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Ana de Guy Patin :
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Ms BnF Fr 9730 [page 54] [1]

  • Du temps des apôtres, peu de savants embrassèrent le christianisme, parce que ces philosophes, qui omnia exigebant et examinabant ad normam rationis humanæ, voulaient traiter la religion comme un point de philosophie. Saint Paul réfute ces savants-là en ses Épîtres[2] Ut bene sentiamus de Christiana Religione[1] il faut humilier son esprit et comparer la vie de Jésus-Christ avec tous les plus grands hommes de l’Antiquité : on trouvera que sa vie est plus admirable que tout ce qu’on a dit d’eux, combien que nous n’ayons qu’un petit livre de lui, qui est le Nouveau Testament. Si on eût écrit toutes les belles choses qu’il a faites, le monde serait plein de ses livres, et saint Jean l’a dit quelque part : [3] Multa et alia signa fecit Jesus in conspectu discipulorum suorum, quæ non sunt scripta in libro hoc. Hæc autem scripta sunt, ut credatis quia Jesus est Filius Dei ; et ut credentes, vitam habeatis in nomine ejus. Joan. sub finem cap. 20. Sunt autem et alia multa quæ fecit Jesus : quæ si scribantur per singula, nec ipsum arbitror mundum capere posse eos qui scribendi sunt libros. Idem Joan. sub finem cap. 21. Pour bien comprendre le christianisme, non decet sapere plusquam oportet sapere, sed sapere ad sobrietatem, ex D. Paulo ad Rom., cap. 12. [4] Verbum crucis pereuntibus quidem stultitia est ; his autem qui salvi fiunt, id est nobis, Dei virtus est. Scriptum est enim : Perdam sapientiam sapientium, et prudentiam prudentium, reprobabo, [5] etc. Placuit Deo per stultitiam prædicationis, salvos facere credentes. Quoniam et Judæi signa petunt, et Græci sapientiam quærunt : nos autem prædicamus Christum crucifixum, Judæis quidem scandalum, gentibus autem stultitiam, etc. Quæ stulta sund mundi elegit Deus, ut confundat fortia. D. Paulus ad Corint. cap. 1. [6] Sapientiam loquemur inter perfectos ; sapientiam vero non hujus sæculi, neque principum [page 55] hujus sæculi, qui destruuntur ; sed loquimur Dei sapientiam in mysterio quæ abscondita est, quam prædestinavit Deus ante sæcula in gloriam nostram, quam nemo principum hujus sæculi cognovit : si enim cognovisset, nunquam Dominum gloriæ crucifixissent. Ibid. cap. 2[2] Les plus prudents entre les païens n’avaient point de religion, car ils voyaient bien que leur commune < pratique > ne valait rien, et de là sont venus tant d’athées [7] dans le paganisme, duquel les erreurs et les vanités ont été si bien réfutées par Tertullien, [8] Arnobe, [9] Lactance, [10] le grand saint Augustin, [11] et tant d’autres. Le christianisme est la vraie religion ; et néanmoins, le diable semble être déchaîné depuis deux cents ans dans la chrétienté, [3][12] mais c’est Dieu qui permet ces désordres pour rabattre l’ambition des princes et punir les péchés des peuples qui l’oublient dès qu’ils sont à leur aise.

  • M. Boudot [13] état comtois, natif d’auprès de Poligny. [14] Il a régenté à Paris, il y a < été > recteur de l’Université, [15] puis docteur en théologie. [16] Il est devenu évêque de Saint-Omer, [17][18] puis a été fait évêque d’Arras [19][20] et y est mort. Il ne parlait que fort peu en compagnie, mais il prêchait fort bien : il faisait ses sermons en latin, puis les prêchait en français, il était fort agréable en chaire. Le premier président de Verdun [21] l’invitait souvent à dîner avec M. Cospéan, [22] qui est aujourd’hui évêque de Lisieux. Ce dernier parlait toujours, mais M. Boudot ne disait mot. Ce M. Cospéan a premièrement été évêque d’Aire, [23] après de Nantes [24] et, en troisième lieu de Lisieux. [25] Il a autrefois régenté en philosophie à Lisieux. [4][26]

  • Les ligueurs [27] arrêtèrent M. le président de Blancmesnil [28] prisonnier à Paris, lequel ils avaient envie de faire mourir ; mais M. de Villeroy, [29] qui était son ami, fut cause qu’il ne mourut pas et que ces ligueurs se contentèrent d’une rançon de dix mil écus. « Dieu me fit cette grâce que si je n’eus le crédit de garantir sa bourse, je ne fus du tout inutile à sa vie, laquelle était fort menacée de plusieurs », M. de Villeroy en ses Mémoires, pag. 143 in‑4o[5]

