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Ana de Guy Patin :
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Ms BnF Fr 9730 [page 64] [1]

  • Mariana[2] qui a fait l’Histoire d’Espagne, de Rege, de Ponderibus, etc., était un Espagnol, jésuite, mais peu aimé parmi eux. Il donna des mémoires contre eux pour les réformer. [3] Il avait enseigné la philosophie et la théologie à Paris. Il est mort à Tolède [4] environ l’an 1622. [1]

  • Ce Brissæus [5] est un Gascon : il demeure chez Monsieur [6] et a, en qualité d’historiographe de Son Altesse, 1 200 livres de gages. Il a autrefois été jésuite, ils le haïssent bien et l’appellent apostat. Il faisait environ l’an 1619, à Lisieux, [7] des répétitions de droit à des avocats, et montrait les moyens de haranguer sur-le-champ de quolibet materia[2] il courait quantité de monde l’entendre. Les avocats, ses auditeurs, lui firent présent de cent pistoles dans une bourse, qu’il prit, et en avait besoin. Je l’y fus quelquefois entendre ; je n’admirais pas tant ce qu’il disait de bon, que la grande quantité de ce qu’il disait par cœur : il a une grande et heureuse mémoire. Il a un frère en cette ville qui est partisan, qui est devenu fort riche. [3][8]

  • Ce Joulet [9] qui a traduit quelques oraisons de Cicéron et le premier livre de Oratore[10] est mort chanoine d’Évreux. [11] Il avait encore un frère, il était fils d’un trésorier de France qui est mort assez incommodé. Le cardinal Duperron [12] avait été en leur jeune âge leur précepteur. [4]

  • Je ne m’étonne pas si le pape [13] est tombé malade car il est fort vieil : il est né en 1568, et ideo nunc est septuagenarius. Senectus ipse morbus est : [5][14] vieillesse est maladie, et maladie est vieillesse. Rabelais dit en son Almanach [15] que « vieillesse sera incurable cette année, à cause des années passées. Ceux qui seront pleu[rét]iques [16] auront grand mal au côté, etc. » Chap. 3. [6]

  • L’archiduchesse des Pays-Bas, Eugénie-Isabelle[17] voyant les progrès du roi de Suède [18] en Allemagne, [19] avait peur pour sa Maison d’Autriche. Elle disait que l’empereur Rodolphe [20] avait fait, quelques ans avant sa mort, bâtir une salle où il avait fait graver en lettres d’or ce mot ADSIT. Comme plusieurs lui en demandaient l’explication, apr[ès] que chacun l’eut interprété à sa mode, il leur dit que c’était ainsi, Austriacæ Domui Suus Instat Terminus[7] et en rendait cette raison : « Je n’ai point d’enfants pour me succéder ; mon frère Matthias [21] n’en aura point, l’archiduc Albert ne veut pas de l’Empire (et de fait, il n’en a pas voulu) ; si bien que l’Empire regarde mon cousin l’archiduc de Graz, [22][23] qui est trop bigot pour bi[en] gouverner un grand empire, et ne lui réussira pas dans toute l’Allemagne, comme il lui est arrivé en son petit canton de pays. » Il faut avouer que si ce roi de Suède ne fût pas mort, la Mais[on] d’Autriche était perdue : le Waldstein [24] même la mettait encore en grand danger, mais Dieu a montré ce coup-là, comme plusieurs autrefois, qu’il n’aime par les trahisons et les conspirations contre les [page 65] princes. [8]

