À Charles Spon, les 21 et 22 novembre 1652
Note [12]

Jean-Baptiste de La Barre (Chinon, 1609-Paris, 1680), prédicateur jésuite, avait publié une Déclaration de tous les ministres et anciens de la Religion prétendue réformée de toutes les Églises de France sur la réalité du corps et du sang de Jésus-Christ en l’Eucharistie (Nîmes, J. Plasses, 1649, in‑4o). Guy Patin soupçonnait son ami calviniste lyonnais Henri Gras de lui avoir fait envoyer ce livre car il montrait la Compagnie de Jésus sous son pire jour.

Trois ripostes avaient paru :

  • celle d’Antoine Crégut, ministre de Montélimar, Apologie pour le décret du synode national de Charenton [1631] qui admet les luthériens à notre communion, opposée aux nouvelles instances, conséquences et cavillations [moqueries] du jésuite La Barre. Avec une question à la fin…, si la communion avec l’Église romaine est à espérer, ou non ? (Orange, Édouard Raban, 1650, in‑8o) ;

  • celle de Claude Rossellet, ministre de Nîmes, Réponse à J.‑B. La Barre, jésuite, ou sont réfutés deux écrits qu’il a publiés touchant l’admission des luthériens à notre communion. Avec cinquante demandes qui lui sont faites… (Orange, Édouard Raban, 1650, in‑8o, livre qui a dû être relié avec le précédent car, plus bas dans sa lettre, Patin en a parlé comme d’un seul in‑8o) ;
  • un troisième ouvrage, I.B. La Barre montaniste, {a} ou Réfutation de sa consultation sur la polygamie des ministres. Avec quelques demandes qui lui sont faites. Par Claude Rossellet, Ministre du S. Évangile en l’Église Réformée de Nîmes, {b} illustre le ton de la dispute. Le Portrait du jésuite La Barre (page 15‑21) y commence par ces mots :

    « Un Ancien disait jadis : Parle, afin que je te voie. {c} Si le discours est le caractère de l’âme, quel jugement fera-t-on de La Barre ? Tout homme qui n’aura pas renoncé au sens commun connaîtra le lion par l’ongle et m’avouera que ses écrits font remarquer en lui deux qualités, à savoir la folie et la malignité, et qu’il est difficile de juger laquelle de ces deux prédomine. Tant il y a qu’il est si plein de bile et de mauvaises humeurs que pour peu qu’il s’émeuve, il en vomit une extrême abondance. »


    1. V. deuxième notule {a}, note [10] du Naudæana 3, pour ce schisme auquel avait adhéré Tertullien.

    2. Orange, Édouard Raban, 1650, in‑8o de 105 pages.

    3. Banalité de source incertaine, mais qu’on lit chez divers auteurs de l’époque, tel Juste Lipse (deuxième centurie des Epistolarum selectarum [Lettres choisies], Avignon, 1609, v. note [12], lettre 271), lettre xvi (1587), page 138 :

      Quid iucundius, quam cum amicis versari, diu non visis, aut vix visis ? Nam aspicere et non alloqui, nec videre quidem est : si non fallit ille Sapiens, Loquere ut te videam.

      [Quoi de plus agréable que converser avec les amis qu’on n’a pas vus ou à peine vus pendant longtemps ? Regarder sans parler n’est pas voir, si cet Ancien ne s’est pas trompé en disant Parle pour que je te voie].


    Suit une « liste du bien qu’il dit de moi et des louanges qu’il me donne » où l’on relève entre autres :

    « Me nomme, Un vieux bordelier. […]

    Me reproche, Que je suis un souffleur. Que Nîmes a humé mes fumées. Qu’Orange a ouï souvent les coups de marteau : voulant dire que je n’y suis allé que pour faire battre de la fausse monnaie. Que c’est une honte et un opprobre que ma fille soit née d’un père comme moi. […]

    Assure, Que ma fille est en danger auprès de moi. […]

    Me nomme, Un taureau entre les vaches. Un étalon entre les juments. Un loup dedans la bergerie. Un oiseau de proie dedans un pigeonnier. Un voleur sans foi. Un adultère. Un paillard. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, les 21 et 22 novembre 1652. Note 12

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(Consulté le 02.12.2022)

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