À André Falconet, le 16 septembre 1667, note 8.
Note [8]

L’étoile du Chancelier Edward Hyde (1609-Rouen 1677), comte de Clarendon, pâlissait en effet à vue d’œil. Il s’était rangé du côté du roi Charles ier durant la révolution et avait été l’un des principaux conseillers de son fils, Charles ii, durant l’exil et la restauration. Lord chancellor dès 1658, il avait marié sa fille Ann (v. note [2], lettre 647) au duc d’York, frère du roi et son futur successeur sous le nom de Jacques (James) ii. Outre les indélicatesses citées par Guy Patin, on lui reprochait les infortunes de la seconde guerre anglo-hollandaise dont le dernier combat avait été la plus grande défaite navale jamais endurée par la marine britannique (raid sur la Medway ou Four days battle, 11‑14 juin, v. note [1], lettre 871). Mis en accusation par la Chambre des Communes, Clarendon dut s’exiler en France en novembre 1667. Il consacra principalement le reste de sa vie à terminer son History of the Rebellion and Civil Wars in England bebun in the year 1641 [Histoire de la révolution et des guerres civiles d’Angleterre commencée en 1641] qui parut pour la première fois à Oxford de 1702 à 1704.

Louis xiv a parlé de Hyde dans son commentaire sur l’état des affaires européennes après la paix de Breda et la défaite navale des Anglais face aux Hollandais (Mémoires, tome 2, pages 265‑267, année 1667) :

« Cet accord semblait d’une part me donner plus de jour à les {a} tirer dans mon parti ; mais d’ailleurs, comme ils n’avaient été portés à se relâcher de leurs demandes que par l’insulte qu’ils avaient soufferte, et que ce malheur ne leur était arrivé que parce qu’ils n’avaient pas osé mettre leur flotte en mer, de peur que je ne joignisse la mienne aux Hollandais, il y avait apparence qu’ils en garderaient du ressentiment contre moi, et je savais de plus que le roi de la Grande-Bretagne était sollicité par les Espagnols et par les États mêmes de Hollande, lesquels, quoique je les eusse récemment secourus, travaillaient pourtant contre moi une ligue de toute l’Europe.

Ainsi, je crus qu’il serait bon de lui envoyer Ruvigny {b} pour faire ou qu’il se déclarât en ma faveur, ou que du moins il demeurât neutre, comme il semblait naturellement devoir faire, vu les fâcheuses nouveautés qui renaissaient à toute heure dans son État.

Car il venait encore tout nouvellement d’être forcé à bannir son chancelier {c} de ses Conseils. Et bien qu’il fût vrai que ce ministre, pour avoir voulu prendre trop d’élévation, se fût de lui-même attiré beaucoup d’envie, il y a pourtant lieu de penser que la mauvaise volonté des Anglais ne se bornait pas tout à fait à sa personne puisque ni son entière dépossession, ni son exil volontaire ne furent pas suffisants pour les contenter, mais qu’ils voulurent lui faire son procès sur des crimes qui semblaient lui être communs avec son maître.

D’un si notable événement, les ministres des rois peuvent apprendre à modérer leur ambition parce que plus ils s’élèvent au-dessus de leur sphère, plus ils sont en péril de tomber. Mais les rois peuvent apprendre aussi à ne pas laisser trop grandir leurs créatures parce qu’il arrive presque toujours qu’après les avoir élevées avec emportement, ils sont obligés de les abandonner avec faiblesse, ou de les soutenir avec danger ; car pour l’ordinaire ce ne sont pas des princes fort autoritaires ou fort habiles qui souffrent ces monstrueuses élévations. » {d}


  1. Les Anglais.

  2. V. note [6], lettre 871.

  3. Hyde.

  4. Ce jugement royal ravive le souvenir de Nicolas Fouquet.

Samuel Pepys a relaté dans son Journal, en date du 2 septembre, 12 septembre nouveau style, 1667, une conversation sur le sujet avec sir William Coventry, où ce puissant ministre lui révélait avoir soufflé le renvoi du Chancelier Hyde à l’oreille du duc d’York :

I did then desire to know what was the great matter that grounded his desire of the Chancellor’s removal ? He told me many things not fit to be spoken, and yet not any thing of his being unfaithful to the King ; but, “ instar omnium ”, he told me, that while he was so great at the Council-board, and in the administration of matters, there was no room for anybody to propose any remedy to what was amiss, or to compass any thing, though never so good for the kingdom, unless approved of by the Chancellor, he managing all things with that greatness which now will be removed, that the King may have the benefit of others’ advice.

[Je désirai alors fort connaître le grand motif qui avait fondé sa volonté de faire répudier le chancelier. Il me donna diverses raisons qu’il ne convient pas de répéter, sans rien pourtant qui marquât une quelconque infidélité du chancelier envers le roi ; mais instar omnium, {a} il me dit que du temps où Hyde avait si grande influence au Conseil et dans l’administration des affaires, nul ne pouvait proposer le moindre remède à ce qui n’allait pas, si salutaire pût-il être pour le royaume, qu’il n’eût d’abord reçu l’approbation du chancelier. Il avait la main sur toutes choses avec une toute-puissance qui, dès lors qu’on la lui aura ôtée, fera bénéficier le roi des avis d’autres personnes].


  1. « comme tous les autres ».

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 16 septembre 1667, note 8.

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(Consulté le 29/05/2024)

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