L. latine 177.  >
À Werner Rolfinck,
le 8 février 1662

[Ms BIU Santé no 2007, fo 126 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Werner Rolfinck, docteur en médecine et professeur de l’Université d’Iéna, à Iéna.

Très distingué Monsieur, [a][1]

L’élégante lettre que j’ai reçue de vous me rend beaucoup plus heureux que je n’étais avant de la lire : elle m’a tout à fait égayé l’esprit, et même ragaillardi ce petit corps qui n’est pas encore entièrement remis de sa maladie. [2] Je vous en adresse mes plus grands remerciements ; j’en dois aussi au très éminent M. Johann Georg Volckamer, le meilleur et le plus amical de tous les hommes. [3] Je me réjouis de tout cœur que vous ayez voulu trouver agréables les deux opuscules anatomiques que je vous ai envoyés ; [1] et je me réjouirais même plus si vous aviez besoin que je vous en envoie d’autres de plus grand prix, ce que je ferais certainement avec grand plaisir et très volontiers. Je vous remercie de toutes mes forces pour vos petites thèses que je n’ai pas encore reçues. [4] Je ne sais absolument pas qui est ce Ransay, étant donné que nul ne m’en a jamais dit le moindre mot. [2] S’il y a quelque chose en notre ville, qui est la plus peuplée de toutes, et même en tout le royaume de France, qui satisfasse vos besoins ou vos travaux, faites-le-moi savoir et je vous l’enverrai ; vous comprendrez ainsi quel grand cas je fais de vous et combien je vous estime, ainsi que tota Gens Germanica qui est véritablement germana [3] entre et parmi les gens savants, débordante de bonne foi et de libérale érudition. Outre cela, je n’ai rien à vous offrir, hormis ma propre personne, qui se dévoue entièrement à vous, étant donné que je suis en toute sincérité votre

Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal.

De Paris, le 8e de février 1662.


a.

Brouillon manuscrit d’une lettre que Guy Patin, encore affaibli (v. note [1], lettre 717), a dictée à l’intention de Werner Rolfinck, ms BIU Santé no 2007, fo 126 ro ; trois corrections sont de la plume de Patin.

1.

Sur le manuscrit, Guy Patin a demandé à son scribe d’ajouter l’adjectif anatomicos [anatomiques] après opusculos [opuscules] : détail certes infime, mais délicatesse qui fait sourire quand on se souvient que de ces deux ouvrages expédiés pour Werner Rolfinck à Johann Georg Volckamer cinq ans auparavant (v. notes [1], lettre latine du 6 avril 1657, pour l’annonce, et [4], lettre latine du 22 février 1658, pour l’accusé de réception), l’un était effectivement anatomique, mais l’autre ne l’était pas du tout, s’agissant des Épîtres amoureuses d’Aristénète (v. note [10], lettre 901). Rolfinck avait beaucoup tardé à le remercier, mais Patin n’osait pas, semble-t-il, en faire le reproche à un collègue si éminent, dont la gratitude le flattait au plus haut point.

Rolfinck avait curieusement fini par renvoyer ces deux ouvrages à Patin en 1663 : v. note [1], lettre latine 216.

2.

Ransay ne correspond à aucun personnage que notre édition permette d’identifier.

V. note [10], lettre 683, pour les deux séries de 10 et 6 thèses présidées par Werner Rolfinck à Iéna en 1660.

3.

Germanus [fraternel] est l’adjectif latin qui sert à désigner les frères et sœurs nés des mêmes père et mère, par différence avec uterinus [utérin, quand seule la mère leur est commune] ; Guy Patin en faisait ici une épithète de tota Gens Germanica [toute la Nation germanique (allemande)]. Il existe bien sûr un lien étymologique entre Germanus et Germanicus, mais il est loin d’être clair et établi. L’Oxford English Dictionary adhère à l’idée répandue (mais douteuse) que les Gaulois ont employé le mot Germains pour désigner leurs voisins.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 126 vo.

Cl. Viro D. Guernero Rolfinckuso
Medicinæ D. et Profess. in Acad. GIenensis, Ienam.

Felicitatem meam, Vir Cl., longe magis facio quam ante-
hac, ex accepta tua eleganti epistola, quæ mihi animum, imo et
corpusculum nondum ex morbo plane confirmatum, omnino
exhilaravit. Ea propter immensas tibi ago gratias, quas etiam debeo
Præstantissimo Viro D. Io. Georgio Volkamero, viro ex paucis
amicissimo et optimo. Quod libellos duos anatomicos antehac ad te missos, gratos
habere volueris, ex animo gaudeo : imo et magis gauderem, si alios
etiam majoris pretij requireres ut ad te mitterentur, quod profecto
jucundissime ac libentissime facerem. Pro tuis dissertatiunculis, quas
nondum accepi, gratias ago quantas possum maximas. Quis sit
ille Ransay, plane nescio, utpote de quo nunquam quidquam,
audivi. Si quid sit in hac Urbe nostra populosissima, imo et in
toto Regno Gallico, quod usibus, vel studiis tuis conveniat, fac,
sodes, ut intelligam et mittam, ut inde tu ipse intelligas quanti
te faciam atque æstimem, ut et totam Gentem Germanicam,
inter et apud homines eruditos vere germanam, liberali
i
candoris ac liberalis eruditionis plenissimam. Præter quæ
nihil habeo quod tibi offeram præter me ipsum, qui me totum
tibi devoveo, utpote qui sum tuus ære et libra Guido Patin
doctor Medicus Paris. ac Professor Regius. Datum Parisiis
8. Februarii 1662.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Werner Rolfinck, le 8 février 1662

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(Consulté le 23/05/2024)

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