  • L’oncle de la reine mère[25] Ferdinand de Médicis, [26] avait été cardinal 25 ans avant que de se marier ; puis étant mort sans enfants, laissa le duché à François, [27] son frère qui, ayant aussi quitté son bonnet de cardinal, épousa Jeanne d’Autriche, [28] de laquelle il eut deux filles : l’une [29] mariée au duc de Mantoue, Vincent, [30] et l’autre au feu roi Henri iv[9][31] Durant qu’il fut cardinal, il était grand sodomite ; [32] et comme un jour son confesseur l’interrogeait sur quelque point, il lui répondit « Passez cela » ; tôt après, l’interrogeant sur la sodomie et lui ayant encore répondu « Passez cela », le confesseur lui dit que ce péché était si grand qu’il ne le pouvait passer, et ce n’était pas comme celui de tantôt qu’il avait passé. Après la mort de sa femme, il devint amoureux d’une jeune noble vénitienne fort belle, nommé Bianca Cappellia, [33] laquelle même il épousa. Comme un jour en sa présence on parlait de quelques sodomites de Florence, elle lui dit que cela était bien vilain, et qu’il eût fallu les brûler tous ; il fit écrire leurs noms sur un papier et dit qu’ils seraient tous brûlés, en le jetant dans le feu : « Ô m’amie, dit-il, vous ne voudriez pas qu’on m’eût brûlé ! » Cette Bianca Cappellia avait fait apprêter des olives empoisonnées [34] pour tuer un prince des parents de François, son mari : comme on les apportait, François rencontrant le porteur en prit deux et les mangea, dont il se trouva incontinent fort mal ; Bianca Cappellia, sa femme, reconnaissant la faute qu’elle avait faite et le quiproquo qui avait empoisonné son cher mari, prit des mêmes olives et, en ayant mangé, se jeta sur le même lit avec lui, avec lequel elle mourut l’an 1587. Vide Thuan. tom. 4, pag. 208[10][35]
    Marie de Médicis, sa fille, [36] épousa le feu roi à Lyon l’an 1600. Elle était vieille fille âgée de 27 ans, mais grosse et grasse. On avait parlé de la marier avec plusieurs princes, mais rien n’avait réussi. Son oncle disait qu’il avait envie de la marier à un prince du sang de France. M. de Montepensier, [37] qui épousa la fille [38][39] de M. de Joyeuse, [40] le capucin[41] n’y voulut pas entendre. Un faiseur d’horoscopes lui dit qu’elle ne se souciât, qu’elle épouserait un grand et puissant prince, et que sic erat in fatis[11] On parla de la marier à un duc de Brunswick, [42] lequel, à ce dessein, passa par Florence et y fut fort bien traité ; mais ayant peur qu’on ne lui parlât de ce mariage auquel il avait de l’aversion, il s’en alla le lendemain sans dire adieu à son hôte. Le lendemain que le roi eut couché avec elle à Lyon, comme on parlait de ce duc de Brunswick, il dit : « Elle était trop bonne pour un gros pourceau d’Allemagne. » Le roi la trouvait belle, grasse comme elle était. Le commun vœu des filles d’Italie est : « Que Dieu me fasse grosse et grasse, je me ferai belle ! » Voy. le Traité de la conformité du langage français avec le grec, p. vi, voy. le Traité du langage français[43] Martial, [44] epigr. 101, lib. xi, dit à cela ce qu’il faut : Carnarius sum, pinguiarius non sum[12][45]
    Voilà d’étranges revers de fortune : elle a épousé le plus grand, le plus noble et le plus glorieux roi de la chrétienté ; elle a été longtemps régente ; elle est mère du roi très-chrétien ; [46] les trois plus grands princes de l’Europe, après son fils, sont ses gendres ; [47][48][49] et néanmoins, la voilà aujourd’hui réduite, en Flandres, à se contenter d’une modique pension que les Espagnols lui donnent, avec bien du mécontentement. Vraiment [page 66] la pauvre dame mange bien du pain d’angoisse et de douleur ! Elle s’est ennuyée en Flandres [50] et eût bien voulu aller en Angleterre, mais on ne veut pas d’elle : on craint trop en ce pays-là le docteu[r] Dépense, le roi d’Angleterre n’est pas assez riche pour donner de c[es] pensions-là ; il n’y a que la France et l’Espagne qui puissent jouer si gros jeu. Je ne sais si jamais elle reviendra en France car il me semble qu’elle est noyée bien avant ; et puis elle est vieille, [elle] est née l’an 1574, de sorte qu’elle a aujourd’hui 64 ans, c’est beaucoup d’âge pour revenir de si loin. [13]

  • Chercher des raisons pour prouver la religion, c’est se moquer : la religion ne se peut prouver : cela est de même que chercher le premier mobile ou la pierre philosophale. [51] Voy. le Catéchisme de Grenade, p. 245, in‑4o[14][52] La religion ne se démon[tre] point, il faut la croire, In captivitatem redigendo intellectu[m] nostrum in obsequium Christi, ex epist. 2 ad Corint. cap. 10[15][53] De croire ce que nous enseigne la religion chrétienne, merum est opus fid[ei], non doctrinæ ; nec est contra naturam, sed supra naturam[16] M. Tournier [54] disait qu’il n’avait pas voulu se faire théologien propter[ea] quod Theologia nihil probaret, quam ideo appellabat artem dubitand[um][17]

