À Charles Spon, le 21 janvier 1656, note 10.
Note [10]

Apologie pour ceux de la Religion. Sur les sujets d’aversion que plusieurs pensent avoir contre leurs personnes et leur créance. Par Moïse Amyraut. {a}


  1. Saumur, Isaac Desbordes, 1647, « se vendent à Charenton », à Paris, Samuel Petit, 1648, in‑8o de 327 pages.

    V. note [38], lettre 292, pour Moïse Amyraut, théologien protestant de Saumur.


L’Avertissement fournit une intéressante précision sémantique et historique sur le mot réformé :

« Comme j’appelle ordinairement en cette Apologie ceux de notre communion, les Réformés, aussi j’emploie souvent ces mots de Catholiques romains, et quelquefois celui de Catholiques tout seul, pour signifier ces Messieurs de la Communion de Rome. Si l’on prenait ces termes autrement que comme des noms, par lesquels on désigne ces deux communions différentes, et si l’on y avait égard à la qualité pour laquelle ils ont été premièrement attribués chacun à son sujet, il y aurait de la contradiction en l’usage de ces deux appellations. Car celle de Réformés signifie la profession de ceux qui ont repurgé la religion de ce dont la corruption du temps l’avait altérée. Et quant à celle de Catholique, elle fut premièrement appliquée à l’Église chrétienne pour la distinguer de la judaïque, pource que le christianisme n’est affecté à aucune particulière nation, et doit courir par tout l’Univers. Mais depuis, on s’en est servi pour distinguer les orthodoxes d’avec les sectaires, qui s’étaient séparés de la communion de cette Église, à qui le symbole {a} avait, comme il y a apparence, le premier donné ce nom. Ainsi, ce serait mal à propos que j’appellerais les uns Orthodoxes et les autres Réformés, pource que la Réformation présuppose qu’on a dégénéré de l’Orthodoxie, et si elle fût demeurée en son entier en l’Église, il n’eût pas été nécessaire de la réformer. Mais désormais, ce nom de Catholique a passé en un tout autre usage, et ne signifie rien autre chose, sinon ceux qui font profession du christianisme tel qu’il était en l’Europe avant la prédication de Luther ; comme on emploie celui de Protestants et de Réformés pour dénoter ceux qui le professent tel qu’il est en la Communion, laquelle s’est séparée d’avec Rome. Et n’y a rien de si ordinaire que de voir ainsi passer les noms d’une signification à l’autre, ni rien de si indifférent que leur usage quand une fois le temps et la coutume en ont autorisé le changement. J’appelle donc Messieurs de l’Église romaine Catholiques, comme plusieurs honnêtes gens d’entre eux nous nomment ceux de la Religion ; et ne serait pas raisonnable que ni eux, ni moi tirassions avantage de ce respect ou de cette civilité, pour le fond de la controverse. Plût à Dieu que nous ne fussions en dispute que des noms : ceux qui sont de bon sens ont toujours remarqué qu’ils ne font du tout rien aux choses. » {b}


  1. Καθολικος, universel.

  2. Amyraut n’en pensait pas moins que les dénominations ont été inversées : catholiques (romains) pour réformés (au sens de « déviants de l’orthodoxie »), et réformés (protestants) pour catholiques (au sens de « chrétiens universels »).

Imprimer cette note
Citer cette note
x
Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 21 janvier 1656, note 10.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0432&cln=10

(Consulté le 16/04/2024)

Licence Creative Commons