De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1653, note 12.
Note [12]

Cicéron s’est souvenu de son apprentissage des lettres dans le chapitre lxxxix (numéroté xc dans certaines éditions) de son dialogue intitulé Brutus, sur les orateurs illustres de son temps (rédigé en 46 av. J.‑C., pendant la dictature de Jules César) :

Reliqui qui tum principes numerabantur in magistratibus erant cotidieque fere a nobis in contionibus audiebantur. Erat enim tribunus plebis tum C. Curio, quamquam is quidem silebat, ut erat semel a contione uniuersa relictus ; Q. Metellus Celer non ille quidem orator sed tamen non infans ; diserti autem Q. Varius C. Carbo Cn. Pomponius, et hi quidem habitabant in rostris ; C. etiam Iulius ædilis curulis cotidie fere accuratas contiones habebat. Sed me cupidissumum audiendi primus dolor percussit, Cotta cum est expulsus. Reliquos frequenter audiens acerrumo studio tenebar cotidieque et scribens et legens et commentans oratoriis tantum exercitationibus contentus non eram. Iam consequente anno Q. Varius sua lege damnatus excesserat. Ego autem iuris ciuilis studio multum operæ dabam Q. Scæuolæ P.F., qui quamquam nemini se ad docendum dabat, tamen consulentibus respondendo studiosos audiendi docebat. Atque huic anno proxumus Sulla consule et Pompeio fuit. Tum P. Sulpici in tribunatu cotidie contionantis totum genus dicendi penitus cognouimus ; eodemque tempore, cum princeps Academiæ Philo cum Atheniensium optumatibus Mithridatico bello domo profugisset Romamque uenisset, totum ei me tradidi admirabili quodam ad philosophiam studio concitatus.

[À peu près tous les jours, dans les assemblées publiques, j’allais entendre tous ceux qu’on comptait alors pour les tout premiers orateurs parmi les magistrats. Caius Curion était tribun de la plèbe, mais se taisait depuis le jour où toute l’assemblée l’avait conspué ; sans parler comme un enfant, Quintus Metellus Celer n’était pas grand orateur ; plaidant avec éloquence, Quintus Varius, Caius Carbo et Cnæus Pomponius occupaient le devant de la tribune ; Caius Julius, édile curule, {a} y déclamait aussi, presque quotidiennement, des discours soigneusement limés. J’étais très avide de les écouter, mais fus le premier à être affligé par l’exil de Cotta. {b} Avec un zèle extrême, j’allais fréquemment entendre discourir les autres, ; chaque jour j’écrivais, je lisais, je commentais, {c} sans jamais me trouver rassasié de ces exercices oratoires. L’année suivante, Quintus Varius, condamné par l’application de sa propre loi, avait connu l’exil. {d} Je travaillais avec grande ardeur à étudier le droit civil auprès de Quintus Scævola, fils de Publius : {e} sans se consacrer à l’enseignement de qui que ce soit, il instruisait les étudiants qui écoutaient ses réponses aux demandes d’avis. L’année suivante, Sylla et Pompeius étant consuls, {f} j’ai acquis une connaissance approfondie de toutes les manières de discourir en écoutant tous les jours Sulpicius plaider au tribunal. {g} À la même époque, Philon, directeur de l’Académie, arriva à Rome, après que la guerre de Mithridate l’eut chassé de son pays en compagnie d’autres aristocrates athéniens ; {h} c’est son patronage qui m’a poussé à me consacrer entièrement et avec un zèle admirable à étudier la philosophie]. {i}


  1. Caius Julius Cæsar Strabo Vopiscus (vers 130-87 av. J.‑C.), arrière-arrière-grand-oncle de Jules César, a été édile curule en 90. Cicéron avait alors 16 ans.

  2. Caius Aurelis Cotta s’exila temporairement de Rome au début des années 80, fut élu consul en 75 et mourut en 73.

  3. Mise en exergue du passage repris par Desmarets : souvent cité, mais rarement référencé avec précision.

  4. En l’an 90, le tribun Quintus Varius Severus avait fait adopter la Lex Varia qui poursuivait les politiciens rebelles au Sénat. La date de sa mort est inconnue.

  5. Quintus Mucius Scævola, consul en 95, mourut assassiné en 83.

  6. Sylla (v. note [14] du Borboniana 5 manuscrit) et Pompeius Rufus ont été élus consuls en 88.

  7. Le jurisconsulte et orateur romain Servius Sulpicius Rufus, né vers 105, élu consul en 51, mourut en 43.

  8. V. note [4] de la Consultation xi pour Mithridate vi Eupator, roi du Pont, mort en 63, qui avait assiégé et pris Athènes en 86.

    Philon de Larissa, philosophe athénien, douzième scoliarque (directeur) de l’Académie de Platon, mourut à Rome en 79.

  9. Cet extrait authentifie le propos de Desmarets, et renseigne sur l’éducation oratoire, juridique et philosophique de Cicéron. Quant à son style littéraire, si âprement débattu (v. infra note [13]), il apparaît nettement ici qu’il avait le défaut d’être ambigu : deux traductions françaises que j’ai consultées (V. Verger, 1816, pages 706‑709, et Itinera Electronica, 2004) interprètent en effet différemment maints détails du texte.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1653, note 12.

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(Consulté le 13/04/2024)

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