À Charles Spon, le 16 février 1645
Note [9]

Tertullien (Quintus Septimius Florens Tertullianus ; Carthage vers 155-ibid. vers 222), né païen, se convertit au christianisme vers 195 et devint Père de l’Église d’Occident, premier des écrivains chrétiens de langue latine. Son œuvre est à la fois une critique du paganisme, une défense du christianisme et une polémique contre les adversaires de la foi chrétienne. Il s’est aussi singularisé par son ascétisme qui évolua vers le rigorisme le plus intransigeant et le fit adhérer à la doctrine de Montanus (schisme montaniste). De Pallio [Du Manteau], écrit vers l’an 210, le plus court de tous les ouvrages de Tertullien, est une défense personnelle : avec une ironie amère, il légitime devant ses concitoyens son abandon de la toge pour le manteau des philosophes.

Sur la vive querelle qui roulait encore alors entre Claude i Saumaise et le P. Denis Petau, Bayle écrit :

« La guerre qu’ils se firent fut très longue et très violente : on n’aurait pas pu apparier des athlètes plus capables de résister l’un à l’autre que ces deux-là. C’est dommage qu’ils n’aient pas écrit avec moins d’emportement. Leur querelle directe commença, si je ne me trompe, un peu après que Saumaise eut publié son commentaire sur le traité de Tertullien De Pallio, l’an 1622. Le P. Petau, se cachant sous le faux nom d’Antonius Kerkoëtius Aremoricus, critiqua ce commentaire. {a} On lui répondit par un ouvrage imprimé l’an 1623, et intitulé Confutatio animadversorum Antonii Cercroëtii ad Claudii Salmasii Notas in Tertullianum De Pallio, auctore Francisco Franco I.C.. {b} Il répliqua par un écrit divisé en trois parties, dont la première fut imprimée à Paris l’an 1622, et les deux autres successivement l’année suivante dans la même ville. Le titre de la première est Antonii Kerkoëtii Aremorici Mastigophorus primus, sive Elenchus confutationis quam Claudius Salmasius sub ementito nomine Animadversis Kerkoëtianis opposuit. {c} […] Je ne sais point si sa réplique fut réfutée, mais je sais que depuis cette première irruption il ne cessa de chercher son adversaire et de le combattre partout où il le trouvait. Ceux qui connaissent le naturel de Saumaise s’imaginent aisément qu’il se défendait et qu’il attaquait à son tour. »


  1. Antoine Kerkoët, Breton : Animadversorum liber. Ad Claudii Salmasii notas in Tertullianum De Pallio [Livre de critiques. Contre les annotations de Claude i Saumaise sur le De Pallio de Tertullien] (Rennes, Yvon Halec, 1622, in‑8o).

  2. « Réfutation des remarques d’Antoine Kerkoët contre les annotations de Claude i Saumaise sur le De Pallio de Tertullien, par Franciscus Francus, jurisconsulte » (Middelbourg, Simon Moulert, 1623, in‑8o).

  3. « Premier Mastigophore (porteur de fouet), ou appendice de la réfutation que Claude i de Saumaise, sous un nom inventé, a opposée aux critiques de Kerkoët » (Paris, sans nom, 1622, in‑8o).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 février 1645. Note 9

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(Consulté le 14.12.2019)

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