L. latine 208.  >
À Christiaen Utenbogard,
le 13 septembre 1662

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[Ms BIU Santé 2007, fo 113 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, docteur en médecine à Utrecht. [a][1]

Je n’ai presque rien à vous dire, mais vous écris tout de même. J’attends jour après jour le paquet de livres que Simon M. [2] m’a annoncé avoir expédié ; aussitôt que je l’aurai reçu, je vous en adresserai mes remerciements, ainsi qu’à M. Marten Schoock, qui m’enverra son fils aîné quand il voudra. [3][4] Je l’accueillerai affectueusement, je le logerai chez moi et l’abriterai en mon sein comme le fils de mon plus cher ami. Il visitera notre grande ville, il étudiera quand il voudra, se consacrant aux deux droits, civil et canon ; il apprendra à parler le français et je lui fournirai chaque jour de quoi manger, sans nulle dépense pour son père, tant en raison de sa singulière érudition que de l’amour dont il m’a jusqu’ici entouré sans que je le mérite. Incitez-le donc, très distingué Monsieur, et qu’il songe sérieusement à nous faire venir son garçon, soit avant cet hiver, dont on dit qu’il sera très rude et froid, ou plutôt au début du printemps prochain, saison beaucoup plus heureuse et agréable, que suit l’été, la plus douce de toutes et la plus féconde sous nos climats tempérés. Nous n’avons ici guère de nouveauté tant en librairie qu’en politique. Je n’entends rien dire de la nouvelle édition de l’Érasme ; [5] tout récemment, Charles Spon, médecin de Lyon, [6] m’a écrit à propos de celle du Cardan, disant qu’elle ne pourra paraître avant mai prochain. [1][7] Nicolas Fouquet, jadis notre surintendant des finances, est encore [Ms BIU Santé 2007, fo 113 vo | LAT | IMG] détenu dans la prison royale : [8] Dieu seul sait ce qu’il en adviendra à la fin, c’est Lui qui dirige les pensées du roi et les fait pencher du côté qu’Il veut. [9] Un différend s’est élevé à Rome entre certains nobles français, de la famille du duc de Créqui, [10] notre ambassadeur, et certains Italiens appartenant à la garde militaire du pape. [11] Quelques hommes ont été tués lors de cette altercation, mais les gardes du pape furent les agresseurs. Il en a résulté que notre roi a ordonné à son ambassadeur de quitter Rome aussitôt, et l’a rappelé en France. Le roi a aussi expulsé à Meaux l’ambassadeur pontifical, qu’on appelle ici le légat du pape, qui réside à Paris. [12] Voilà un incendie romain, dont les étincelles peuvent allumer une guerre en Italie si on ne l’éteint pas promptement. [2] Saluez de ma part MM. les très distingués Marten Schoock et Canter, [13] ainsi que nos autres amis.

De Paris, ce mercredi 13e de septembre 1662.

Votre Guy Patin de tout cœur.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Christiaen Utenbogard, le 13 septembre 1662

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(Consulté le 21.10.2019)