  • Auratus[30] poeta Regius, était limousin. Il avait été maître de Ronsard. [31] Il eut de sa première femme [32] une fille unique, [33] laquelle il maria à un nommé Goulu, [34][35] qui avait régenté, et lui donna sa charge de professeur du roi. De ce mariage sont nés deux savants frères, savoir le Père Goulu, [36] feuillant[37] qui a si bien étrillé Balzac, [38] et M. Goulu, [39] le médecin, qui était un très savant homme. Il avait épousé la fille d’un autre médecin, nommé M. de Monantheuil, [40][41][42] qui était professeur du roi aux mathématiques. Dorat étant veuf, âgé de 77 ans, épousa en secondes noces la fille d’un pâtissier [43] du faubourg Saint-Germain [44][45] et, dit-on, qu’il n’eut jamais rien de bien d’elle qu’un pâté de pigeon qu’il mangea avec d’autres régents le jour qu’il devint amoureux d’elle, et qu’elle lui fut accordée. De ce second mariage vint un fils nommé Polycarpe, [46] duquel était tuteur M. Goulu, le professeur du roi, et lequel il nourrit longtemps. Enfin, ce Polycarpe a été fait marchand de toile, et il a si bien fait qu’il est mort depuis peu, extrêmement riche. Plusieurs réputaient ce Polycarpe bâtard à cause du grand âge de Dorat, et qu’il avait chez lui en pension plusieurs grands écoliers qui aimaient bien sa femme. [6]

  • Castelvetro[47] qui a travaillé sur la Poétique d’Aristote [48] était un Italien qui se fit huguenot [49] et est mort à Genève. [50] Je pense qu’il a écrit en italien. C’est lui qui a dit que Virgile [51] n’avait point d’esprit. [7]

    [page 56] Marie < Tudor >[52] fille d’Henri viii, roi d’Angleterre, [53] était sa fille légitime, car sa m[ère] était Catherine d’Aragon, [54] tante de Charles v, l’empereur ; [55] laquelle Catherine mouru[t en] 1536. Cette Marie fut faite reine d’Angleterre après la mort de son pè[re et de son] frère unique, Édouard vi[56] qui mourut ex veneno l’an 1553, âgé de 16 ans ; e[lle] remit la messe par toute l’Angleterre et fit condamner et brûler plusieurs ministres. Elle vint à la couronne âgée de 38 ans, et mourut ay[ant] régné 5 ans, l’an 1558. Elle avait épousé Philippe ii[57][58] qui depuis fut roi d’Espagne après la mort de Charles v son père. Elle fit bien pendre et br[ûler] des hérétiques ; [8][59][60] et peut-être est-ce la cause pour quoi Buchanan [61] la blâ[me] fort en un certain épigramme, lui qui était hérétique ; il est vrai qu’elle était laide :

    Sum Marie, male grata patri, male grata marito :
    Cœlo invisa meæ pestis atrox patriæ.
    Nulla aberat labes : nisi quod fuit addita custos
    Fida pudicitiæ forma maligna meæ.
    Lib. 2. Epigram[matum]
    [9]

  • Franciscus Insulanus, François de l’Isle, [62] était un procureur de la Cour [à] Paris qui, pensant savoir quelque chose, tira vanité de faire des vers contre Joseph Scaliger ; mais il y fit plusieurs fautes, dont on se moqua de lui ; quand il reconnut la faute qu’il avait faite d’écrire cont[re] ce grand personnage, il quitta de dépit le Palais et s’en alla demeur[er] à Charenton, [63] où il se mit à étudier aux mathématiques. C’est lui que que Joseph Scaliger [64] entend en son épître 3 à Mamert Patisson, [65] quand il dit : Si mihi suspendium mandandum erat, dolendum < sane,> quod non απ’ αξιου ξυλου. Hoc meum fatum est, et quidem non infelix : inimicum non habeo nisi imperitum ; et commodum iste sese offert, incertum risu digni[or] an misericordia. Alioqui mirarer si hic solus sobrius ad rempublica[m] turbandam accederet, etc. pag. 69. Ce procureur n’était qu’un poète carabin au prix de Scaliger, qui était un homme incomparable. Ayant vu le commentaire de Joseph Scaliger sur Lucain, [66] il fit un petit livret en vers intitulé Mathematica pro Lucano Apologia adversus Joseph<um> Scaligerum, in‑4o, 1580 < sic pour : 1582 > ; [10] et trois ans après, ayant vu la lettre de Scaliger à Mamert Patisson, il y fit la réponse, encore en vers, laquelle il finit par ces trois vers :

    Scaligeros fama est Cœlum tentasse Gigantes,
    Cœlo iterum insurgit soboles : Hoc glorior unum,
    Quod Cœlum, quod me pietas tibi fecerit hostem.

    Habeo hos duos libellos penes me[11]