  • Amadis Jamin [55] avait demeuré avec Ronsard [56] et l’avait servi comme son page. Il était natif de Chaource, [57] diocèse de Langres, [58] d’où mê[me] était natif M. Edmond Richer, [59] docteur de Sorbonne. [60] Amadis Ja[min] est mort grenetier [61] à Châtillon-sur-Seine. [62] Quand il allait faire visites, il s’adressait toujours au curé de chaque village, et lui de[man]dait, en lui donnant à dîner, s’il ne connaissait point de sorcier à l’entour, [63] qu’il eût bien voulu parler à quelqu’un, qu’il y avait […] ans qu’il cherchait des diables et qu’il n’en avait pas vu la queue d’[un.] [18]

  • J’ai eu longtemps un Rabelais[64] mais il n’était pas à moi : c’est celui de M. Guyet, [65] qu’il avait laissé en mon étude. Il se conf[essait] tous les ans qu’il avait un Rabelais qui n’était pas chez lui, e[t] moi je me confessais d’en avoir un qui n’était pas à moi. [19]

  • M. le prince de Condé [66] poursuit vivement un abbé de Bourgogn[e] sur l’abbaye duquel il a jeté un dévolu : elle vaut six m[ille] écus de rente, l’abbé est en fuite, il est accusé de sodomie ju[squ’au] premier degré. C’est l’avarice qui lui fait faire cette pours[uite] plutôt que l’horreur de ce vice, duquel même il a le bruit d’[avoir] été entaché. Après qu’il fut sorti du Bois de Vincennes [67] l’an 1619, p[ar] le moyen de M. de Luynes, [68] il fut d’avis au Conseil [69] qu’il fallait attaquer les Ponts-de-Cé, [70] ce qui fut exécuté, combien que l’avis contraire fût fort plausible. Ce voyage et cette guerre des Pont-de-Cé furent cause de ce quatrain :

    « Enfin son conseil a vaincu.
    Si on fait la guerre à sa mode,
    Cela bien fort nous incommode.
    Nous en avons bien dans le cul. » [20]

    Quand il eut épousé la fille du connétable de Montmorency, [71] l’[an] 1609, le roi lui dit qu’il voulait coucher avec elle. Il répondit au [roi] qu’il lui avait dit que si Sa Majesté avait dessein sur cette dam[e], [72] qu’il ne la pouvait pas épouser. Le roi se mit en colère et lui d[it] : « Vous n’êtes pas si grand que je ne puisse bien vous humilier. Je vous [ai] fait ce que vous êtes. Vous n’êtes que le fils d’un laquais, ou tout au p[lus] d’un page. Ce n’est pas que je n’aie couché cent fois avec votre mè[re], [73] mais c’était auparavant votre âge. » M. le prince de Condé répl[iqua] au roi qu’il était pour certain propre fils du défunt prince de Cond[é], [74] [page 67] qui était mort l’an 1588. Le roi le menaça de le faire parler autrement et l’envoya. M. le Prince, qui n’est guère secret, pour un courtisan, a raconté tout cela à M. Du Maine le père, [75] qui l’aimait fort ; et M. Du Maine l’a dit à un lieutenant de Soissons [76] qui me l’a raconté. [21]

  • Quand le père de Charles v[77] qui était Philippe, archiduc d’Autriche et roi d’Espagne[78] fut mort en Espagne l’an 1507, on parla de remarier sa veuve : [79] les uns proposèrent le duc de Calabre ; [80] d’autres parlaient d’Henri vii, roi d’Angleterre : [81] d’autres disaient que son père, Ferdinand d’Aragon, [82] avait dessein de lui faire épouser son neveu Gaston de Foix, [83] qui était aussi frère de Germaine de Foix, [84][85] sa deuxième femme qu’il avait épousée depuis la mort d’Isabelle, [86] reine de Castille et d’Aragon, mère de ladite Jeanne, veuve ; mais les grands d’Espagne ne consentaient pas volontiers à ces mariages d’étrangers, quelque grands princes qu’ils fussent. Vide Jo. Mariana, de Rebus Hispaniæ pag. 514[22] Et néanmoins, d’autant qu’elle était jeune encore et fort en âge de se remarier, Charles v fut bien conseillé de la faire arrêter prisonnière, au moins tenue sous bonne garde, comme privée de son esprit, quamvis lucida habeat intervalla ; [23] et sans cet avis, je crois qu’elle se fût remariée, car tous les royaumes d’Espagne, qui lui appartenaient, n’eussent pas manqué d’éveiller l’esprit des jeunes princes de l’Europe, qui sont volontiers friands de tels morceaux.

  • L’Onosandre se lit tout entier dans le Cabinet satirique, page 558.

