L. 39.  >
À Claude II Belin,
le 7 avril 1638

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Monsieur, [a][1]

Je vous aurais fait réponse par votre chirurgien lorsqu’il s’en est retourné, [1][2] n’eût été que j’avais dans la tête une affaire qui m’empêchait d’écrire avec liberté à mes amis : notre Faculté m’a fait cette année examinateur, [3] dont je me suis acquitté du mieux qu’il m’a été possible. Nous reçûmes en vertu de cette charge samedi dernier, 27e de mars, neuf bacheliers [4] en médecine, [2] pro biennio proximo[3][5][6][7] Maintenant que je suis déchargé de ce fardeau, [4] je vous dirai que pour les thèses [8] de feu Monsieur votre père, [9] ce sera pour cet été que je les transcrirai moi-même, et vous les enverrai fidèlement ; ne vous en mettez pas en peine. Toute la cour est ici à Saint-Germain. [10] On espère toujours en la grossesse de la reine, [11] laquelle n’a encore senti aucun mouvement de son enfant. Vendredi 26e de mars fut ici exécuté à la Croix du Trahoir [5][12] un homme âgé de 66 ans, natif de Nérac, [6][13] qui, par intelligence qu’il avait avec le duc de Lorraine, [14] avait, ce dit-on, entrepris un étrange dessein sur la vie de M. le Cardinal ; [15] il fut rompu tout vif. [7][16] Le jour d’auparavant on avait mis dans la Bastille [17] prisonniers trois bourgeois qui avaient été chez M. Cornuel [18] et l’avaient en quelque façon menacé, sur le bruit que l’on veut arrêter les rentes de l’Hôtel de Ville [19][20] et convertir cet argent in usus bellicos[8] Ces trois rentiers se nomment de Bourges, [21] Chénu [22] et Celoron, [23] et sont tous trois boni viri optimique mihi noti ; [9] je prie Dieu qu’il ne leur arrive pas de mal. Le chevalier de Jars [10][24] est hors de la Bastille à la prière du roi [11][25][26] et de la reine d’Angleterre, [12][27][28] qui ont obtenu cette faveur du roi pour lui. M. de Créqui, [29] maréchal de France, a été tué d’un coup de canon au Milanais, [30] le 17e de mars. [13] On dit que les Espagnols perdent et ravagent tout en Picardie. Je ne sais quel ordre on y donnera, mais on n’en dit rien ici. Le roi [31] a envoyé en Piémont [32] M. le comte de Guiche [33] y porter ses ordres, [14] à cause de la mort de M. de Créqui ; on dit que par ci-après M. le Cardinal de La Valette [34] ira. Son Éminence a été en colère contre la Sorbonne [35] et en a menacé quelques-uns de là-dedans ; je ne sais ce que cela deviendra. Samedi 27e de mars est ici mort in ædibus Sorbonnæ [15] M. Filesac, [36] plusquam octogenarius, vir magnæ doctrinæ et virtutum cumulo insignis[16] Il était le doyen et l’ancien maître de Sorbonne ; c’est le vieux Du Val [37] qui lui succède. [17] On a pendu en Lorraine [38] un jésuite qui avait des intelligences sur Stenay [39] avec le duc Charles. [18] Le pape [40] a fait retirer de Savoie un autre jésuite, nommé le P. Monod, [41] qui avait rendu la duchesse de Savoie [42] d’inclination tout espagnole ; et a fallu que le pape s’en soit mêlé parce que M. le Cardinal et le roi même n’en avaient pas pu venir à bout. [19] On dit que Casal [43][44] est en grand danger d’être pris cette année par les Espagnols, à cause qu’ils se sont rendus maîtres d’une ville dénommée Brême, [45] laquelle nous tenions et qui couvrait Casal. Elle nous avait merveilleusement coûté à fortifier et néanmoins, nous est échappée par la pusillanimité du gouverneur qui l’a rendue aux Espagnols avant qu’il n’y eût brèche. [20] Cela obligera le roi d’envoyer de nouvelles troupes en Italie si on veut conserver Casal. En récompense, le duc de Weimar [46] a pris Rhinfeld. [21][47] M. le Prince [48] est parti pour la Guyenne. [49] M. de Longueville [50] s’en va en la Franche-Comté, [22][51] et M. de Châtillon [52] s’en va, à ce qu’on dit, en Flandres. [53] On dit que le roi est d’accord avec les Hollandais pour dresser une armée navale, à laquelle chacun contribue force vaisseaux, et que l’archevêque de Bordeaux [54] sera celui qui y commandera pour le roi. On dit que c’est pour assiéger Gravelines [55] ou Dunkerque, [56] des garnisons desquelles les Hollandais sont trop incommodés. [23] On dit encore beaucoup d’autres choses que je ne vous mande point parce qu’elles ne sont pas encore trop certaines. Je vous prie seulement de croire pour très certain que je suis et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 7e d’avril 1638.

Le roi a fait commandement à MM. les présidents Champrond [57] et Barillon [58] de se retirer en leurs maisons, [24] comme aussi à quatre conseillers, qui sont MM. Thibeuf, [59] Foucault, [60] de Sallo [61] et Sevin, [25][62] pour avoir parlé des rentes de l’Hôtel-de-Ville.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 7 avril 1638

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(Consulté le 14.10.2019)