  • Les Séguier d’aujourd’hui, dont M. le chancelier est le premier, [67][68] ne sont pas nobles, < autrement > que par les charges qu’ils ont eues dans leur maison depuis cent ans. Les nobles seigneurs de Languedoc et de Guyenne ne leur sont de rien. Ceux-ci viennent de Saint-Pourçain en Bourbonnais, [69] d’où sortirent deux frères, dont l’un fut procureur de la Cour, [70] et l’autre fut apothicaire à Paris, [71] demeurant en la Grève. [72] Du procureur (qui est enterré dans Saint-Séverin [73] avec un épitaphe que l’on en a fait ôter depuis), est venu messire Pierre Séguier, [74] qui fut premier avocat du roi au Parlement, puis président en la même Cour, l’an 1556 ; en quel office il mourut l’an 1580. [12] Ce Messire Pierre Séguier laissa six garçons et une fille. Le premier des six garçons fut président aux Enqu[êtes], [75] [page 57] il est père < sic pour : oncle > de M. Soret < sic pour : Sorel >. [76] Le deuxième [77] fut conseiller de la Cour, lieutenant civil après Gabriel Miron, [78] l’an 1572, puis président au mortier ; il est mort l’an 1603. Le troisième fut Messire Jérôme Séguier, [79] grand maître des Eaux et forêts de France ; il est père de Mess. Tanneguy Séguier, aujourd’hui président au mortier. [80] Le quatrième a été conseiller de la Grand’Chambre et doyen de Notre-Dame. [81] Le cinquième a été Antoine, [82] qui fut premièrement avocat, puis maître des requêtes, lieutenant civil, puis avocat général l’an 1587, puis président l’an 1597, ambassadeur à Venise l’an 1598, et est mort second président au mortier, sans avoir été marié, l’an 1624. Il était extrêmement riche : c’est lui duquel on voit ce beau testament où il y a tant de legs. Le sixième fut Mess. Jean Séguier : [83] il fut maître des requêtes, puis lieutenant civil l’an 1587, en quelle charge il mourut de la peste l’an 1596, et Mess. François Miron, [84] président au grand Conseil et maître des requêtes, lui succéda. Ce dernier des six, Mess. Jean Séguier, laissa deux fils, dont l’aîné, Pierre, [85] est aujourd’hui chancelier de France, et Dominique, [86] qui est évêque de Meaux. La fille de Mess. Pierre Séguier, Louise, [87][88] fut mariée à un conseiller de la Cour [89] et de ce mariage est né le cardinal de Bérulle, [90] lequel mourut l’an 1629. [13] De l’apothicaire est venu Mess. Jérôme Séguier, [91] président au Grand Conseil[92] qui devint si pauvre qu’il est mort maître d’école à Champigny, [93] près de Saint-Maur. [94] On l’appelait le président aux nourrices. On dit que cet apothicaire n’était que cousin du procureur et qu’il était fils d’un laboureur de Gannat [95] en Auvergne. Ce Jérôme Séguier était fils du fils de l’apothicaire ; il avait été maître des requêtes ; il vendit cette charge et ne se réserva que sa commission de président au Grand Conseil, qu’il fallut enfin vendre aussi pour payer ses dettes. C’était un homme débauché que les garçons ont ruiné. Il n’avait qu’une fille, [96] laquelle il maria, âgée de 14 ans, à un vieillard nommé M. des Friches, conseiller au Grand Conseil, [97][98] qui avait 72 ans. Ce gendre mort, sa fille s’est remariée et vit encore aujourd’hui. [14] À cause de sa débauche et de sa pauvreté, les autres Séguier du Parlement le haïssaient ; et pour leur faire dépit, il fit mettre aux Blancs-Manteaux [99] un épitaphe, dans lequel il touchait leur généalogie, et démontrait combien mince et triste était leur noblesse. La maison de ce M. Séguier, président au Grand Conseil, en laquelle il est mort à Champigny, appartient aujourd’hui à M. de La Ferté, [100] secrétaire du roi et intendant de M. D’Alincourt, [101] beau-père de M. Miron, [102][103] maître des comptes, lequel m’y mena le mois de juillet 1638, où je vis ces deux vers sur un marbre :

    Segueridum fraternus amor, laus inclyta gentis,
    Recta fides, legum cura, forensis honor
    .

    Puis en un autre endroit, ces deux autres :

    Parva licet magno domus hæc mihi parta labore,
    Nec mirum ante alias si placet, una mea est
    .

    Ces vers se lisent dans un petit livret in‑8o que M. Jérôme Séguier a fait imprimer à Paris l’an 1603 sous ce titre Aretologia sive aurea et Christiana disticha, pag. 22. [15]

    [page 58] Paul Jove [104] in Elogiis virorum bellica laude illustrium, pag. 153, fait mention d’un certain Ludovicus Patavinus[105] lequel il appelle Patriarcha Aquileiensis, ex medico cardinalis factus, vir astuto peracrique ingenio. Ce fut lui qui conseilla au pape Eugène iv [106] de faire mourir, ou prendre pour lui faire son procès, le cardinal Ioannes Vitellius Cornetanus ; [107] ce qui fut heureus[ement] exécuté, combien qu’il fût bien accompagné et qu’il eût bien tâché de se défendre, comme un mauvais garçon qu’il était. Ad id Vitellius anxie æstuans, se non esse adeo rerum imperitum respondit, ut temere creder[et] summæ dignitatis viros, vel iniquo jure captos dimitti solere. Nec mult[o] post, ut nonnulli tradunt, sive acerbitate vulnerum, sive indito venen[o] fato functus est, caruitque honore funeris et tumuli, etc. p. 155. [16] Le Cardi[nal] Ioannes Vitellius était un mauvais garçon. Il était capitaine, prenait des villes, faisait tuer et pendre presque impunément. Il commanda un jo[ur] qu’un pauvre capitaine, Antonius Pisanus, [108] surpris par malheur, fût pendu à un olivier : ce pauvre Antoine se plaignait qu’on le faisait mourir du sup[plice] des larrons ; mais le cardinal Vitellius crudeli usus ironia, in carnificem versus dixerit, Lege ergo age, et æqua postulanti, viro forti præclaroque geminum innecte laqueum, altioremque ramum delige, ut honestius ac splendidius pendeat, etc., p. 149. Simile quid narratur fecisse Verres in Sicilia[17][109][110]