    « Je veux quitter Parnasse et l’onde pégasine <{a}>
    Pour aller faire un tour jusques à Terrasine, <{b}> etc.
    Qui croit que le grand Caire est un homme, <{c}> et lespline, <{d}> [87][88]
    Une île aussi fort loin, comme les Philippines ;
    Que le pape reçoit toujours des messages
    Des saints de paradis, même que les sept Sages <{e}> [89]
    étaient fort bons chrétiens, que Judas Maccabée, <{f}> [90]
    S’il ne fût point mort jeune, eût été bon abbé ;
    Qui croit que paradis est fait comme une église,
    Et que le Bucentaure est le duc de Venise. <{g}> [91]
    Je l’ai vu maintes fois (ignorante caprice)
    Citer Monsieur saint Jean au livre de l’éclipse, <{h}> [92]
    Et tout d’un même temps, faire croire à son sens
    Que physique et phtisique <{i}> [93] auraient un même sens.
    S’il parle de Brutus [94] en sa grande action,
    Il se plaint que César <{j}> [95] meure sans confession,
    Et dit, la larme à l’œil, tant de prêtres à Rome
    Ont-ils laissé mourir sans confession cet homme ? »

    Ces vers sont tirés de L’Onosandre qu’a fait Bautru l’aîné [96] contre M. de Montbazon, [97] lequel il appelle par dérision prince de Béthizy, parce qu’il était logé en la rue de Bétisy. [24][98]

  • Un certain fut trois fois augustin[99] trois fois jacobin[100] trois fois cordelier [101] et trois fois mathurin ; [102] et néanmoins ne put amender, et ne valut jamais rien ; à cause de quoi, on fit ces deux vers qui rencontrent assez bien avec tous ces divers degrés de momerie et de moinerie : [103]

    Ter corvus, ter pica fui, ter fune ligatus,
    Ter cruce signatus, sumque quod ante fui
    .

  • Les moines, hominum genus maledicentissimum[25] disent que ces vers se doivent entendre d’Érasme, [104] mais ils se trompent et ont tort doublement, car : 1. ce bon Érasme était fort homme de bien ; 2. il n’avait été que quelques mois dans une abbaye de l’Ordre de saint Augustin, et ce étant encore fort jeune, où son tuteur l’avait poussé par force, prétendant avoir sa succession ; d’où il se retira prudemment et de bonne heure, ayant reconnu que la moinerie est une momerie de gens fainéants, qui veulent vivre sans rien faire, à l’ombre du crucifix ; et que le monachisme est une façon [page 68] de vivre, tout à fait indigne d’un homme d’esprit et de courage, et qui peut servir au public, comme a très bien fait Érasme en tant de beaux livres qu’il nous a laissés ; et principalement en ses Adages[105] ses Épîtres[106] ses Paraphrases sur le Nouveau testament [107] et ses Apologies[108] Ses Colloques[109] Lingua [110] et Moriæ Encomium [111] sont pareillement fort bons. [26] Hélas, plût à Dieu que chaque couvent de nos moines nous pût chaque centaine d’années fournir un bon Érasme, ou qui en approchât ! [112]

  • Origène [113] vint à Rome du temps de Fabian, pape, [114] et fut entendre Plotin, [115] philosophe platonicien [116] qui enseignait publiquement. In cujus auditorium, quum esset ingressus Origenes, siluit Plotinus : rogatus vero cur, Græculi adventu, taceret ; respondisse fertur : Veniente Sole, stellæ non lucent. Vide Baronius, anno Christi 248, 2[27][117]

  • Le beau latin de Calvin [118] et de Bèze [119] a bien trompé du monde, et fait des huguenots : [120] Eloquentia enim illa sæcularis est calix Babylonis, [121] in quo proponuntur omnes blasphemiæ, hæreses, pravi mores, etc., ut ait alicubi Origen[es]. [122]
    Nimis honorati sunt amici tui, Deus, inquit David Psal. [123]
    Sed in illo nimis scandalizantur hæretici ; luxuriantur cardinales, episcopi, abbates et monachi ; ædificantur Catholici.
    Objiciunt hæretici Ecclesiæ Romanæ fastum prorsus adversari simplicitat[e] et pietate apostolorum : sed illi fuerunt semina, nos sumus arbor florescens, frondescens et fructificans.
    Puerculi credunt omnia quæcumque, etiam ineptissima iis suggeruntur credenda etiam a vetulis : grandiores facti nihil amplius credunt, initio sed transeuntes ab uno extremo ad aliud : seniores facti prudenter credunt quæ sunt credenda, nec falluntur : cum enim incipit corpus senescere, tamen incipit animus reviviscere. Ista sunt audita ex Patre Campanella, [124] non ex Nic. Borbonio
    [28]

