L. 339.  >
À André Falconet,
les 16 et 20 février 1654

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Monsieur, [a][1]

Je vous remercie de votre belle lettre du 3e de février. Je suis ravi de ce que vous êtes en bonne santé et bien content de ce que l’affaire de M. Lombard [2] a réussi. Je n’y ai pas fait grand’chose, mais pourtant ce que j’y ai pu. Peut-être qu’il se présentera quelque jour quelque affaire où j’aurai plus de crédit et où je m’emploierai plus que très volontiers pour votre service. Les deux petits livres que je vous ai fait tenir, de la poudre contre la fièvre quarte [3][4][5] et celui de M. Riolan, [1][6] ne valent pas l’intérêt de ce que je vous dois ; aussi n’est-ce que pour vous faire connaître que vous avez en moi un débiteur reconnaissant et de bonne volonté. Je ferai ce que je pourrai pour m’acquitter quelque jour de tant de bienfaits pour lesquels je vous suis redevable.

J’ai reçu ci-devant le livre du P. Théophile [7] de Missa et vous en remercie derechef, [2] aussi bien que de tous ceux que vous m’offrez du même auteur, lesquels j’ai céans. La licence [8] courante est fort petite et par conséquent, peu de thèses ; [9] la prochaine sera meilleure, j’aurai soin de vous garder toutes les bonnes qui en proviendront. [3] Le bonhomme M. Riolan n’a fait que traîner depuis tantôt trois mois à cause du grand froid qui est son ennemi juré, et le mien aussi. Il se tient le plus qu’il peut clos et couvert dans son étude avec un poêle qui le réchauffe, à la mode d’Allemagne, [4] où il travaille contre l’antimoine, [10] lequel a de deçà si malencontreusement tué tant de monde que ceux qui se sont voulu mêler d’en donner ci-devant en sont aujourd’hui tous honteux et dans une extrême confusion ; et je vous puis jurer que jamais on n’en a donné si peu que l’on fait aujourd’hui, on n’en veut plus entendre parler dans les familles tant ce funeste poison est ici heureusement décrié. La résistance forte et généreuse des gens de bien n’y a pas de peu servi. Vautier [11] en mourut lui-même l’an 1652. Guénault [12] l’a voulu maintenir, mais il y a perdu son escrime et s’est chargé de la haine de plus de 70 de ses compagnons qui ne le veulent avoir ni recevoir nulle part en consultation. [13] On dit ici en raillant que les médecins ne s’en servent plus que pour leurs femmes lorsqu’ils s’en veulent défaire. Les uns appellent ce vin stibial, vin énétique, ab enecando[5] émétique [14] ou hérétique, pour le schisme qu’il a causé dans la médecine. Il y a encore trois autres de nos docteurs qui travaillent sur le même sujet, aussi bien que M. Riolan, je vous en parlerai en temps et en lieu. Quand est-ce que votre Espagnol Bravo [15] in‑fo sera achevé ? [6] On ne fait ici rien de nouveau que des romans et des livres cafards de dévotion à la mode, et quelques traductions assez chétives. C’est le mauvais temps qui en est cause. Dii meliora ! [7] et en attendant, croyez que je serai toute ma vie, Monsieur, votre, etc.

De Paris, ce 16e de février 1654.

Περι του πολιτευματος, nihil habeo certi, itaque nihil scribo[8] L’Éminentissime est vraiment tel et aussi puissant que Dieu le Père au commencement du monde : Omnia quæcumque voluit fecit ; [9][16] le prince du sang [17] sera bien heureux si on lui donne une nièce ; [18][19][20] bref, il est de lui comme d’Auguste, [21] Miseria nostra magnus est[10][22] Le prince de Conti est arrivé et a vu le même jour la nièce mazarine, dite Martinozzi, savoir le 16e de février. On dit aussi que M. de Candale [23] en épousera une autre avant la fin du carême. Le prince de Conti sera demain fiancé, et marié dimanche prochain. [11] M. de Balzac [24] est mort à Angoulême [25] le 8e de ce mois. Plura non scribam, quia vetant et dolor et pudor sæculi[12]

< De Paris, ce 20e de février 1654. >


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, les 16 et 20 février 1654

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(Consulté le 18.10.2019)