Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 9 manuscrit
Note [32]

Le Borboniana conseillait deux lectures.

  1. Histoire de Henri iii roi de France et de Pologne de Scipion Dupleix, {a} année 1578, page 99 :

    « Quand il fut question de mettre à exécution le dernier édit de pacification fait à Poitiers, {b} il s’y rencontra tant de difficultés et tant de lieux, {c} qu’il semblait que ce fût plutôt un moyen de rallumer la guerre qu’un remède pour l’éteindre. Le roi désirant de le faire entretenir {d} dépêcha en Languedoc (où il y avait plus de rumeur qu’ailleurs) Jean de Montluc, évêque de Valence, pour y adoucir les esprits encore aigris des émotions {e} précédentes ; où il fit si bien par son éloquence que les états de la province assemblés à Béziers au mois d’avril de l’an 1578, déférant entièrement à ses remontrances, promirent de vivre en paix et en bonne union, sous l’obéissance du roi et des édits, sans distinction de religion, les uns prenant la protection des autres.

    Ce grand homme, qui avait fait de très signalés services à l’État, décéda l’année ensuivant à Toulouse. Le malheur du temps lui avait donné quelque mauvaise teinture en ce qui est de la religion, ainsi que j’ai remarqué ci-devant ; de sorte qu’ayant le calvinisme en horreur, il penchait néanmoins au luthéranisme en quelques points, et même pour le mariage des prêtres. {f} Toutefois, Dieu lui fit la grâce de reconnaître ses fautes et ses erreurs à la fin de ses jours et, après avoir réclamé l’infinité de sa miséricorde avec une contrition vraiment chrétienne, < de > quitter ce monde qui l’avait un temps retenu à ses vanités, pour aller prendre possession de la félicité éternelle. »


    1. Paris, Claude Sonnius, 1630, in‑fo de 295 pages, quatrième des cinq tomes de l’Histoire générale de France de Scipion Dupleix (v. note [9], lettre 12).

    2. Publié en septembre 1577.

    3. « En logique, en rhétorique, on appelle lieux, certaines classes et distributions des qualités ou circonstances des choses, qui sont les sources des arguments » (Furetière).

    4. De faire appliquer son édit de pacification.

    5. Émeutes.

    6. La suite de l’article du Borboniana fait allusion au mariage secret de l’évêque de Valence et de son fils Jean ii de Montluc, seigneur de Balagny (v. la fin de la note [33] infra). Dupleix était ici catégorique sur le penchant de Jean i de Montluc vers le luthéranisme, et non vers le calvinisme (qu’il aurait combattu avec acharnement toute sa vie durant).

  2. Deux passages de l’éloge de Jean i de Montluc par Scévole i de Sainte-Marthe (livre iii) retiennent l’attention. {a}

    • Pages 246‑247, discours religieux et moraux :

      « Ô combien les doctes et pieuses prédications qu’il fit, tantôt à Valence et tantôt à la cour du roi, remirent dans le bon chemin, d’hommes errants que le libertinage en avait écartés ! Il déclamait librement contre le luxe et contre les vices des courtisans de son siècle, la plupart desquels se fondaient en toute sorte de mollesse et de délices. Et comme, par la force persuasive de ses paroles, il rappelait les uns dans le devoir, il y maintenait ceux qui n’en étaient pas sortis ! Mais à propos de son expérience, je ne saurais me taire en ce lieu de ce fameux colloque qui se tint à Poissy, {b} puisqu’on peut dire avec vérité que, dès que les choses commencèrent de s’y traiter à l’amiable, {c} il n’y eut pas un de tous les prélats de France qui parût là plus docte et plus avisé que lui : soit pour défendre le juste parti des catholiques, soit pour réfuter l’erreur des injustes suppôts de l’hérésie. »

    • Pages 248‑250, sur l’élection du duc d’Anjou à la Couronne de Pologne (mai 1573), puis son accession à celle de France, sous le nom de Henri iii, à la mort de son frère Charles ix (mai 1574) :