  • Querimonia Campanellæ de quodam medico. Doleo ejusmodi virum, quem credebam mihi amicissimum, in re tam levi mihi defuisse. Memini me legisse in Italia aliquid in metaphysicis Avicennæ, [125] van[us] est hic liber iste ; ille R.M. [126] unum habet in Musæo suo, nec voluit mihi lutuo dare per aliquot dies. Sunt quidam qui sibi solis nati videntur, nec ullo modo aliis vellent prodesse, etiam sine detrimento proprio. Bone Deus ! longe aliter se gessit Divus Paulus [127] in convulsione gentium, quam ejusmodi doctor tantopere recedens a moribus apostolorum : et factus sum Judæis tanquam Judæus, ut Judæos lucrarer ; factus sum infirmis infirmus, ut infirmos lucrifac[erem ;] omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos ; omnia autem facio propter evangelium, ut particeps ejus efficiar. Longe aliter agebat Cato [128] apud Lucanum [129] lib. 2o :

    Hæc duri immota Catonis
    secta fuit, servare modum finemque tenere, naturamque sequi, patriæque impendere vitam, nec sibi, sed toti genitum se credere mundo. Huic epulæ, vicisse famem : magnique penates submovisse hyemem tecto, etc
    [29][130]

    De monacho miles, monachus de milite factus[30] Jean de Montluc[131] évêque de Valence, [132] était propre frère de Blaise de Montluc, [133] maréchal de France, duquel nous avons les Mémoires. Ce Jean de Montluc fut en son jeune âge cordelier, puis en sortit, étant alléché, par le grand esprit qu’il avait, à se mêler dans le monde. Il se mit à prêcher, où il faisait merveilles ; et s’étant fourré au Conseil du roi, eut diverses commissions, où il réussit heureusement. Il a fait en sa vie plusieurs ambassades, en Pologne, à Venise, en Hongrie, deux fois à Rome, en Écosse, en Angleterre ; même, il traita la paix universelle avec le Turc[134] Vide præfationem Pauli Manutii ad Joannem Monlucium, pag. 388[31][135] Il fut soupçonné d’hérésie, de sorte qu’aux états de Blois, l’an 1577, [136] il fut ordonné qu’on ne recevrait plus au Conseil du roi aucun de ceux qui étaient soupçonnés d’hérésie, ou fauteurs d’hérétiques, ce qui fut ordonné à cause de lui seulement. Il [page 69] fut envoyé au concile de Trente ; [137] mais étant à Pignerol, [138] il reçut avis, par lettres de MM. de Pibrac, [139] Du Ferrier [140] et de Morvillier, évêque d’Orléans, [141][142][143] qu’il ne faisait pas bon pour lui au concile ; que le pape avait les mains trop longues ; et que les passeports donnés à ceux qui allaient au concile ne s’entendaient pas pour les évêques soupçonnés d’hérésie ; que l’on lui faisait pour ce point son procès à Rome, et qu’il se gardât bien de passer outre, qu’autrement il était en danger ; et de fait, y a eu sentence portant condamnation contre lui, comme hérétique, mentionnée dans les bulles de Charles de Léberon, [144][145] son successeur, qui était son neveu, en tant que fils de sa sœur. [146] On ne put trouver un gentilhomme pour épouser cette sœur ; enfin, on la maria à un nommé Jean < sic pour : François > de Gélas, [147][148] qui a acheté la terre de Léberon [149] dont ceux-ci portent aujourd’hui le nom, homme fort riche, lequel avait autrefois été épicier. Ce neveu ne put obtenir l’évêché de Valence par la résignation de son dit oncle (à cause de l’hérésie dont il était accusé), mais il l’eut par le moyen de la nomination du roi. Jean de Montluc mourut l’an 1579 à Toulouse, hydropique. [150] Voy. Sc. Dupleix, [151] sous Henri iii, p. 99. Vide Sammarthanum in Elogiis[32][152] Il eut un bâtard qui fut légitimé, qui fut Balagny, prince de Cambrai, [153] d’une belle femme grecque qu’il avait amenée de son ambassade de Levant. D’autres disent que la mère de ce Balagny était une Picarde. [154] Il acheta pour ce sien bâtard exprès la terre de Balagny, [155] afin de lui en faire porter le nom. Scipion Dupleix, en parlant du colloque de Poissy, [156] parle de lui comme d’un homme libertin, et bien peu catholique. Combien qu’il se dît évêque, il n’a jamais été sacré, n’a jamais tenu les ordres, ni n’a jamais été prêtre ; ains seulement a été nommé à cet évêché. Quand il ouït la nouvelle de la mort de Calvin, il s’écria de douleur et dit qu’à son grand regret le plus grand théologien du monde était mort. Voy. le cardinal Duperron en son Traité de l’Eucharistie, p. 1021, et Thuanum tom. 3, pag. 325. [33] Cl. Robertum in [G]allia Christiana p. 501, [157] Fr. Belcarium pag. 941[34][158] Il prêchait hardiment et éloquemment, mais il entrait dans la chaire pour prêcher comme dans le Conseil pour opiner et parler d’affaires, avec un manteau, une soutane et un bonnet carré ; et rarement prêchait-il qu’il ne lui échappât quelque opinion hérétique ; et même, une femme se leva du sermon un jour et lui dit tout haut qu’il était un méchant évêque de parler ainsi. Il portait si fort et hautement les huguenots à Valence que quand les chanoines chantaient la messe dans le chœur, les ministres étaient dans la nef, qui chantaient les Psaumes. Tandis qu’on poursuivait les luthériens, [159] le doyen de Valence [160] eut commandement de faire des informations contre ceux qui prêchaient des hérésies, auxquels Jean de Montluc fut compris ; mais il fit casser ces informations étant de retour d’Écosse, par arrêt du grand Conseil, qu’il obtint au rapport de Maître Nicolas Compain [161] (que Blaise de Montluc, au commencement du v e livre de ses Mémoires, dit avoir été le plus méchant homme de France) ; [35] et le doyen fut condamné à amende honorable [162] pour avoir informé contre son évêque. Mess. Jacques de Léberon, qui est aujourd’hui évêque de Valence [163] avait un sien cousin nommé Jacques de Léberon, natif d’Upie [164] en Valentinois, près de Valence, [165] qui se tua l’autre jour ici de colère, [166] après avoir tué son laquais. Tous ces Gélas de Léberon sont fous par la tête. 1638. [36][167]

