l’empêcha et voulait avoir sa charge de maître des requêtes ; celui-ci ne la voulant point donner, on en demeura là. Le Mazarin [8] étant mort, la reine mère la lui a fait donner pour rien et ensuite, il a vendu sa charge de maître des requêtes 350 000 livres au fils de M. Tubeuf, [4][9] gendre du président de Novion. Parlement de Paris, fils d’André">[10]

Ce 28e de mars. Je viens de recevoir la vôtre par les mains de M. Duchef. [11] Il poursuit son procès, M. le premier président [12] lui a promis audience et lui a signé des placets[5] M. Duchef sait par cœur quantité d’épitaphes sur le Mazarin qu’il m’a promis de vous envoyer. M. le premier président me dit hier qu’il ne croit pas que le prince de Conti [13] revienne à Paris que les états de Languedoc [14] ne soient finis et que le pape [15] se porte mieux.

Aujourd’hui a été porté le cœur du Mazarin en fort grande cérémonie, à neuf heures du soir, du Bois de Vincennes [16] à la chapelle des théatins [17] qui est au faubourg Saint-Germain, près du Pont Rouge. [6][18] Encore que cet avare cardinal soit mort, il semble qu’il règne encore. Les partisans ont fait exiler trois conseillers de la Cour des aides [19] pour avoir résisté à un nouvel impôt sur le vin [20] et avoir parlé de soulager le peuple. Ces trois hommes méritent d’être nommés, ce sont MM. Quatrehommes, [21] Pussort [22] et Bouvot. [7][23] On les a envoyés à Perpignan, [24] à Pignerol [25] et à Quimper-Corentin, [26] en Basse-Bretagne, où jadis fut envoyé le P. Caussin, [27] confesseur du roi Louis xiii, pour avoir parlé contre le gouvernement du cardinal de Richelieu. [8][28] Néanmoins, j’apprends qu’il faut espérer leur liberté puisque le roi [29] a promis de donner audience là-dessus à Messieurs de la Cour des aides.

Je viens d’apprendre que les trois conseillers de la Cour des aides ont reçu quelque grâce et qu’ils n’iront point plus loin que leurs maisons des champs. J’ai aujourd’hui reçu une lettre d’Allemagne, dans laquelle j’ai trouvé une figure de la comète [30] qui y a été vue et qui est bien plus grande que cette autre, laquelle me fut envoyée il y a un mois. Néanmoins, j’apprends que l’on y parle de la paix avec le Turc, [31] mais on s’y plaint fort des jésuites [32] qui y gouvernent trop l’empereur. [33] Le roi a entendu les plaintes de Messieurs de la Cour des aides, qui ont été réduites en trois choses : sur la façon que l’on fait payer la taille [34] avec des fusiliers et par solidité ; [9] la seconde, que l’on veut faire autant payer pour l’entrée du vin aux bourgeois qu’aux cabaretiers ; et la troisième, que les directeurs des gabelles [35] les veulent obliger de faire la punition et la justice des faux-sauniers [36] à leur mode. Le roi leur a répondu qu’il savait bien que dans cette Cour il y avait bien des gens mal affectionnés à son service, qu’il les ferait punir ; que du reste, il leur ferait savoir sa volonté par son chancelier, etc. Le mariage du duc d’Orléans [37] avec la princesse d’Angleterre [38] est encore différé. On a remis sur le bureau le mariage du roi d’Angleterre [39] avec la princesse de Portugal, [40] dont le roi d’Espagne [41] est fâché ; ainsi, il tâche de l’empêcher. J’ai fait aujourd’hui une très bonne leçon [42] de venæ sectione in febribus intermittentibus[10][43][44] où j’ai expliqué Fernel [45] et ai montré qu’il faut saigner premièrement (nec unquam purgandum, nisi apparentibus signis coctionis) et undenam sint eruenda illa signa, quorum optimum est imminutio morbi et omnium symptomatum ; actum quoque fuit de pleuritide et calculo, etc[11][46][47][48] Noël Falconet a fort bien écouté, les bonnes opinions lui entrent dans la tête d’une manière qu’elles n’en sortiront jamais ; et c’est ce qui manque à tant de gens qui ne sont médecins que pour gagner de l’argent et tromper le monde. Je vous baise les mains, à Mlle Falconet et à M. Spon notre bon ami, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 29e de mars 1661.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 29 mars 1661

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(Consulté le 15.10.2019)