Annexe : Thomas Diafoirus et sa thèse
Note [12]

Jean ii Riolan (mort en 1657) avait montré plus de discernement dans son Discours des valvules des veines [Manuel anatomique et pathologique…, 1672, pages 760‑761 ; traduction de la 4e édition de l’Encheiridium anatomicum et pathologicum… (1658, v. note [37], lettre 514, De Valvulis venarum, pages 596-602)] :

« L’usage des valvules est de modérer, comme des portillons, {a} le cours et l’impétuosité du sang. Elles empêchent aux extrémités du corps que le sang ne se jette en trop grande quantité et avec trop de violence sur les parties inférieures ou déclives, quand elles sont échauffées par leur mouvement et agitation fréquente ; à moins de quoi elles seraient oppressées et accablées par l’affluence excessive du sang qui s’y porterait. Elles renforcent aussi le corps des veines, empêchant qu’elles ne se dilatent excessivement lorsqu’elles retardent le cours impétueux du sang, tandis que la nourriture s’achève. Les veines du cou, qui entrent dedans le cerveau, ont des valvules pour empêcher que quand on a la tête baissée, l’impétuosité du sang qui monte au cerveau n’accable quelque partie noble. Telles valvules sont attachées à la jugulaire interne. Harveus, très docte médecin, croit que les valvules des veines ont le même office pour la circulation du sang que les sigmoïdes du cœur, {b} afin qu’étant exactement fermées, elles résistent au sang qui, des parties inférieures, remonte en haut ; ou bien afin qu’elles empêchent que le sang ne se porte avec violence du centre aux extrémités du corps ; ou plutôt, afin que des extrémités du corps, il retourne vers le centre. Pour cette raison, les valvules sont situées de telle sorte dans les veines qu’elles regardent vers le cœur ; mais si elles empêchent le sang de s’en éloigner et de passer aux extrémités, elles résisteront au sang qui descend ; et par conséquent, il ne passera que fort peu de sang, ou point du tout, pour la nourriture des parties inférieures si ces valvules sont entièrement fermées. Pour moi, j’avoue que les valvules ont été placées aux endroits où les veines se divisent, afin que le sang des grandes veines ne se jetât impétueusement et en grande abondance dedans les petites ; autrement, il les déchirerait, ou du moins les rendrait variqueuses. » {c}


  1. Traduction atténuée de tanquam janitrices, la janitrix n’étant pas le portillon, mais « la portière, esclave chargée d’ouvrir » (Gaffiot).

  2. Insérées à la racine de l’aorte, les trois valvules sigmoïdes, pendant la diastole qui les ferme, empêchent le sang de refluer dans le ventricule gauche du cœur.

  3. Dans son propos, Riolan s’enferrait dans deux erreurs (mais il allait changer d’avis, v. infra note [17]) :

    • en ne voulant pas admettre, contre toute évidence anatomique, que les valvules veineuses des membres sont disposées et construites de manière à empêcher tout mouvement centrifuge du sang (qui l’éloigne du cœur), vers le bas, l’obligeant à suivre un cours centripète (qui le rapproche du cœur), vers le haut ;

    • en s’accrochant à l’idée que le sang va et vient dans les veines, suivant un mouvement lent, rythmé par les repas, de flux descendant (pour aller porter la nourriture en périphérie) et de reflux ascendant (pour aller prendre la nourriture, le chyle, dans le foie), comparable à l’oscillation des marées océaniques.


L’existence et la disposition des valvules veineuses ont servi d’étincelles à Harvey pour jeter la lumière sur la grande circulation du sang (du ventricule gauche au ventricule droit du cœur). V. note [13] de la Consultation 16 pour l’histoire de leur découverte.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Thomas Diafoirus et sa thèse. Note 12

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(Consulté le 27.11.2020)

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