Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-7, note 63.
Note [63]

Hérodote {a} en dit pire sur cet atroce événement (Histoire, livre iii, chapitres xxxiv‑xxxv) : {b}

« Il {c} ne témoigna pas moins de fureur contre le reste des Perses : car on dit que, s’adressant à Prexaspes, {d} qu’il estimait beaucoup, et qui lui présentait les requêtes et les placets, et dont le fils avait une charge d’échanson, l’une des plus importantes de la cour : “ Que pensent de moi les Perses ? que disent-ils ? ” lui demanda-t-il un jour. “ Seigneur, ils vous comblent de louanges ; mais ils croient que vous avez un peu trop de penchant pour le vin. – Eh bien ! reprit ce prince, transporté de colère, les Perses disent donc que j’aime trop le vin, qu’il me fait perdre la raison, et qu’il me rend furieux ? Les louanges qu’ils me donnaient auparavant n’étaient donc point sincères ? ” […]

Ce prince s’étant donc rappelé les discours des Perses : “ Apprends maintenant, dit-il à Prexaspes, apprends si les Perses disent vrai, et s’ils n’ont pas eux-mêmes perdu l’esprit quand ils parlent ainsi de moi. Si je frappe au milieu du cœur de ton fils, que tu vois debout dans ce vestibule, il sera constant que les Perses se trompent. Mais si je manque mon coup, il sera évident qu’ils disent vrai et que j’ai perdu le sens. ” Ayant ainsi parlé, il bande son arc et frappe le fils de Prexaspes. Le jeune homme tombe ; Cambyse le fait ouvrir pour voir où avait porté le coup, et la flèche se trouva au milieu du cœur. Alors ce prince, plein de joie, s’adressant au père du jeune homme : “ Tu vois clairement, lui dit-il en riant, que je ne suis point un insensé, mais que ce sont les Perses qui ont perdu l’esprit. Dis-moi présentement si tu as vu quelqu’un frapper le but avec tant de justesse ? ” Prexaspes, voyant qu’il parlait à un furieux et craignant pour lui, répondit : “ Seigneur, je ne crois pas que le dieu lui-même puisse tirer si juste. ” C’est ainsi qu’il en agit avec Prexaspes ; mais une autre fois, il fit, sans aucun motif, enterrer vifs jusqu’à la tête douze Perses de la plus grande distinction. »


  1. V. note [31], lettre 406.

  2. Traduction de Pierre-Henri Larcher, Paris, Musier et Nyon, 1786, in‑4o, tome 3, pages 29‑31.

  3. Cambyse ou Cambize ii, roi des Perses au vie s. av. J.‑C., était fils et successeur de Cyrus le Grand ; il conquit l’Égypte et en devint pharaon.

  4. Prexaspes, mage perse, a été le plus influent confident de Cambize : « celui de tous les Perses en qui il avait le plus de confiance », à qui le roi ordonna de tuer son propre frère, Smerdis (Hérodote, ibid., chapitre xxx, page 26).

    Après la mort de Cambize, un mage prétendit être Smerdis et monta sur le trône. Appelé à légitimer l’usurpateur en disant qu’il n’avait pas tué Smerdis, Prexaspes préféra dire la vérité aux Perses : il prononça son discours du haut d’une tour, d’où il se précipita après l’avoir terminé (ibid., chapitre lxxv, page 65).


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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-7, note 63.

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(Consulté le 17/07/2024)

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