  • Le bruit court que le duc de Weimar [168] a gagné une bataille devant Rhinfeld le <2e> de mars 1638, [169] et qu’il y a force prisonniers, et entre autres Jean de Vert. [170] Je ne sais si cela pourrait être vrai : on l’a autrefois tant chanté à Paris qu’il y pourra bien venir lui-même ; on le mettra dans le Bois de Vincennes [171] pour faire compagnie là-dedans à Colloredo, [172][173] et ne bouger de là jusques à la paix. Je crois que voilà tout le fruit que nous en pourrons tirer. Comme je pensais cette nuit à cette prise de Jean de Vert, j’en ai fait ces vers : [174]

    Cum Janum veterem clausum temere Quirites,
    Florentis signum pacis ubique fuit :
    Nulla salus Bello, pax toto poscitur orbe,
    Nos Janum viridem clausimus ? Ecquid erit ?
     [37][175]

    [page 70] Les grandes nouvelles ne se doivent pas croire tout d’un coup, il faut en attendre le boiteux. Præceptum est Epicharmi : [176]

    Sobrius esto, et memineris non credulus esse.

    Ne credas ne (Epicharmus ait) non sobrius esto,
    Hi nervi, humanæ membraque mentis erunt.

    Vide Alciatum Embl. 16[38][177]

    Je ne pense pas qu’il se fie aux enfants, après qu’il aura ruiné le père. Stultus qui occiso patre sinit vivere liberos[39][178]

  • Sixte v [179] haïssait les jésuites comme moines espagnols, plus æquo addictos partibus Philippi ii[180] Il les querellait souvent, et leur disait qu’ils n’étaient que religiosi regenti[40] Il avait envie, s’il eût vécu plus longtemps, de les réformer au premier pied de leur règle, [181] et leur faire reprendre leur premier habit, qui était tanné, qu’ils ont depuis changé en noir. [41][182] Quand il fut mort, ils faisaient courir le bruit (ce fut l’an 1590, je m’en souviens) que le diable l’avait étranglé, habillé en cordelier. On dit qu’en mourant, il disait O Rex Philippe, hoc uno me superas, quod morior ! [42][183] les jésuites ont bien de l’or et de l’argent, et en amassent bien tous les jours. Ils ont tenu de grands partis de blé, des chapeaux de castor, de vins, ils gagnent sur tout. Ils font eux-mêmes des magasins d’or et d’argent en tous les lieux où ils s’arrêtent. J’ai peur qu’ils n’en fassent quelque jour la guerre au roi même. Si M. le cardinal [184] ne tenait bon, je pense qu’ils en feraient bien accroire au roi.

