À Claude II Belin, le 25 octobre 1641
Note [1]

Arnauld de Villeneuve (avant 1260-1313), docteur de Montpellier, fut le plus célèbre médecin du xiiie s. Sachant, outre le latin, l’arabe, le grec et l’hébreu, il brilla en médecine autant qu’en philosophie et en théologie. Marchant sur les traces de Galien, il adopta l’humorisme le plus radical, mais sut se détacher de la théorie pour rapporter fidèlement ses observations médicales directes. Pour la religion, il fut un précurseur de la Réforme ; le concile de Taragonne le condamna après sa mort pour hérésie, en 1317 ; il méprisait ouvertement la vie monacale, et surtout les moines mendiants, qu’il menaçait de damnation parce qu’ils étaient sans charité, rejetait le dogme de l’eucharistie et les décisions de papes, et blâmait l’union du péripatétisme avec la théologie. Féru d’astronomie et de chimie, Arnauld de Villeneuve se lança, comme bien d’autres, avec ardeur dans la vaine recherche de la pierre philosophale (U. in Panckoucke).

On lui attribue un très grand nombre d’ouvrages ; il est impossible de deviner lequel de ses traités Guy Patin évoquait ici. Historiquement, Alexandrian (pages 293‑294) a tenu Arnauld de Villeneuve pour le premier médecin hermétiste (v. note [9], lettre de Thomas Bartholin, le 18 octobre 1662) ; :

« Devenu dès 1289 professeur de médecine à l’Université de Montpellier, il en fit par ses cours, que même Raymond Lulle {a} vint suivre, la plus célèbre université d’Occident. Arnauld de Villeneuve admettait les quatre humeurs, mais il y ajoutait un cinquième principe, l’esprit animal, spiritus animalis, médiateur entre l’âme et le corps, ayant son origine dans le cœur, produisant les phénomènes vitaux, les images mentales, les pulsions instinctuelles. Ce spiritus animalis, se diffusant dans l’être humain comme la lumière solaire dans l’espace, pouvait âtre altéré par des agents extérieurs ou des passions. En outre, chaque homme naissait avec un tempérament particulier, constituant, par ses exigences, une sorte de maladie chronique que seuls le régime et l’hygiène parvenaient à compenser. Anauld de Villeneuve accordait donc beaucoup d’importance au traitement conservateur de la santé ; son De Regimine sanitatis {b} contient une description, unique au Moyen Âge, des bienfaits de l’hydrothérapie.

Cependant, Arnauld de Villeneuve mêlait à la médecine des préoccupations théologiques et astrologiques. Dans son Tractatus visionum, {c} il disait qu’il fallait savoir interpréter les songes d’un malade ; tirer son horoscope était utile aussi au diagnostic et au pronostic de sa maladie. En thérapeutique, les phases de la Lune réglaient les contre-indications des remèdes : en effet, durant sept jours d’une lunaison, le sang prédominait parmi les humeurs, durant sept autres, la bile, etc. »


  1. V. note [3], lettre 265.

  2. « Le Régime de santé » (Lausanne, 1482, in‑8o, pour la première de très nombreuses éditions).

  3. « Traité des visions ».

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 25 octobre 1641. Note 1

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(Consulté le 11.07.2020)

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