À Charles Spon, le 16 novembre 1645

Note [2]

La princesse Marie, Louise-Marie de Gonzague-Mantoue (1611-Varsovie 10 mai 1667), allait devenir reine de Pologne. Fille de Charles ier de Gonzague (v. note [11], lettre 18), duc de Nevers, et sœur d’Anne de Gonzague de Clèves, la princesse Palatine (v. note [10], lettre 533), elle était d’une grande beauté. Gaston d’Orléans était tombé amoureux d’elle en 1627 ; mais Marie de Médicis s’opposa à ce mariage et interdit à son fils toute relation avec la princesse. Gaston avait projeté d’enlever Louise-Marie au cours d’un voyage qu’elle devait faire en Italie pour rendre visite à son père. La reine mère, prévenue, la fit aussitôt enfermer à Vincennes (1629). Louis xiii, qui revenait d’Italie où il était allé en personne soutenir Charles de Gonzague contre le duc de Savoie qui convoitait Mantoue, s’empressa de faire relâcher Louise-Marie. D’ailleurs, entre-temps, Gaston était parti pour la Lorraine où il l’avait oubliée lorsqu’il fit la connaissance de la sœur du duc, Marguerite. Louise-Marie avait alors pensé épouser Ladislas iv, roi de Pologne, mais il lui préféra Cécile-Renée, archiduchesse d’Autriche. Le duc de Nevers étant mort, Louise-Marie et sa sœur Anne s’étaient partagé le gouvernement du Nivernais. Louise-Marie avait cependant préféré vivre à Paris où elle fit la connaissance de Cinq-Mars, dont elle tomba éperdument amoureuse. L’exécution du jeune conspirateur en 1641 lui avait porté un coup terrible.

En 1644, après la mort de la reine Cécile, le roi Ladislas iv Vasa (1595-1648, couronné en 1632) réalisa le rêve de la princesse Marie en lui demandant sa main. Ce prince envoya en France une ambassade solennelle pour conclure le mariage et ramener dans ses États la nouvelle reine. Guy Patin relatait ici l’entrée à Paris, le 30 octobre 1645, d’une mission dont la Gazette (La magnifique entrée des ambassadeurs polonais dans la ville de Paris. Avec la première audience qu’ils ont eue de Leurs Majestés…, Extraordinaire du 3 novembre 1645, no 141, pages 1001‑1016) a vanté la pompeuse magnificence. L’hôtel de Vendôme où logea l’ambassade était situé sur l’emplacement de l’actuelle place Vendôme. Le mariage fut célébré à la chapelle du Palais-Royal le 5 novembre suivant, en présence d’Anne d’Autriche. Ladislas allait mourir le 6 novembre 1648, et son demi-frère Jean ii Casimir lui succéder doublement, en montant sur le trône de Pologne et en épousant sa belle-sœur. La reine, ainsi reconduite aux côtés d’un souverain médiocre, montra beaucoup d’aptitudes dans le domaine politique ; mais elle ne laissa pas d’héritiers. Elle mourut d’une attaque d’apoplexie (R. et S. Pillorget, Triaire et G.D.U. xixe s.).

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 329‑330) :

« Le dimanche 5 novembre, je fus chez M. le chancelier, où vint M. Galand. Nous suivîmes M. le chancelier, qui allait dans la rue Saint-Honoré pour voir passer les Polonais qui allaient au Palais-Royal pour le mariage. Nous eûmes une fenêtre chez M. de Fleury vis-à-vis M. le chancelier. Les Polonais passèrent à cheval fort magnifiques avec les mêmes habits de l’entrée. J’y eus plus de plaisir en les voyant en plein midi. La cérémonie ne se faisait pas à Notre-Dame, parce que Monsieur prétendait avoir un prie-Dieu. M. le Prince le voulait aussi, enfin il demandait les mêmes honneurs que Monsieur, ne lui cédant que le pas. Mme la Princesse faisait la même chose à l’égard de Mademoiselle ; de sorte que, pour éviter ces contestations, la reine résolut que le mariage se célébrerait au Palais-Royal ; et de fait, tous les échafauds faits à Notre-Dame avaient été rompus. Le chambellan de Guise accompagnait le palatin de Posnanie à cheval, l’évêque de Warmie étant passé devant en carrosse pour se préparer à la célébration, en ayant eu permission du grand aumônier. M. le chancelier était avec Mme de Laval et Monsieur son mari, qu’il caressait extraordinairement.
Le lundi 6 novembre, je sus, l’après-dînée, que le mariage de la reine de Pologne s’était célébré dans la chapelle du Palais-Royal par l’évêque de Warmie en présence des Polonais, du roi, de la reine, du duc d’Anjou et du duc d’Orléans ; qu’ensuite les ambassadeurs avaient dîné avec le roi, où étaient le roi, la reine de Pologne, la reine, le petit Monsieur, {a} M. le duc d’Orléans, le palatin de Posnanie et l’évêque de Warmie. Le service fut très magnifique, mais on ne donna pas un verre d’eau à tous les autres seigneurs polonais ; qu’ensuite la reine avait tenu le cercle, où elle avait donné, comme partout, le dessus à la reine de Pologne. Ensuite le roi avait mené la reine de Pologne à l’hôtel de Nevers dans son carrosse, l’ayant auprès de lui à la portière, la couronne sur la tête, la reine au fond avec le duc d’Anjou, le duc d’Orléans à la portière et les ambassadeurs dans l’autre carrosse avec toute leur suite. »


  1. Philippe, duc d’Anjou, frère cadet du roi.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 16 novembre 1645, note 2.
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(Consulté le 23.11.2020)

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