  • Rodolphus Botereius [185] était de Châteaudun, [186] il était fort savant en latin : il eût harangué deux heures en latin sur-le-champ. Il a laissé deux filles, dont l’une [187] a été mariée au fils du président Soly, [188][189] d’avec laquelle il a été démarié sous ombre d’impuissance, puis a respousé la fille [190] de Dolé [191] l’avocat qui fut fait conseiller d’État du temps de la régence de la reine mère, et lequel mourut à Tours l’an 1616. Cette Boutrays démariée a depuis épousé M. Pajot, [192] conseiller au grand Conseil qui, ayant été avec elle six mois ou environ, est mort l’an 1637. [43] Ce Dolé était fils d’un tailleur de Doullens, [193] qui se fit cabaretier. Il avait été précepteur de M. de Beaumont, [194] fils unique de M. le premier président de Harlay. [195] Cela lui donna du crédit au Palais ; mais depuis, ayant été aux affaires du Conseil, il se fit tant d’embarras qu’il eût été pendu après la mort du marquis d’Ancre [196] s’il eût encore vécu. [44]

  • Theologia ideo dicitur ars dubitandi, quod ejus principia non possint demonstrari intelligentia, est principiorum, scientia est conclusionum[45] Un vieux curé de Saint-Benoît, [197] M. Rognenaut[198] doyen de Sorbonne, [199] rencontra un jour un de nos médecins, à savoir Albertus Le Fèvre, [200] et lui dit en riant que, Dieu merci, il se portait bien, combien qu’il y eût quatorze ans qu’il n’eût pas pris médecine ; M. Le Fèvre lui répondit : « Et moi je me porte bien, combien qu’il y ait quatorze ans et plus que je n’ai point été à l’eau bénite », d’autres disent « à confesse ». Cet Albert Le Fèvre était huguenot ; il était petit-fils de Ruellius, médecin de Paris. [46][201]

  • Le roi François ier [202] fit chancelier de France [203] le premier président Du Pr[at] [204][205] pour l’avis qu’il lui avait donné de ne pas coucher avec Marie d’Angleterre, [206] femme de Louis xii[207] de peur qu’il n’en vînt un fils plus gr[and] que lui. [47] Jupiter [208] n’osa épouser Thétis, [209] mère d’Achille, [210] parce que son fils devait être plus grand que son père. Peleus [211] l’épousa :

    Tum Thetidis Peleus incensus fertur amore ;
    Tum Thetis humanos non despexit hymenæos :
    Cum Thetidi pater ipse jugandum Pelea sensit.
    O nimis optato sæclorum tempore nati
    Heroes salvete deum genus ! o bona mater !
    Vos ego sæpe meo vos carmine compellabo,
    Teque adeo eximie tædis felicibus aucte
    Thessaliæ columen Peleu, cui Jupiter ipse
    Ipse suos divum genitor concessit amores.
    Catullus
    [48][212]

  • Cette Marie d’Angleterre, après la mort de Louis xii, s’en retourna en Angleterre vers son frère Henri viii[213] où elle se remaria, et d’elle est venue cette Madame d’Arbelle, [214] dont on parlait tant du temps d’Élisabeth [215] [page 71] et de Clément viii[216] et Jeanne Grey [217] aussi, qui fut décapitée après la mort d’Édouard vi, l’an 1553. [49][218]

  • Jacques vi, roi d’Écosse[219] n’était ni puissant ni riche. le pape Sixte v lui envoya un jour un présent de dix mil écus, Salutem ex inimicis nostris, et de manu eorum qui oderunt nos[50][220] lequel il prit. Le roi Philippe ii lui en donnait cinquante mil par an afin qu’il fût son ami. Le roi d’Écosse disait qu’il entendait bien où allait cette faveur : c’était que le roi d’Espagne le traitait comme le Cyclope, [221] qu’il le mangerait le dernier (Alciat, Embl. 171, pag. 770) :

    Dum residet Cyclops sinuosi in faucibus antri,
    Hæc secum teneras concinit inter oves.
    Pascite vos herbas, sociis ego pascar Achivis,
    Postremumque ut in viscera nostra ferent.
    Audiit hæc Itachus, [222] Cyclopaque lumine cassum
    Reddidit. In pœnas ut suus auctor habet ?
     [51]

  • Les Champenois sont bonnes gens, et n’y a point de comparaison d’eux avec les Bourguignons. Ces derniers ont de bon vin, [223] mais ils ont mauvaise tête, et sont bien étranges en leurs opinions.

