À Nicolas Belin, le 5 juin 1649
Note [1]

Les événements de Guyenne (v. note [45], lettre 176) se concentraient alors sur la citadelle que le duc d’Épernon faisait ériger à Libourne (Gironde) sur la Dordogne pour barrer l’accès à Bordeaux.

Journal de la Fronde (volume i, fos 25 vo, 39 vo‑40 ro, 44 vo, et 46 vo) :

« Le 28 {a} on eut avis de Bordeaux, du 23 du courant, que M. d’Argenson y était arrivé et qu’on espérait qu’il pourrait pacifier les esprits ; que cependant, {b} le marquis de Chambret, général des Bordelais, serait toujours à la campagne pour rendre les passages libres et faire entrer les vivres dans Bordeaux ; et que le duc d’Épernon était malade en sa maison de Cadillac. […]

Le même jour au soir passa ici {c} un courrier envoyé à la cour par M. de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, pour y apporter la nouvelle que le 26 du passé, le duc {d} ayant amassé jusqu’au nombre de 1 500 hommes, avait attaqué les Bordelais devant Libourne, où le marquis de Chambret, général de ceux-ci, ayant été tué dès la première attaque, ce duc en avait défait plus de 3 000, dont la plupart s’étaient noyés ayant voulu se sauver à la nage dans la rivière de Dordogne et de l’Isle. L’on dit que cette nouvelle a obligé M. le Chancelier de mander aussitôt à M. de Comminges, lieutenant des gardes de la reine, qui était prêt à partir d’ici pour aller porter les ordres du roi pour faire raser la citadelle de Libourne, de ne partir point jusqu’à nouveau ordre de la cour. Cette défaite fut confirmée par l’ordinaire de Bordeaux arrivé ici le 31, dont les lettres du 27 portaient à peu près la même chose, mais d’une autre façon, assurant que le marquis de Chambret y avait été tué par un sien garde, qui avait été au duc d’Épernon et qui, sous prétexte de mécontentement, s’était mis du parti des Bordelais ; qu’après la mort de ce marquis, le désordre s’étant mis dans l’armée, il y eut environ 300 tués ou noyés, tant d’une part que d’autre, et deux vaisseaux pris par M. d’Épernon avec trois pièces de canon ; mais que cette nouvelle ayant été sue à Bordeaux, le marquis de Donneval accourut aussitôt avec le neveu du marquis de Chambret et quelques autres gentilshommes, qui rallièrent promptement les troupes et tournèrent à Libourne pour y continuer le siège, bien que le duc d’Épernon y eût déjà fait entrer tout ce qu’il avait voulu d’hommes, de munitions de guerre et de bouche. Le comte de Cornusson, envoyé à la cour par ce duc et parti de Libourne le 28, passa ici le soir du premier du courant {e} et raconta cette action encore d’une autre façon. Il dit que ce duc s’étant avancé vers Libourne avec 300 chevaux et 600 fantassins en attendant le régiment de Guyenne et de la marine pour tâcher d’y jeter du secours, les Bordelais ayant su son approche, lui allèrent au-devant ; mais qu’ils y furent repoussés si rudement qu’il en défit plus de 300, dont la plupart ayant voulu se sauver à la nage furent noyés, entre lesquels il y a deux ou trois conseillers ; que le marquis de Chambret y fut tué avec quantité d’autres ; qu’il y eut plusieurs prisonniers faits par ce duc qui se trouva souvent dans la mêlée sans avoir été blessé, et prit trois vaisseaux avec trois pièces de canon et tout le bagage ; et que le combat avait été si opiniâtré que, nonobstant la mort du marquis de Chambret, les Bordelais ne s’étaient point étonnés, s’étant ralliés par trois fois et ayant même fait durer le combat deux jours entiers. Depuis, l’on a fait ici courir divers bruits dont on ne peut rien dire d’assuré jusqu’au prochain ordinaire. […]

De Bordeaux {f} on eut avis que la ville, par l’entremise de l’archevêque, avait envoyé des députés au duc d’Épernon pour lui demander la paix contre le gré du parlement, ce qui a été confirmé aujourd’hui par le sieur de Saint-Quentin ; que le duc a envoyé à la cour pour porter la nouvelle ; qu’ensuite de cette députation, la paix y avait été faite et que ce duc était retourné dans Bordeaux où étant arrivé, quelques frondeurs du Parlement avaient voulu inciter de nouveau le peuple contre lui, mais inutilement. […]

Le 15 {e} on eut avis de Bordeaux que le duc d’Épernon, après avoir été bien reçu du peuple qu’il a désuni avec le parlement, s’en est retourné en sa maison de Cadillac ; qu’un conseiller l’ayant été visiter, n’avait pu entrer le lendemain dans le parlement, ses confrères lui ayant fermé les portes ; et qu’on continuait la construction de la citadelle de Libourne sans que le peuple en murmurât. La reine, considérant les services que ce duc a rendus à l’État en apaisant les désordres en Guyenne, a donné la survivance de sa charge de colonel général de l’infanterie française au duc de Candale, son fils, qui en a prêté le serment entre les mains du roi afin de l’exercer à la cour en l’absence de son père. »


  1. D’avril 1649.

  2. Pendant ce temps.

  3. Le 30 avril, à Paris.

  4. Le duc d’Épernon.

  5. Juin.

  6. Le 9 juin.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Nicolas Belin, le 5 juin 1649. Note 1

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(Consulté le 06.12.2022)

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