L. 138.  >
À Claude II Belin,
le 24 octobre 1646

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Monsieur, [a][1]

Je vous remercie de la vôtre dernière et de votre bonne volonté. Je suis bien aise qu’ayez reçu le livre de M. Hofmann, [2] dans lequel il y a quantité de bonnes choses. [1] Je ne vous réponds rien sur ce que vous m’alléguez de Montpellier, [3] il y en a trop à dire. Ce qui a été imprimé par ci-devant y a satisfait. Ceux de Montpellier ne laissent point d’être malcontents, en quoi ils ressemblent à ceux qui ont perdu leur procès, à qui on permet de pester et de jurer contre leurs juges et leurs parties. Je m’étonne qu’ils aient tant de droit et si peu de raison. Ils devraient choisir un autre avocat que M. Courtaud, [4] qui étalât mieux leur fait, sans injure et sans solécisme. Pour moi, je les lui pardonne, croyant qu’il n’avait autre chose à dire. Nous ne craignons pas ce qu’ils pourront faire par ci-après, les rieurs ne sont pas de leur côté ; [2] son écrit est si chétif qu’il s’est rendu ridicule, comme la cause qu’il a entrepris de défendre. Ceux de Montpellier ressemblent à ceux qui pensent à être nobles et ne le sont point : ils ne peuvent prouver leur prétendu droit faute de bons titres ; ils n’ont rien en leur École que de belles prétentions, comme les gentilshommes du Maine quand ils marient leurs filles. [3] Nous savons bien le fonds et le tréfonds de leur pouvoir, suam quoque infirmitatem optime intelligunt ; [4] mais ce qu’ils en font est pour entretenir chalandise et continuer de débiter, per fas modo, modo etiam per nefas[5] leur parchemin, [5] nequid dicam gravius[6] La plupart des docteurs de Montpellier qui font bien dans la campagne doivent leur institution à nos Écoles et aux bons livres qui en sont sortis, et ne doivent rien à Montpellier où ils ont laissé leur argent. Mais c’est assez pour ce coup, Disertus esse possem si contra ista dicerem[7][6] Nous avons copie de leurs privilèges tels qu’ils les ont produits au procès, c’est une fort belle chose. Nous ne craignons non plus M. Vautier [7] que la lune craint les loups, il ne nous saurait faire de mal, nous le connaissons trop bien. Ôtez deux médecins du roi, il n’y en a point ici de Montpellier qui y pratiquent. Il est vrai qu’il y a quelques charlatans [8] qui en prennent le titre, qui tuent à force d’antimoine [9] et de thériaque [10] ceux qui sont si malheureux de tomber entre leurs mains ; et font opprobre à l’École de Montpellier, laquelle se vante de tant de miracles que l’expérience rend invisibles. Mais je me retiens, si on fait contre nous quelque chose qui mérite, vous verrez un livre plein de raisons, et dont même nous avons le privilège de M. le chancelier ; [11] et jusque-là je ne vous entretiendrai plus de cette affaire. Je répondrais fort aisément à tous les points de votre lettre, mais il faudrait un livre tout entier ; il vaut mieux attendre qu’il soit imprimé. [8] Cette controverse n’empêchera pas, si vous voulez, que nous ne soyons bons amis, mais nous ne céderons jamais à Montpellier en aucun point, ni d’antiquité, ni de célébrité, ni de grands personnages, de bons auteurs ou bonne méthode. Monsieur votre fils, [12] qui en vient fraîchement, sait bien comment tout y est chétif et délabré. L’arrêt contre Renaudot [13] n’est pas le premier que nous avons eu de cette nature ; et quand ils oseront comparaître, nous en aurons encore d’autres. Nous ne craignons ni les guenillons de la Fortune, [14] ni les haillons de la Faveur. [9][15] Notre Faculté dit hardiment de soi-même ce que la Vertu [dit] dans Claudien, [16] Divitiis animosa suis[10] Nous sommes fondés sur le Saint-Esprit et la Nécessité. [11][17] Je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 24e d’octobre 1646.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 24 octobre 1646

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(Consulté le 17.09.2019)