À Hugues de Salins, le 18 janvier 1658
Note [9]

Phrase ajoutée dans la marge.

Fortunio Liceti (v. note [4], lettre 63) : Litheosphorus, sive de Lapide Bononiensi, lucem in se conceptam ab ambiente claro mox in tenebris conservante, liber… [Lithéosphore, ou livre sur la pierre de Bologne qui conserve dans l’obscurité la lumière dont elle s’est chargée à clarté ambiante…] (Udine, Nicolo Schiratti, 1640, in‑4o).

Le 51e (pages 248‑265) des 55 chapitres de ce livre est intitulé Comparatur Italico lapidi mirabilis alius, qui pridem ex India Regi Gallorum allatus fuisse Bononiam Belgicam notatur a Thuano ; et miserabilis impostura detegitur, quæ fucum fecit inclyto Scriptori [Où l’on compare à la pierre d’Italie une autre merveille, que de Thou dit avoir jadis été rapportée d’Inde Orientale à Boulogne pour le roi des Français ; et se trouve révélée la misérable imposture, qui a trompé l’illustre écrivain]. Liceti y cite in extenso les passages de Fernel et de Thou (v. supra notes [7] et [8]). Il y recopie aussi des lettres qu’il a écrites et reçues sur le sujet, avec notamment cet extrait de celle qu’il avait envoyée aux frères Pierre et Jacques Dupuy, le 15 janvier 1649 (pages 257‑258) :

Audio a Cl. V. Gabriele Naudæo, inclyti Viri, penes Vos esse litteras, olim a Pipino Medico datas ad Mizaldum, de lapide mirabili, cuius historiam primo Thuanus recepisse videtur, et suis voluminibus aliquot inservisse ; verum dein e posterioribus editonibus expunsisse ? Quia mihi nunc agenti de lapide Bononiensi paullo diligentiore calamo non parum ex usu foret eam imposturam detegere ; præmonereque studiosos de errore, in quem nuper Cl. VV. Ioannes Fabricius Hemerologij compilator, et Adreas Chioccus Musæi Calceolarij descripto, impegerunt, plenam fidem adhibentes Historico gravissimo ; et quia cupio vehementer apud præsentes itidem et posteros excusare nobilis Historiographi credulitatem (quæ in optimi cuiusque mentem facillime irrepit, observatione Tulliana) propterea vestram humanitatem enixe rogare cogor, ut, si fieri bona vestra gratia potest, particeps et ego sim exemplaris illius epistolæ ; quin distinctæ narrationis universæ fabulæ, cuius exordium tantummodo legere nihil licuit in Ferneliano volumine de Abditis rerum caussis.

[L’illustre Gabriel Naudé m’apprend que vous possédez des lettres jadis envoyées par Jean Pipin, le médecin, à Antoine Mizauld, à propos d’une pierre merveilleuse dont de Thou semble avoir le premier connu l’histoire, pour la mettre en quelques-uns de ses volumes ; mais il l’a depuis supprimée des éditions ultérieures. Il ne serait pas inutile maintenant que je mette une plume un peu plus diligente au service de la pierre de Bologne, pour révéler cette imposture et avertir les savants de l’erreur où se sont récemment jetés les très distingués MM. Johann Fabricius, le compilateur de l’Hémérologe, {a} et Andreas Chioccus, le descripteur du cabinet de Calceolarius, {b} en accordant foi pleine et entière à un historien très sérieux. Et comme je désire vivement excuser auprès de nos contemporains, tout comme auprès de ceux qui nous suivront, la crédulité d’un noble historiographe (laquelle s’insinue très facilement en l’esprit de tout honnête homme, comme l’a observé Cicéron), {c} je suis vivement poussé à solliciter de votre bonté, si ce peut être un effet de votre bonne grâce, que vous m’adressiez une copie de cette lettre, qui n’est qu’une autre narration de la fable complète dont j’ai pu lire le commencement dans le livre de Fernel de abditis rerum Causis].


  1. L’historien allemand Gorg (et non Johann) Fabricius (1516-1571) est l’un des auteurs auquel de Thou a emprunté pour écrire son Histoire.

  2. Andreas Chioccus, médecin de Vérone, a été l’un des deux compilateurs du Musæum Francisci Calceolarii [Cabinet de Fancesco Calzolari (1522-1609, pharmacien et botaniste de la même ville)] (Vérone, A. Tamus, 1622, in‑4o, Gallica).

  3. Lettres à des familiers, livre x, lettre xxiii :

    Credulitas enim error est magis quam culpa, et quidem in optimi cuiusque mentem facillime irrepit, sed ego non vitio pæne sum deceptus.

    [La crédulité est une erreur plutôt qu’une faute, et même une erreur qui s’insinue très facilement en l’eprit de tout honnête homme ; mais, pour ma part, je ne m’y suis presque jamais laissé prendre].


Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 18 janvier 1658. Note 9

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0512&cln=9

(Consulté le 07.06.2020)

Licence Creative Commons