L. 365.  >
À Charles Spon,
le 25 août 1654

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Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai une lettre de deux pages par M. Touvenot, [2] chirurgien des Incurables [3] qui s’en allait à Turin [4] pour y servir Madame Royale. [1][5] Depuis ce temps-là, j’apprends que les deux armées ont toutes deux bien chaud devant Arras, [6] sans que l’on sache encore si nous les attaquerons dans les lignes. [2] Le cardinal de Retz [7] s’est sauvé de sa prison du château de Nantes [8] au grand regret du maréchal de La Meilleraye, [9] ce dit-on, qui en a pensé mourir et qui l’avait en sa garde. [3] M. Touvenot s’en allant à Turin, m’a promis de vous saluer à Lyon, de vous rendre ma lettre avec le livre de M. Guillemeau [10] contre Courtaud, [4][11] afin que vous le puissiez voir plus tôt si vous n’avez encore reçu le paquet de M. Borde. [12] À cause de la difficulté qui est très grande d’attaquer les lignes et du grand hasard qu’il y aurait, pour les grands travaux que les Espagnols y ont fait faire, on croit que l’on n’en viendra pas jusqu’à cette extrémité de les attaquer dans leurs retranchements, mais plutôt si on ne peut mieux, de rassiéger la ville dès qu’ils l’auront prise et avant qu’ils aient pu y mettre des provisions, comme ils firent sur nous à Aire [13] l’an 1641. D’autres disent que le gouverneur qui est dans Arras peut encore tenir quelque temps, inter quas moras[5] on tâchera de les affamer dans leur camp. Bref, tout y est incertain.

Ce 19e d’août. Samuel Maresius, [14] ministre de Groningue, [15] a fait imprimer de delà un in‑4o intitulé Apologia pro D. Augustino, Iansenio et Iansenistis contre la bulle, [16] le pape [17] et les jésuites. [6] Il y en a ici quelques exemplaires entre les mains des curieux. Je crois qu’il en viendra prou si les loyolites ne l’empêchent. [18][19] Le roi [20] a été à Péronne [21] et à Ham, [22] et delà il ira à Amiens [23] où il est attendu de jour à autre. On dit que delà il viendra à Paris pour empêcher que les créatures du cardinal de Retz ne remuent quelque chose en sa faveur, ce que je ne crois point qu’ils fassent ; personne n’a ici envie de remuer. [7] On ne laisse point en attendant de faire quantité d’exécutions [24] criminelles sur des voleurs de grands chemins, gentilshommes et autres. Encore hier, en Grève, [25] fut décapité un gentilhomme champenois de 70 ans qui avait poignardé son neveu de guet-apens. Alentour de Rome, il y a eu un grand tremblement de terre [26] qui a autant épouvanté le monde, comme l’éclipse [27] du soleil avait fait de deçà[8] On dit qu’Arras n’en peut plus et que, faute d’être secourue, il se faut résoudre à la rendre aux Espagnols puisqu’on ne peut attaquer les lignes ; que le roi n’ira point à Amiens, mais que de Péronne, où il est de présent, il viendra tout droit à Compiègne [28] et delà à Paris : soit à cause que le Parlement fait quelques assemblées où l’on parle de faire des syndics des rentes [29] sur l’Hôtel de Ville, comme par ci-devant il y en a eu, et que le roi ne veut point ; soit à cause de la sortie du cardinal de Retz, pour empêcher qu’il ne remue, ou lui, ou ceux qui sont de son parti. [9]

J’ai reçu un petit paquet de Lyon avec une lettre de M. Barbier, [30] ce sont quatre traités sur l’éclipse qui ont été imprimés à Lyon et desquels il me fait présent ; [10] c’est pour l’en remercier que je lui écris ce petit mot que je vous prie de lui faire rendre.

Mais comment se porte notre bon ami M. Gras ? [31] Je voudrais bien savoir quel jugement il fera de la réponse qu’a faite M. Guillemeau au sieur Courtaud, et même ce qui lui semble du livre de M. Courtaud, qui est un vilain pot-pourri de saletés et d’injures contre le bonhomme M. Riolan. [32][33] Je vous supplie de l’assurer de mes services.

Ce 23e d’août. Voilà que je reçois la vôtre datée du 18e d’août, avec celle de M. Barbier pour un avocat nommé M. Gourret, [34] laquelle j’ai envoyée tout à l’heure et a été reçue.

Voilà M. Du Prat, [35] qui me vient de visiter, il m’a promis de me conserver en son amitié à la charge que je vous ferai ses recommandations.

Arras est toujours au roi et assiégée par les Espagnols, qui ont dans leur armée 6 000 malades et faute d’eau. On dit que M. de Montdejeu, [11][36] gouverneur d’Arras, a bien de quoi tenir encore plusieurs jours. Le roi est à Péronne, on ne dit plus qu’il reviendra de deçà.

Je fais réponse à M. Barbier touchant son affaire, laquelle ne vaut rien s’il n’a de bonnes pièces ; je voudrais bien le pouvoir servir. Ce défunt Guillemot, [37] syndic des libraires d’alors, n’était qu’un fripon ; MM. Huguetan [38][39] et M. Ravaud [40] en savent bien des nouvelles, ils l’ont éprouvé en leur propre personne et à leurs dépens. [12] Je voudrais bien avoir une meilleure occasion de le servir à cause de vous. Hier et aujourd’hui, il a été ici fête ; [13] dès demain, je retournerai dans la rue de Saint-Jacques, mais ce sont d’étranges gens, [14] et qui n’ont point grande raison. Quoi qu’il en soit, ses livres ont été saisis et vendus comme légitimement confisqués. Il a dû alors s’y opposer et est bien tard de commencer à s’en plaindre. Interim ama me redamantem et cura ut valeas[15] Je me recommande à vos bonnes grâces et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 25e d’août 1654.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 25 août 1654

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(Consulté le 12.12.2019)