À Charles Spon, le 10 mars 1648
Note [1]

« pour un coryza [fluxion d’humeurs séreuses et âcres sur les narines, ou rhume de cerveau], un enrouement, une toux légère, une petite fièvre et une douleur au côté gauche en inspiration profonde, symptômes qui tiraient chacun leur origine d’une intempérie très violente du foie et d’un mauvais mélange des humeurs demeurant caché dans la première région du corps. »

Les symptômes décrits par Guy Patin pourraient être ceux d’une pneumonie ou d’une pleurésie (avec douleur de côté en inspirant profondément). Son autodiagnostic donne toute leur mesure aux conceptions de son temps : on était encore fort loin de la notion d’infection ; toute maladie s’expliquait par le dérangement (intempérie) d’un organe majeur (ici le foie), qui engendrait un mauvais mélange des quatre humeurs (bile, atrabile, sang, pituite). La saignée et la purge permettaient principalement de rééquilibrer le tout en évacuant les humeurs en excès (pléthore) qui, en raison du coryza, se cachaient ici dans la première région du corps ; Furetière :

« Les médecins divisent le corps de l’homme en trois régions, qu’ils appellent aussi ventres et capacités. La haute ou suprême région est la tête, qui s’étend jusqu’à la première vertèbre, où sont contenus les organes animaux, le cerveau, qui est la source du mouvement et du sentiment et le domicile de la raison. {a} La seconde région est le ventre moyen ou le thorax, la poitrine, qu’Hippocrate appelle le ventre supérieur, qui s’étend depuis les clavicules jusqu’au diaphragme ; et c’est là où sont les parties vitales dédiées à la respiration, le cœur, les poumons, les artères. La troisième région est le bas-ventre, où sont les parties naturelles destinées à la digestion, purgation et génération. »


  1. De cette « première région » naissait logiquement le « rhume de cerveau », ou coryza, « distillation d’humeur crue de la tête sur les narines ; cette maladie est accompagnée d’une douleur de tête très pesante, ce qui fait qu’on l’appelle en latin gravedo » (Trévoux).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 10 mars 1648. Note 1

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(Consulté le 27.02.2020)

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