  • Charles, dernier duc de Bourgogne[111] qui fut tué devant Nancy [112] l’an 1[477], laissa une fille unique nommée Marie, [113] laquelle épousa le fils [de] Frédéric iii[114] empereur, nommé Maximilien, archiduc d’Autriche, dep[uis] empereur premier du nom. [115] De ce mariage vint un fils nommé Ph[ilippe], [116] archiduc d’Autriche et héritier de tous les Pays-Bas par sa mè[re] et roi d’Espagne de par sa femme, qui fut Jeanne d’Aragon, [117] f[ille] de Ferdinand [118] et Isabelle, [119] roi et reine de Castille, d’Aragon et d’Es[pagne.] Isabelle mourut l’an 1504, et Ferdinand l’an 1516. Voyez Guichardin, [120] […,] page 233. [18] De ce mariage de Philippe, archiduc d’Autriche < sic > et de Je[anne] d’Aragon, naquit l’an 1500 Charles v, empereur et roi d’Espag[ne,] et son frère Ferdinand, [121] qui fut empereur après lui, roi de Hongrie et [de] Bohème. Voy<ez> les généalogies de Sainte-Marthe, [122] tom. 2, pag. 821 et p. 1041. Cette Marie de Bourgogne étant à la chasse, grosse d’enfant, chu[ta] de cheval et se blessa si fort qu’elle en mourut, l’an 1482. Philipp[e] d’Autriche, roi d’Espagne, son fils mourut à Burgos, [123] ayant régné deux ans, âgé de 28 ans, l’an 1507 < sic pour : 1506 >. Vide Marianam [124] de Rebus Hispaniæ, lib. 2, p. 606, 6, 16, et p. 613, 6, v[19] Maximilien ier son père, empereur, mour[ut] l’an 1519, auquel succéda son petit-fils Charles v, qui mourut l’an 155[8]. Jeanne d’Aragon, femme de Philippe, archiduc d’Autriche et m[ère] de Charles v, empereur et roi d’Espagne, mourut l’an 1556 < sic pour : 1555 >. Elle éta[it] grosse, lorsque Philippe, son mari, mourut, de sa 4e fille, Catherine, [125] laquelle fut depuis reine de Portugal, en tant que femme de Jean iii[126] aïeul de Sébastien, roi de Portugal. [127] Voyez Sainte-Marthe, tom. 2, p. 1041. [20] Cette Jeanne d’Aragon était la [2e] fille de Ferdinand et d’Isabelle, la 3e fille desquels fut Catherine d’Arag[on], femme de Henri viii, roi d’Angleterre ; laquelle Catherine était tante maternelle de l’empereur Charles v, comme sœur de sa mère. Cette Jeanne d’Aragon, devant la mort de Philippe, son mari, devint fo[lle] et insensée, soit de regret ou de poison, de jalousie ou d’amour. Voyez l[’His]toire du cardinal Ximenes [128] par Baudier, [129] pag. 45, 46, 47 et seq., et Mariana de Rebus Hispaniæ, pag. 579, 585, 598, 602, 603, 617, 623, 630. [21][130] [C’est] à cause de quoi elle fut mise prisonnière, et retenue là-dedans jusques à sa mort. Elle mourut seulement deux ans plus tôt que son fils Charles v, savoir l’an [1555]. Ce fut lui qui la fit garder en prison, de peur qu’elle ne se remariât avec un certain prince de Tarente, qui eût été roi d’Espagne, par sa feu mè[re,] [page 59] et cet avis lui fut donné par Henri vii, roi d’Angleterre, [131] duquel le fils aîné, Artus, [132] épousait Catherine, sœur de ladite Jeanne, et tante du dit empereur. Vide Paulum Jovium de Ioannæ insania, in vita Hadriani vi[133] p. 238. Philippe, archiduc d’Autriche et roi d’Espagne, mari de cette Jeanne d’Aragon, mourut de peste [134] à Burgos, l’an 1507, < sic pour : 1506 > âgé de 28 ans, vide Marianam, pag. 606 ; et Jeanne, sa femme, mourut à Madrid l’an 1556 < sic pour : 1555 >, vide Thuanum p. 506[22][135]

