À André Falconet, le 20 mars 1665
Note [1]

V. note [6], lettre 814, pour le Journal des Sçavans et sa querelle avec Charles Patin. Denis de Sallo, seigneur d’Hédouville et de La Coudraye (Paris 1626-ibid. 25 mai 1669), fils aîné de Jacques (v. note [25], lettre 39) et de Marguerite Viole, avait été reçu conseiller au Parlement de Paris en 1653. Comme on a vu, ses goûts littéraires l’avaient poussé à fonder en 1665 le Journal des Sçavans, dont il dut abandonner la rédaction en 1666, pour la remettre à l’abbé Gallois. Malgré cette disgrâce, Sallo conserva la faveur de Colbert, qui faisait le plus grand cas de son intelligence et le consultait tant sur les affaires littéraires que sur certaines matières politiques. Il a laissé quelques compilations onomastiques (G.D.U. xixe s. et Popoff, no 2235).

La réponse du Journal à la Lettre d’un ami de M. Patin sur le Journal des Sçavans du 23 février 1665 était cinglante (livraison du lundi 9 mars 1665, pages 118‑120) :

« Comme plusieurs personnes font leur divertissement du Journal, sans en vouloir faire leur occupation, ils s’intéressent si peu au succès qu’il peut avoir que tout ce que l’on écrira pour le combattre demeurera sans réplique. Il est vrai que si on ne fait rien de meilleur que cette lettre de l’ami de M. Patin, il peut demeurer exposé aux attaques de ses ennemis sans en redouter les coups. Car celui qui est auteur de cette lettre a si mal réussi dans son entreprise qu’en voulant excuser les fautes de M. Patin, il les a rendues plus signalées et n’a fait que confirmer ce que le Journal en avait dit. »

Sur le point précis de la médaille des Suisses, le sieur de Hédouville (de Sallo) écrit :

« Enfin, la troisième chose dont se plaint l’ami de M. Patin est qu’il trouve à redire de ce qu’on a dit qu’il se serait bien passé de critiquer une médaille faite par le commandement du roi et donnée de sa part aux Suisses lors du renouvellement d’alliance. On ne pouvait guère parler plus modérément d’une action aussi téméraire que celle de M. Patin. La devise de la médaille est Nulla sub me natoque hæc fœdera rumpet. {a} Il s’agit de savoir si sub me en cet endroit peut signifier “ sous mon règne ”. L’ami de M. Patin qui a prévu que, demeurant dans les termes de la grammaire, il serait obligé de passer condamnation, s’est jeté sur la politique ; et changeant de batterie, condamne cette devise, non plus à cause que sub me n’est pas latin, mais parce qu’il s’imagine que cette façon de parler est capable de choquer les Suisses et que ce sub me peut passer pour une entreprise contre leur liberté. En vérité, ce raisonnement va jusqu’à l’extravagance et ne mérite pas de réponse. »


  1. « Que nul jour ne rompe ces traités sous mon règne ni celui de mon fils. »

L’article se termine sur un coup de poignard :

« On prie le lecteur de voir cette lettre afin qu’il puisse être témoin de la faiblesse de l’ami de M. Patin et de la justice que lui a faite le Journal. On est même assuré que tout le monde louera la modération avec laquelle on a traité un homme qui veut faire passer ceux qui travaillent au Journal pour des faussaires et des calomniateurs. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 20 mars 1665. Note 1

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0816&cln=1

(Consulté le 16.01.2021)

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