À André Falconet, le 6 février 1665
Note [7]

La paix des Pyrénées (1659) avait amnistié les écarts de conduite de Balthazar de Fargues (v. note [7], lettre 521) durant la Fronde, puis durant la rébellion condéenne contre les armées royales.

Saint-Simon, dans son récit intitulé la Catastrophe singulière de Fargues (Mémoires, tome ii, pages 633‑635), a relaté son procès et son exécution, mais avec une vive partialité à l’encontre du premier président de Lamoignon.

« S’il n’avait pas été pendu, ce n’avait pas été faute d’envie de se venger particulièrement de lui ; mais il avait été protégé par son parti et formellement compris dans l’amnistie. La haine qu’il avait encourue, et sous laquelle il avait pensé {a} succomber, lui fit prendre le parti de quitter Paris pour toujours afin d’éviter toute noise et de se retirer chez lui sans faire parler de lui ; et jusqu’alors, il était demeuré ignoré. Le cardinal Mazarin était mort ; il n’était plus question pour personne des affaires passées ; mais comme il avait été fort noté, il craignait qu’on lui en suscitât quelque autre nouvelle, et pour cela, vivait fort retiré et fort en paix avec tous ses voisins, fort en repos des troubles passés, sur la foi de l’amnistie, et depuis longtemps. »


  1. Failli.

À l’occasion d’une mésaventure de chasse survenue à quelques courtisans, dont le marquis de Vardes, Louis xiv apprit que Fargues vivait dans son domaine de Cincehours, près de Courson (Essonne, entre Limours et Arpajon), et se souvint mal de lui :

« Le roi et la reine sa mère, qui ne lui avaient pardonné que par force, mandèrent le premier président Lamoignon, et le chargèrent d’éplucher secrètement la vie et la conduite de Fargues, de bien examiner s’il n’y aurait point moyen de châtier ses insolences passées, et de le faire repentir de les narguer si près de la cour dans son opulence et sa tranquillité. Ils lui contèrent l’aventure de la chasse qui leur avait appris sa demeure, et témoignèrent à Lamoignon un extrême désir qu’il pût trouver des moyens juridiques de le perdre ».

Lamoignon, « avide et bon courtisan », agit avec zèle et fit mener Fargues à la Conciergerie sous le chef d’un « meurtre commis à Paris au plus fort des troubles » ; à la vérité, sous celui de malversations (péculat) antérieures à la période que couvrait l’amnistie. Un tribunal siégeant à Abbeville condamna Fargues à mort :

« Les courtisans distingués qui avaient été si bien reçus chez ce malheureux homme firent toutes sortes d’efforts auprès de ses juges et auprès du roi, mais tout fut inutile : Fargues eut très promptement la tête coupée {a} et sa confiscation donnée en récompense au premier président. Elle était fort à sa bienséance et fut le partage de son second fils : il n’y a guère qu’une lieue de Bâville à Courson. »


  1. En fait il fut pendu, v. note [11], lettre 817.

L’intendant de justice en Picardie était alors Louis de Machault, seigneur de Soisy (v. note [2], lettre 706).

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome ii, pages 299, vendredi 6 février 1665) :

« Il y eut jeudi huit jours que Fargues, d’Hesdin, fut arrêté prisonnier sur un décret des subdélégués de la Chambre de justice, à Abbeville, à cause des abus par lui commis dans le pain de munition lorsqu’il était major à Hesdin, du vivant de M. de Bellebrune. Deux jours après, il fut conduit à Abbeville par une brigade de mousquetaires du roi, pour lui être son procès instruit et jugé par les subdélégués, à la charge de l’appel. Chacun en parle comme d’un homme perdu, et qui devait se tenir fort caché et se retirer même hors du royaume pendant quelque temps. Foucault me dit, avant-hier, que l’on ne le rechercherait pas de ce qui était contenu dans son abolition, mais seulement du fait des vivres. »

Saint-Simon s’est bien servi de cette histoire pour médire de Lamoignon :

« Les grâces de sa personne, son affabilité, le soin qu’il prit de se faire aimer du barreau et des magistrats, une table éloignée de la frugalité de ses prédécesseurs, son attention singulière à capter les savants de son temps, à les assembler chez lui à certains jours, à les distinguer, quels qu’ils fussent, lui acquirent une réputation qui dure encore et qui n’a pas été inutile à ses enfants. Il est pourtant vrai qu’à lui commença la corruption de cette place, qui ne s’est guère interrompue. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 6 février 1665. Note 7

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(Consulté le 17.11.2019)

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