  • L’Ambigu est un petit poème français fait par Bautru l’aîné[136] qui a été conseiller au Grand Conseil, contre le sieur de La Guette, [137] frère du cardinal Duperron, [138] qui est mort archevêque de Sens. [139][140] Ce même Bautru a fait L’Onosandre, qui se lit dans Le Cabinet satirique, pag. 558, qui est un autre petit poème contre M. de Montbazay < sic pour : Montbazon > ; [141] et pour tous les deux en a eu des coups de bâton. [23][142] Le cardinal Duperron et ce frère-là ne savaient quel métier faire étant jeunes : Madame de Loré, [143] qui se disait veuve du cardinal de Châtillon, [144] m’a dit autrefois qu’elle les avait vus en Normandie, dont l’aîné montrait le latin dans une école, et le second leur montrait à jouer du luth et de la viole. Enfin, l’aîné se fourra chez le cardinal de Vendôme, [145] d’où, ayant révélé au feu roi [146] l’invention du tiers parti, [147] il commença à faire fortune en trahissant ce cardinal, son maître, puis gagna les bonnes grâces de Madame la duchesse de Beaufort [148] en faisant des vers sur sa beauté, sur ses amours avec le feu roi, et sur la naissance de M. de Vendôme. [149]
    Jamais prince n’a tant aimé sa femme comme le feu roi aimait Mad. Gabrielle : il l’eût épousée si elle ne fût morte subitement, comme elle fit la semaine sainte de 1599. Elle est enterrée à Maubuisson, où sa sœur était abbesse. [150][151] M. de Vendôme perdit bien à cette mort et à celle du feu roi qui l’aimait extrêmement. [24]

  • Le feu roi avait toujours peur que quelque mélancolique, [152] et infatué des opinions de Rome, n’entreprît sur sa vie ; et néanmoins, cela est arrivé. Incidit in fatum, dum fata timebat[25] Il craignait deux hommes en France et ne pouvait les goûter, savoir le maréchal de Biron [153] et le maréchal de Bouillon. [154] Quand il fallut décapiter [155] le maréchal de Biron, il ne fut point lié : le bourreau se mit alors en grand danger ; il fut exécuté le vendredi dernier de juillet 1602. L’an 1632, le maréchal de Marillac [156] étant dans l’Hôtel de Ville, fut lié par le bourreau, qui le serra si fort qu’il cria ; le chevalier du guet [157] là présent, son ennemi mortel, lui dit que le roi l’avait commandé. Le maréchal répondit en présentant ses bras : « Le roi l’a commandé, que le roi soit obéi. » [26]

  • Ce fut une étrange procédure que l’arrêt de mort contre la maréchale d’Ancre : [158] son plus grand crime était d’avoir reçu et pris le bien que la reine mère lui avait donné. Elle consentait qu’on < le > lui reprît, et < à > être envoyée à Lorette, [159] y accomplir un vœu qu’elle avait fait. M. Courtin [160] opina qu’elle fût pendue ; [161] M. Des Landes [162] la condamnait à prison perpétuelle où le roi [163] voudrait ; M. de Palluau, [164] au fouet ; [165] M. Servin [166] disait qu’il fallait la tirer à quatre chevaux ; [167] les autres, en plus grand nombre, à tête coupée. Quand elle se vit condamnée à mourir, elle dit qu’elle était grosse, puis s’en dédit. Elle était bellotte et de bon esprit. Le roi donna son fils à un gentilhomme nommé Fiesque, [168] et qui est propre frère de celui qui est aujourd’hui curé de Saint-Sulpice. [169][170] Enfin, ce fils a eu permission de se retirer à Florence, où on l’appelait le comte de la Penne ; [171] il y est mort sans avoir été marié. [27]

  • J’ai autrefois vu des oraisons de Lipse [172] imprimées Hemstadis sic > in Germania ; [173] elles étaient toutes écrites du style de Cicéron, [174] et fort élégamment. [page 60] Le livre avait été imprimé l’an 1607, mais je crois qu’alors Lipse était huguenot [175][176] car il y a bien des choses là-dedans contre le massacre de la Saint-Barthélemy ; [177] il y en a aussi quelques-unes in laudem medicinæ. Vide Sweertium [178] in Athenis Belgicis, p. 501, in fine. Quand Lipse fit ses harangues, tunc litteras humaniores docebat Ienæ in Germania. [179] Nondum se fecerat artem relligio : [28] c’est un demi-vers tiré d’un poème qu’a fait Grotius, [180] intitulé Sylva Hugonis Grotii ad Franciscum August. Thuanum, Jac. Augusti F., 1621[181] Voici ses mots :

    Istud ad exemplum crebram tibi pagina lasset
    Sacra manum : patet illa piis. Sed sæpius annis
    A nostris oculos ad sæcula prisca retorque,
    Cum rudis et simplex nondum se fecerat artem
    Relligio : nondum titulum pietatis habebat
    Fulminens Mavors, et sceptri dira cupido.
    Pag. v. B
    [29]