      « Lorsqu’après la mort de Sigismond, {d} roi de Pologne qui décéda sans enfants mâles, Henri, duc d’Anjou, frère de Charles ix, eut témoigné un grand désir de commander à ces peuples éloignés en la place de leur prince défunt, pour exécuter ce noble et hardi dessein, on jeta les yeux sur tous les habiles hommes du royaume, et l’on n’en jugea point de plus capable que ce grand de Montluc. Si bien qu’on le choisit, lui et le jeune de Lansac, {e} de qui la haute naissance et le courage invincible dans la guerre le rendaient extrêmement considérable, pour conduire cette haute entreprise, et pour gagner les suffrages de toute la Pologne en faveur de ce jeune prince. Certes, cette grande charge était d’autant plus difficile à exécuter qu’ils avaient en tête quatre illustres compétiteurs, puisque le roi de Suède, l’empereur, le prince de Transylvanie et le grand-duc de Moscovie {f} avaient de grandes prétentions sur cette couronne ; et que le voisinage de leurs royaumes, aussi bien que la conformité de vie et de mœurs qu’ils avaient avec ces peuples, les obligeaient, chacun pour soi-même et tous à l’envi, {g} d’employer leur crédit et leur autorité, leurs agents et leurs ambassadeurs, pour se faire élire roi de Pologne ; mais tout cela inutilement car, soit que ces deux rares hommes, de Lansac et de Montluc, travaillassent sous les heureux auspices de Charles ix, leur maître, soit que ce fût un trait du puissant génie du duc d’Anjou, son frère, ou un effet de leur propre suffisance et de leur adresse, ils confondirent l’espérance de ces quatre monarques et obtinrent pour ce jeune prince français le sceptre glorieux qu’il avait tant désiré. Mais, ô faveurs de la cour, que vous êtes inconstantes et passagères ! les froideurs, les dédains, voire même la haine presque mortelle de ce nouveau roi furent bientôt la récompense de ces justes et fidèles exécuteurs de ses volontés ; car, comme il était pourvu d’un esprit subtil et pénétrant, et peut-être un peu trop défiant et soupçonneux, venant depuis à considérer le choix que l’on avait fait de sa personne pour gouverner ce royaume éloigné, il s’alla tout incontinent imaginer que, sous prétexte de lui donner un empire, on avait eu dessein de lui en ravir un autre plus considérable ; puisqu’en l’éloignant de la cour, il semblait qu’on eût voulu l’exclure peu à peu de la succession de la Couronne de France, qu’il pouvait apparemment espérer et posséder un jour. {h} Notre de Montluc mourut quelques années après l’établissement de ce nouveau monarque ; et quoiqu’il fût parvenu jusques à une extrême vieillesse, si est-ce que {i} jusques à la fin de ses jours il ne laissa pas de travailler utilement pour le salut de la république. »


      1. Traduction française de Guillaume Colletet, Paris, 1644, v. note [13], lettre 88.

      2. En septembre 1561 (v. note [30], lettre 211).

      3. Avec douceur, aimablement.

      4. Sigismond ii avait régné sur la Pologne de 1548 et 1572.

      5. Guy de Saint-Gelais de Lansac (1544-1622).

      6. Ces quatre souverains concurrents étaient : le roi de Suède, Jean iii Vasa ; l’empereur germanique, Maximilien ii de Habsbourg (v. notule {g}, note [24] du Borboniana 5 manuscrit) ; le prince de Transylvanie (Hongrie), Istvan Bathory ; et le grand-duc de Moscovie, Ivan iv le Terrible.

      7. À qui mieux mieux.

      8. V. note [37] du Borboniana 4 manuscrit pour la fin pitoyable du court règne polonais d’Henri d’Anjou.

      9. Malgré tout.

        Montluc, né en1508, avait 66 ans quand Henri iii monta sur le trône de France ; il mourut cinq ans plus tard.


Ces deux références ne parlent pas des autres faits que le Borboniana relatait ici.

  • Les premiers états généraux de Blois, réunis de décembre 1576 à mars 1577, n’ont fait que confirmer la condamnation de « l’hérésie » protestante en France, sans rien changer au cours des guerres de Religion.

  • V. notes :

    • [4], lettre 430, pour le concile de Trente (1545-1563) qui a fondé la Contre-Réforme catholique, sous les règnes des papes Eugène iv, Nicolas v et Pie ii ;

    • [6], lettre 46, pour Pignerol, place forte du Piémont ;

    • [2], lettre 434, pour Guy du Faur de Pibrac, magistrat et diplomate ;

    • [12], lettre 8, pour l’hydropisie.

  • Arnaud Du Ferrier (Toulouse vers 1508-1585), d’abord conseiller au parlement de Languedoc, monta au Parlement de Paris en 1551, où il fut nommé président aux Enquêtes en 1555 (résignation en 1570). Maître des requêtes (vers 1568), il se convertit au calvinisme et devint garde des sceaux de Navarre. Il a été l’un des représentants de la France au concile de Trente, puis ambassadeur à Venise (Popoff, nos 246 et 1175).

  • Jean de Morvillier (Blois 1506-Tours 1577) a plaidé la conciliation avec les protestants, comme conseiller de Catherine de Médicis et garde des sceaux de France (1568-1571). Il fut évêque d’Orléans de 1552 à 1564.

  • Charles de Gélas de Léberon, nommé évêque de Valence en 1574, était le fils de François (et non Jean) de Gélas et d’Anne de Montluc, sœur de Jean i. Il mourut en 1600, deux ans après avoir résigné son évêché en faveur de son neveu, Pierre-André de Gélas (à la mort duquel, en 1622, la mitre de Valence passa sur la tête de son neveu Charles-Jacques, v. infra note [36]).

  • Le château et la seigneurie de Léberon se situent dans les environs de Cassaigne, en Gascogne (actuel département du Gers).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 9 manuscrit. Note 32

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(Consulté le 06.10.2022)

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