À Charles Spon, le 13 juillet 1655
Note [31]

Hérodote (Halicarnasse, aujourd’hui Bodrum en Turquie vers 484 av. J.‑C. vers 420) a été surnommé le père de l’Histoire par Cicéron car, sous le titre d’Istoria, il a le premier écrit neuf livres en prose grecque sur l’ensemble de l’humanité antique d’Occident.

Henri ii Estienne, dit le Grand, seigneur de Grière (Paris 1528-Lyon 1578), imprimeur et érudit, fils aîné de Robert (v. note [7], lettre 659), appartenait à la grande famille des Estienne (v. note [8], lettre 91). Installé à Genève à partir de 1557 où il tenait une librairie distincte de celle de son père, il édita, commenta et publia un nombre immense d’ouvrages grecs et latins, dont les Herodoti Halicarnassei Historiæ lib. ix… Apologia Henr. Stephani pro Herodoto… [Les neuf livres de l’Histoire d’Hérodote d’Halicarnasse… Apologie d’Henri Estienne pour Hérodote…] (Genève, H. Estienne, 1566, in‑fo) ; il y plaidait pour la véracité des dires de l’historien, ce qui lui valut, avec d’autres de ses productions, les vives remontrances du Conseil de Genève. L’année suivante paraissait L’Introduction au traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, ou traité préparatif à l’Apologie pour Hérodote. L’argument est pris de l’Apologie pour Hérodote, composée en latin par Henri Estienne et est ici continué par lui-même (Anvers, Heinrich Wandellin, 1567, in‑8o) qui regorge de médisances contre les moines. Guy Patin faisait probablement allusion à ce passage (page 274) :

« Et comment appellerons-nous le tour que joua le frère frappart (de ceux qui vont demandant s’il n’y a rien pour les pourceaux de saint Antoine) à la bouchère calabraise quand, pour deux glands qu’il donna aux deux pourceaux d’icelle, il emporta une pièce de toile ? Mais je garderai ce conte pour l’endroit où je parlerai des miracles supposés et pour le présent, ajouterai-je un seul autre larcin, mais qui est de telle façon qu’on n’ait point parlé d’un semblable ; de sorte que s’il fallait parangonner [comparer] les larrons ecclésiastiques (s’il est licite d’ainsi parler) avec les lais ou séculiers, ce fait pourrait être cause que les ecclésiastiques emporteraient le prix. Car combien qu’anciennement on parlait assez communément de ceux qui allaient aux tombeaux pour dérober les morts (lesquels étaient appelés en grec tyravorychi, comme qui dirait fouissants aux tombeaux), toutefois on s’est depuis contenté de dérober les vifs, au moins s’en sont contentés les séculiers. Mais les moines de l’abbaye de Bourgmoyen à Blois montrèrent bien qu’ils ne voulaient en rien céder à l’antiquité en cet endroit quand ils déterrèrent le corps d’une femme qui avait été enterrée en leur église afin de dérober la bière de plomb en laquelle on l’avait mise. Voilà comment les moines font vrai ce proverbe, L’Église prend du vif, du mort, {a} non seulement en la sorte que tous les jours on leur voit pratiquer, mais aussi en l’autre, à savoir en l’interprétant selon la lettre. »


  1. Le dicton complet est :

    Trois choses sont tout d’un accord,
    L’Église, la Cour, et la Mort,
    L’Église prend du vif, du mort,
    La Cour prend le droit et le tort,
    La Mort prend le faible et le fort
    .

Le plus célèbre ouvrage du Grand Estienne (qui était le beau-père d’Isaac Casaubon) est son Thesaurus Græcæ linguæ [Trésor de la langue grecque] (1572), commencé par son père.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 13 juillet 1655. Note 31

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(Consulté le 05.12.2020)

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