  • M. Cospéan, aujourd’hui évêque de Lisieux, est natif de Mons en Hainaut. [182] Il vint à Paris après la paix faite l’an 1598, [183] et commença à y régenter. Il fit deux cours de philosophie au Collège de Lisieux lorsque M. Baven [184] y était principal, qui le prit en affection et lui aid[a,] comme il fit, à être un des premiers auteurs de sa fortune : il était fort pauvre en ces commencements, ce principal le nourrissait. À caus[e] de la paix faite, plusieurs Flamands [185] vinrent à Paris ; et d’autant qu’il parlait hardiment et s’expliquait assez bien, il eut bien des écoliers, qui lui causèrent grand gain. Il ne gagna pas tant au 2e cours par[ce] qu’il devint paresseux en ses leçons. Il commençait à prêcher en de petites églises, et delà est parvenu. M. et Mme de Rambouillet [186][187] le prirent si fort à gré qu’ils lui donnèrent mille livres de rente sur le plus beau de leur bien ; ce qu’ils firent passer par devant notaire[s,] et dont il jouit encore aujourd’hui. Il avait chez lui en pension M. d[u] Fargis, [188] neveu du dit Rambouillet, lequel fut d’autant plus loué de cette libéralité qu’il était obéré et avait bien de quoi employer son argent en autre chose. Depuis, il fut chéri de M. d’Épernon, [189] qui jouissait de l’évêché d’Aire, [190] par la mort de M. François de F[oix] de Candale, [191][192] ce grand mathématicien, oncle de sa femme, < sic pour : mère > [193] qui mourut nonagénaire à Bordeaux l’an 1594. [30] Il lui donna donc cet évêché avec 600 [livres] de rente, mais le roi ne le voulait admettre, disant que M. Cospéan, q[ui] était un Flamand espagnolisé et jésuitisé, [194] ne devait pas devenir évêque en France. Et pour ce refus, ses lettres en demeurèrent 13 mois chez le secrétaire d’État ; enfin, elles ont passé en 1622. Il fut < depuis> fait évêque de Nantes, et aujourd’hui, l’est de Lisieux, de sorte qu’il semble finir où il a commencé : on dit de lui qu’il a commencé par le Collèg[e] de Lisieux et qu’il finit au Collège des Trois-Évêques [195] (à cause de ses trois évêchés). [31] Il est docteur de Sorbonne. M. Gauthier, [196] principal du Collège de Sainte-Barbe, [197] eut le premier lieu, M. Cospéan, le deuxième, le Père Asseline, [198] qui est aujourd’hui feuillant, eut le troisième ; M. Froger, [199] curé de Saint-Nicolas-d[u]-Chardonnet, [200] le quatrième, M. Boudot, qui est mort évêque d’Arras, le cinquième ; et parce que ce dernier était fort savant, on disait est primo quintus similis[32] Il a pensé autrefois être recteur de l’Université. Il a mê[me] autrefois failli être curé de Saint-Eustache à Paris : [201] le roi ne le voulut point, disant qu’il ne fallait pas qu’un étranger possédât la première cure de sa bonne ville de Paris. On dit ici en proverbe commun qu[e] personne ne peut être curé de Saint-Eustache s’il n’est fol ; Monsieur Tonnelier [202] d’aujourd’hui est pourtant bien sage. [33]

  • Henri Estienne[203] qui a fait l’Apologie de Hérodote[204] le Thesaurus linguæ [page 61] Græcæ et tant d’autres livres, a été, avec Budé, [205] un des savants hommes en grec qui furent jamais. Casaubon, [206] son gendre, disait que ce qu’il avait ignoré pouvait bien être inconnu à d’autres : il nous a tant donné de beaux livres grecs, il a tant imprimé de bons livres latins qu’il en a extrêmement obligé la postérité. Il avait tout lu et savait tout : aux notes qu’il a mises en ses livres, on reconnaît qu’il a mis le doigt sur toutes les difficultés. Il sortit de Genève et vint demeurer à Lyon, où il gagnait sa vie à corriger en l’imprimerie de Cardon, [207] qui lui donnait tous les ans six cents écus, qu’il ménageait si mal qu’ils ne lui suffisaient jamais. Enfin, il est mort pauvre, l’an 1598. [34] Vide Thuanum, sub Henrico iv, p. 801, et Sammarthanum [208] in Elogiis[35] Cet Henri Estienne avait un neveu à Paris, nommé Robert Estienne, [209] qui ne fut jamais marié : il était huguenot, c’était un homme jovial qui allait boire çà et là ; avant que mourir, il donna cent pistoles d’or à Du Moulin, [210] le ministre, disant qu’un bon paroissien donnait quelque chose avant que mourir à son curé. Il avait toujours en sa pochette une flûte, de laquelle il se mettait à jouer après dîner, comme il avait un peu bu. Un jour, étant à table, un du roi (c’était au Louvre, [211] à la table des maîtres d’hôtel) la lui déroba. Il en fut si fâché qu’il en envoya un sergent à un Parfait, [212] contrôleur général de la Maison du roi, qui la lui avait fait dérober. Il en plaida devant le prévôt de l’Hôtel ; [213] la flûte fut prisée à xv livres, ils en vinrent au Grand Conseil ; Boutrays [214] plaidait pour Robert Estienne, et Sainte-Marthe, pour M. Parfait ; mais cette cause s’évanouit, et il perdit sa flûte. On lui en fit refaire une autre par un excellent ouvrier nommé La Vache, par arrêt. Comme le jour que la cause se devait plaider s’approchait, il pria ses amis de lui faire des vers sur sa flûte, M. Guyet [215] lui fit ceux-ci :