    « Recipe, si vous les trouvez,
    Deux Bourguignons en conscience,
    Deux Périgourdins en science, etc. » [52]

  • Madame de Sauve [224] était propre sœur < sic pour : nièce > de M. Renaud de Beaune, [225] archevêque de Bourges. Cet archevêque était petit-fils de ce Samblançay, surintendant des finances, [226][227] que François ier fit pendre l’an 1522, < sic pour : 1527 > par la suggestion de sa mère, Louise de Savoie, [228] et du chancelier Du Prat. Voy. Dupleix sous François ier, page 337. [53] Ce M. de Beaune a été un grand personnage et habile homme, qui a bien servi le feu roi. Le président de Thou raconte élégamment, lib. 3 de vita sua, in initio, pag. 38, l’humeur de M. de Beaune. C’était un grand mangeur, vide eundem Thuanum passim sub Henrico iv et præsertim pag. 1247. Il n’allait jamais souper chez les grands ni aucun de la cour, chez lesquels on mangeait trop vite : ambulantibus illis cœnis offendebatur : adeo ut cum sæpius a principe primario ad prandium invitaretur, et toties se excusaret, rogatus qui id faceret, facete respondit, illum non humano sed canino more prandium usurpare, festinatas nimis epulas intelligens. Quo intellecto ille cum se non solum laute, quod semper faciebat, sed prolixe accepturum promisit, et eo invitato semper structorem monebat, ut missibus adponendis legitimum tempus interponeret. Thuanus de vita sua, pag. 38. [54][229] Vide P. Matthieu [230] sub Henr. iv, pag. 719[55]

  • Jean Crassot [231] était natif d’Andilly en Bassigny, [232] à trois lieues de Langres. Il était grand philosophe et savait fort bien son Aristote. Il était fort malpropre, et maussade extrêmement. Il ne daignait le plus souvent s’aboutonner, et quand on le priait de cacher sa chair, il répondait : « J’aime mieux que tout le monde médise de moi qu’une puce me morde. » Il mourut au Collège de La Marche, [233] âgé de 58 ans, d’un flux hépatique. [234] Erat admodum incultus moribus : [56] on voyait dans sa chambre un livre par terre, un bonnet gras sur sa table, et une bouteille. Il allait quelquefois se promener dedans Méru, [235] où il aimait une femme, de laquelle il eut un fils. Il se fût volontiers fait médecin, mais il disait qu’il n’était pas propre à aller voir des malades, et n’avait aucune inclination à la théologie ; il n’avait que la philosophie d’Aristote à la tête, laquelle il avait toujours enseignée depuis l’âge de vingt ans. M. de Sancy [236] allant à Constantinople [237] le voulut mener avec lui et lui promit sa table, cinq cents écus de gages, et qu’il ne ferait que ce qu’il voudrait. Il le refusa, lui disant qu’il n’avait garde d’aller si loin avec un courtisan qui ne lui baillait à faire [page 72] que ce qu’il voudrait. Le cardinal Duperron le voulut faire professeur du roi[238] et ayant un jour attendu longtemps pour cet effet chez ledit cardinal, il dit qu’il ne voulait ni des faveurs ni des charges par la libéralité des courtisans. L’année qu’il mourut, il se tuait de travailler ; il allait trois fois la semaine montrer la morale et la politique à M. Servin [239] et au président Gobelin ; [240] et tout échauffé, s’en revenait à pied faire sa leçon. Quand il fut mort, M. Servin aussitôt vint chez lui prendre ses papiers et ses écrits ; et ce que nous avons < d’>imprimé de lui vient de ses écoliers. [57]

  • Alexander ab Alexandro [241] vivait peu après le temps que Constantinople fut prise, l’an 1453. [242] Il le dit lui-même lib. 3 Genialium dierum, cap. 15[58] Il était jurisconsulte italien, sed quum in judiciis gratia et corruptionibus omnia transigi videret, patronisque contra vim potentiorum nihil amplius præs[idii] esse, relicto foro et causarum actionibus, in mitioribus studiis ætatem consu[umsit] : satius esse ducens, ut ipse de se inquit, modico civilisque cultu contentum vivere, quam bona animi turpi quæstu pessimo exemplo fœdare[59][243] Ses livres Genialium dierum sont bons, mais ayant pris pour les faire quelque chose de tous les bons auteurs, sans les nommer, André Tiraqueau [244] est venu après lui, qui les a bien commentés et a heureusement indiqué les livres d’où il avait pris. Ce Tiraqueau était natif de Fontenay-le-Comte [245] en Poitou, il fut conseiller à Bordeaux, puis à Paris, et y est mort l’an 1558. Ce bon homme était si fécond de corps et d’esprit qu’en douze ans il eut douze enfants et fit douze livres. Ses livres de Nobilitate et de Legibus connubialibus sont fort bons. [60]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Ana de Guy Patin : Borboniana 9 manuscrit

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(Consulté le 08.12.2021)