À Charles Spon, le 16 décembre 1661, note 1.
Note [1]

La maladie de Guy Patin avait dû ressortir à l’épidémie dont a parlé Antoine Vallot dans le Journal de santé du roi Louis xiv (Remarques pour l’année 1661, pages 142‑143) :

« Le commencement de la présente année a paru assez favorable pour nous faire espérer un air pur et sain, mais sur la fin du mois de mars, les vents, qui nous promettaient un printemps fort avantageux pour la santé, nous ayant tourné le dos et fait place à ceux du midi, j’ai changé de pronostic et me suis persuadé que ce changement nous produirait indubitablement des maladies populaires {a} et dangereuses ; ce qui est arrivé bientôt après, avec beaucoup plus de malignité que je n’avais cru. Le mal a commencé par des rougeoles et petites véroles, {b} et s’est augmenté petit à petit jusqu’au solstice d’été {c} où les fièvres pourprées sont venues en telle abondance que la campagne a été presque déserte par le grand nombre de malades qui mouraient dans toutes les provinces, particulièrement en Sologne et Touraine, et au pays blaisois. {d} Le mal ne s’est pas répandu seulement par toute la France, mais il a infesté toute l’Europe, et s’est rendu si malin et si opiniâtre qu’une bonne partie des malades en mouraient, et ceux qui se sont sauvés ont ressenti plutôt le secours des remèdes que de la Nature. La plus grande partie de ceux qui sont réchappés ont langui fort longtemps et se sont trouvés dans le dernier accablement par de fréquentes rechutes qui, bien souvent, dégénéraient en hydropisies ou autres incommodités plus fâcheuses que le premier mal. {e} Ce que j’ai remarqué de particulier en cette sorte de maladie est que l’usage de l’antimoine, bien préparé et donné à propos, avec les fréquentes purgations, a garanti ceux qui s’en sont servis, et empêché les rechutes et les autres accidents dangereux dans lesquels tombèrent pour l’ordinaire les malades qui, ou par aversion ou manque d’un bon conseil, n’en voulaient pas prendre dans les maladies de cette nature. Le grand nombre de maladies populaires qui se sont répandues partout m’a bien donné de l’appréhension pour le roi et pour la Maison royale, mais par la grâce de Dieu, Leurs Majestés ont été entièrement exceptées non seulement des fièvres malignes, mais aussi de toutes sortes d’autres incommodités. »


  1. Épidémiques.

  2. Varioles.

  3. Le 21 juin.

  4. Pays de Blois.

  5. V. note [56], lettre 229, pour les fièvres pourprées ; la forte contagion fait ici évoquer une typhoïde plutôt qu’un typhus : les circonstances propices à la diffusion du typhus (promiscuité confinée et rupture de l’hygiène élémentaire qui se rencontrent dans les armées en campagne ou dans les prisons, favorables à la pullulation des poux de corps) n’en font pas une épidémie qui frappe un continent tout entier (pandémie).

Due à une bactérie (salmonelle), la fièvre typhoïde est une infection généralisée à point de départ intestinal qui se transmet par la contamination fécale de l’eau de boisson. L’éruption cutanée (roséole), les rechutes et l’épuisement prolongé des forces sont aussi très évocateurs de cette maladie.

La gravité de la typhoïde qui a probablement frappé Patin en octobre 1661 s’est répercutée dans la cadence et la présentation des lettres qu’on a conservées de lui :

  • absence de toute trace manuscrite ou imprimée d’une lettre qu’il ait écrite entre celles du 23 septembre et du 10 décembre 1661 à André Falconet ; période qui inclut les six semaines d’alitement dont il a parlé à ses correspondants ;

  • puis, du 13 décembre 1661 au 30 mars 1662, Patin a dicté les 23 lettres dont le manuscrit nous est parvenu, à l’exception d’une seule, celle du 21 février 1661 à Charles Spon.

Provoquée par l’épuisement général pendant la première période, cette difficulté de Patin à écrire peut ensuite (de mi-décembre à fin mars) avoir été liée à un rhumatisme dit réactionnel.

En outre, dans ses notes sur ses cours au Collège royal, pour l’année 1662 (repris comme de coutume le 1er mars), Patin a écrit que : « n’étant pas encore bien refait ni fortifié de ma maladie, j’ai recommencé mes leçons, mais je n’ai rien dicté et n’ai fait que des conférences à grand nombre d’auditeurs, lesquelles j’ai menées jusques au 7e de septembre » (v. note [33] des Leçons au Collège de France).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 décembre 1661, note 1.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0717&cln=1

(Consulté le 12/06/2024)

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