    « Rendez-la, jeune carabin,
    Rendez la flûte de Robin,
    Et gardez qu’il ne vous imprime,
    Car il tâte du vin nouveau,
    Et le met une fois en rime,
    Vous voilà relié en veau. »

    D’autres lui en donnèrent, dont voici une partie :

    « Penserez-vous de haute lutte
    Lui emporter ainsi sa flûte ?
    Croyez-vous que ce ne soit rien ?
    Elle est prisée à quinze livres.
    Plus qu’à imprimer de bons livres,
    peut-être il n’a gagné de bien. »

    Il hantait en plusieurs bonnes maisons, où il racontait toujours le procès de sa flûte. Le président de Thou [216] lui dit en riant que l’on mettrait Robert Estienne avec sa flûte hors de Cour et de procès ; et Robert Estienne lui répondit : « Adieu M. le président, qui êtes hors de Cour et de Palais ! » C’est que le président de Thou avait depuis peu vendu sa charge de président au mortier au lieutenant civil Le Jay, [217] de regret qu’il n’avait pu avoir la charge de premier président quand son beau-frère, M. de Harlay, [218] la quitta, que la reine [219] fit avoir à M. de Verdun. Le président de Thou fit, sur la flûte de Robert Estienne, un petit poème latin intitulé Fistula, ad Rob. Stephanum :

    Fistula quæ subrepta tibi, Pan Galle,
    Pusillum haud futurum est, etc.
     [36]

  • Ce Robert Estienne et Laurent Bouchel, [220] avocat (qui était beau-frère de M. Servin) allaient souvent ensemble au cabaret, et quand ils savaient où se devait faire quelque exécution criminelle, ils s’en allaient boire ensemble en ce quartier-là, pour voir le supplice. Un jour fut pendu un prêtre à la Grève, qui fit de fort beaux discours sur l’échelle, qui furent entendus par ces deux hommes. La nuit suivante, Laur. Bouchel, qui ne pouvait dormir, envoya son valet demander à Rob. Estienne ce qu’avait dit ce prêtre. Rob. Estienne, fâché d’être réveillé pour si peu [page 62] de chose, lui dit en colère : « Va dire à ton maître qu’il lui aille demander à la Grève, il y est encore ! Et qu’une autre fois, il ne boive pas tant. » [37]

  • Érasme était le plus savant homme et le plus poli de son temps. [221] Scaliger le père [222] a eu fort d’escrime contre lui ; et même de dire en ses Exercitations contre Cardan[223][224] exercit. 101. <1>9. p. 153. 6. edit. Vascos., [225] in‑4o : Et tu nobis Erasmum facis auctorem : quem totius ignarum fuisse Naturæ, cum alibi, tum eo demonstravimus commentario, quem de ejus fecimus Chiliadibus[38] Scaliger l’a encore piqueté en d’autres endroits mal à propos.

  • Lud. Vives [226] était espagnol, natif de Valence. [227] Combien qu’il fût marié en Flandres, il était fort savant en théologie ; il est mort à Bruges. [228] Vide Paulum Jovium in Elogiis. On dit qu’il mourut d’une convulsion, [229] qui survint inopinément à une plaie qu’il avait en la main gauche. Vide Bernhardi Suevi [230] Tractatum de Inspectione vulnerum, Marpurgi edit. in‑8o, anno 1629, pagg. 6[231] Il y a bien de la doctrine dans ses commentaires in D. Augustinum, de Civitate Dei, combien qu’il y ait quelque chose qui y déplaise aux moines. [39]

  • Montmaur [232] est natif de Quercy, ou périgourdin. Il a été autrefois jésu[ite,] et a fait la cinquième en leur collège de Périgueux. [233] Il s’en alla en Italie où il fut découvert avoir falsifié des lettres, à cause de quoi les jésui[tes] lui donnèrent la salle. [40] Il est néanmoins encore leur ami. Il a été précepteur du marquis de Praslin [234] et principal à Troyes. [235] C’est un grand bavard ; il est naturellement fourbe et impudent, il dira des injures à un apôtre. À l’ouïr, c’est le plus grand personnage du monde. Je me rencontrai, il y a quelque temps, chez M. le Chancelie[r], où il y avait d’honnêtes gens, et fort savants ; il leur en faisait fort accroire et, leur parlant de l’explication d’un certain mot grec, il leur en disait merveilles, qu’il avait apprises, ce disait-il, dans Hesychius, [236] dans Strabon, [237] dans Pausanias ; [238] je dis que ces auteurs-là n’avaient rien dit de cela, mais bien, que Scaliger [239] sur Manile [240] en avait parlé (et c’est là d’où il l’avait pris !) [41] il le nia absolument, et dit qu’il n’était point faussaire, qu’il le montrerait. Le lendemain, il y retourna, M. le chancelier lui demanda ces preuves, il lui répo[ndit] qu’il était trop homme de bien pour imposer de la sorte ; alors, M. [le] chancelier envoya céans avec un carrosse me quérir, et me pria de lui porter mon Hesychius ; ce que je fis, comme aussi le Manile de Scaliger. Étant arrivés, M. le chancelier nous fit tous asseoir à l’entour de lui, où entre autres étai<en>t Madame la chancelière, [241] M. d’Espeisses, [242] M. de Cerizy, [243] M. de Morangis, [244] M. Habert, [245] M. Lingendes, [246] et autres. On commença à parler de ces livres : il dit touj[ours] qu’il était homme de bien et qu’il n’avait point cité à faux ; lui ayant produit les livres qu’il citait afin qu’il nous montrât ces autorités, il nia le pouvoir faire, vu que ses livres étaient d’impression différente. Toute la compagnie vit bien la fourbe du personnage et se moqua de lui ; M. d’Espeisses même demanda pardon pour lui à M. le chancelier (car c’est lui qui l’a introduit là-dedans) ; et puis, s’étant retiré dans un coin, fit ces quatre vers sur-le-champ, qu’il présenta à M. le chancelier, tandis que Montmaur protestait qu’il montrerait et prouverait tout ce qu’il avait dit : [page 63]

