L. 91.  >
À Charles Spon,
le 17 août 1643

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Monsieur, [a][1]

Le petit paquet qu’avez reçu ne mérite pas vos remerciements, je suis bien marri qu’il ne vaut mieux. Des Considérations sur la Sagesse de Charron[2] le vrai auteur, qui n’aime pas d’être connu, est M. P. Chanet, [3] médecin de La Rochelle. [4] J’ai eu le livre manuscrit entre les mains fort longtemps pour en avoir le privilège. Les imprimeurs, [5] au lieu de P. C., qui serait Pierre Chanet, ont failli en mettant P. G. Il est âgé d’environ 40 ans, il est fort savant, sanguin, mélancolique, [6][7] qui a fort voyagé. Il est fils d’un ministre de Marans, [8] qui est encore vivant. Il est de la religion de son père, qui médite autre chose. [1] Il est ici fort loué, on dit qu’il écrit presque aussi bien que Balzac. [9]

On a mis ici au jour deux petits livrets qui sont rares et précieux en leur sorte, dont l’un est la Rome ridicule du sieur de Saint-Amant, [2][10] et l’autre est Clarissimorum virorum Antonii et Vidi Loisellorum, patris ac filii, vitæ[3][11][12][13] Le cardinal de Richelieu [14] est étrangement sanglé dans ce petit livre. [4] L’un < des Loisel > était avocat au Parlement et l’autre était conseiller de la Grand’Chambre. On fait ici plusieurs harangues funèbres, mais tout cela est indigne de vous. Quand je vois ce galimatias si laudatif de diverses personnes mortes, je me souviens de ce beau passage de saint Augustin : [15] Cruciantur ubi sunt, laudantur ubi non sunt[5][16] Les livres qui furent faits l’an 1606 et l’an 1607 contre le pape Paul v [17] pour la défense des Vénitiens ont fait plus de tort à la papauté que les armes des Vénitiens n’eussent pu y faire, si notre grand roi Henri iv [18] ne s’en fût heureusement mêlé et n’en eût fait faire l’accord par son autorité. Voyez ce qu’en a dit Barclay [19] en son Euphormion, parte 2[6] Je ne puis attendre de nos imprimeurs rien de bon, sunt enim mera aucupia crumenarum, et impuri lucriones, solo reipublicæ litterariæ incommodo nati[7] Les bons Estienne, [20][21] Plantin, [22] Vincens et Gryphe [23] sont morts : Vixque superest alius qui tantorum heroum semen suscitare dignus sit[8] Je vous prie de pardonner à ma liberté. Je vous baise très humblement les mains et après vous avoir derechef remercié de tous vos beaux présents, je vous prie de croire que je suis et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 17e d’août 1643.

Le livre de M. de Launoy, [24] contre le P. Guesnay [25] et sa Marseillaise prétendue, [26] est imprimé. J’en ai céans pour vous, il ne se vend que depuis hier ; c’est un in‑8o, il est avec les deux autres qui vous sont dédiés. [9] On achève les Opuscules de M. de Baillou. [27] Dès qu’ils seront en état, j’y en joindrai un en blanc et vous l’enverrai par quelque voie sûre.

Ce 18e d’août 1643. [10]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 17 août 1643

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(Consulté le 25.08.2019)