    « Montmaur, c’est fait de ta mémoire,
    Tu bronches sous le vieux Bourbon,
    Tous les auteurs te font faux bond,
    Si tu n’as recours au grimoire. » [42]

    À la vérité, il a une grande mémoire, mais il ne fait qu’emballer et enfiler fausseté sur fausseté, et en baille à garder à tout le monde. C’est un hardi vilain qui mord et pique tout le monde. Il a depuis ce temps-là chanté injures à M. de Lingendes, à la table de M. le chancelier, puis une autre fois, à M. de Cerizy ; à cause de quoi M. le chancelier lui a défendu sa table et sa maison. Sa grande mémoire, avec son peu de jugement, lui a fait attribuer cet épitaphe :

    « Dessous cette casaque noire,
    Repose bien doucement
    Montmaur d’heureuse mémoire,
    En attendant le Jugement. »

    Sa charge de professeur du roi lui vient de M. Goulu pour laquelle avoir, les jésuites lui ont aidé. Il avait promis d’épouser la fille du dit Goulu, mais quand il fut reçu, il dit qu’il ne pouvait point, et qu’il était in sacris[43] Cet homme est un grand fourbe.

  • Buchanan, étant à Paris, eut la goutte, [247] l’an 1544. Il en parle en ses élégies, et des médecins et de ses amis qui le visitaient malade, Elegia 4 :

    Sed nec amicitiæ mihi pectora cognita certæ
    In mediis hic me defervere malis.
    Sæpe mihi medicas Groscollius [248] explicat herbas,
    Et spe languentem consilioque juvat :
    Sæpe mihi Stephani [249] solertia provida Carli
    Ad mala præsentem tristia portat opem.
    Turnebus [250] Aonii [251] rarissima gloria cœtus,
    Officiis vacuum non sinit ire diem, etc
    .
    Pag. 77, in‑4o [44]

    Buchanan avait fort lu les poètes, et les a bien imités. Il avait vu Érasme, et l’avait bien lu : tout son Franciscanus est tiré des œuvres d’Érasme, principalement de ses Colloques [252] et des ses Épîtres[253] Obiit admodum senex anno 1582, cum natus esset anno 1506[45] Buchanan n’avait pas son pareil quand il vivait, il ne l’a pas eu mille ans devant, et ne l’aura pas mille ans après.

  • M. Des Portes, abbé de Tiron[254] était fils d’un marchand drapier de Chartres, qui fit un voyage en Italie ; d’où étant de retour, il commença à faire des vers français, par la traduction de quelques poètes italiens. Henri iii l’ayant pris en affection, le mena en Pologne, [255] et l’aima jusques en l’an 1588, que Des Portes le quitta, se mettant de la Ligue avec le marquis de Villars, [256] prévoyant peut-être que les affaires de Henri iii n’iraient plus bien. Le premier don que lui fit Henri iii fut de trente mille écus comptant, dont il fit deux mille écus de rente au denier douze, et acheta pour six mille écus de meubles. [46] Le roi [257] étant à Venise [258] en son retour de Pologne, M. Des Portes y acheta pour 500 écus de livres ; le roi les voulut avoir, et lui en fit rendre mille écus ; et quelque temps après, lui fit rendre les livres aussi. Après, il obtint de lui plusieurs bonnes abbayes. Il était fort mignard et gentil, agréable en ses mœurs et en sa conversation. Il gouverna longtemps l’esprit et le corps de Mad. la duchesse de Retz, [259] qui est mère de notre archevêque ; [260] laquelle se nommait Claude Catherine de Clermont. Vide Phil. Portæi Elogium in Sammarthano, Thuano, sub anno 1606, [page 64] pag. 1247, et Matthieu [261] sous Henri iv, page 719. [47][262][263] C’est lui qui est nommé le poète de l’amirauté dans le Catholicon[264] avec commencement en ces mots : « Sage sodomite [265] comme Senault, [266] scélérat comme Bussy, [267] athéiste et ingrat comme le poète de l’amirauté, lavez-vous d’eau d’Higuiero, vous voilà sans tache et pilier de la foi. » Article 16 de la vertu du Catholicon, à cause qu’il était, durant la Ligue, avec l’amiral de Villars, dans Rouen et ailleurs. [48]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Ana de Guy Patin : Borboniana 8 manuscrit

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