À Johann Daniel Horst, le 8 mars 1658
Note [14]

Grembsius (Franz Oswald Grembs, 1621-1658) est l’auteur d’un unique traité, dont le titre dit l’essentiel de ce qu’il faut savoir de ce médecin autrichien :

Arbor integra et ruinosa hominis, id est Tractatus medicus theorico practicus in tres libros divisus ; in quo sana et morbosa hominis natura ex archeis seu spiritibus innatis tanquam suis radicibus proveniens dilucidè demonstratur : ac simul De Rerum Principijs, seu Elementis, Meteoris, Lapidibus, Mineralibus, Vegetalibus, Animalibus ; de usu et defectibus Partium Humani Corporis, de Anima, de Febribus, Peste, Venenis, Vita longa, et brevi, et tandem de Remediis Paracelsicis, juxta consensum et dissensum Hippocratis, Galeni et Helmontii cum Exegesi Remediorum Galenicorum, et Chymicorum, Historiarumque Medicarum breviter, et accurate disseritur. Authore Francisco Oswaldo Grembs Medicinæ Doctore, illustrissimi et revenredissimi Principis Guidobaldi Archiep. Salisburg: Consiliario et Medico ibidem Ordinario [L’Arbre à la fois intact et ruiné de l’homme, qui est un traité médical théorico-pratique divisé en trois livres. Où est clairement montrée la nature saine et maladive de l’homme, provenant des archées (v. infra) ou esprits innés, qui sont comme ses racines. Où sont aussi brièvement et exactement traités : les principes des choses que sont les éléments, les météores, les pierres précieuses, les minéraux, les végétaux, les animaux ; l’utilité et les défauts des parties du corps humain, l’âme, les fièvres, la peste, les poisons, la vie longue ou brève ; et enfin les remèdes paracelsistes, selon l’accord et le désaccord entre Hippocrate, Galien et Van Helmont, avec une explication des remèdes galéniques et chimiques, et des observations médicales. Par Franz Oswald Grembs, docteur en médecine, conseiller et médecin de l’illustrissime et révérendissime Guidobald von Thun (1614-1668, cardinal en 1667), prince archevêque de Salzbourg] (Munich, Lucas Straub, et Francfort, Johann Georg Spörlin,1657, in‑4o).

Ce livre irritait fort Guy Patin ; ce qui justifie de nous attarder sur son curieux frontispice. Il représente un arbre divisé en deux avec deux personnages à son pied : ses branches droites portent des feuilles et l’homme qui se tient au-dessous est jeune et vigoureux ; les branches gauches sont nues et l’homme est un vieillard à longue barbe ; au bas des marches qui montent vers l’arbre, cette légende :

Arbor Integra et Ruinosa Hominis. In Novo Helmontianæ Doctrinæ fundo plantata Helmontiano et Galenico succo vivida fructibus ad conservationem vitæ longæ tam per selectiora remedia practica, quàm arcana Paracelsica fœcunda, quos fructus collegit, ac public bono opposuit Author Franciscus Oswaldus Grembs Medicinæ Doctor, Illustrissimi et Reverendissimi Principis Guidobaldi Archiepiscopi Salisburgensis Consiliarius et Medicus ibidem Ordinarius.

[L’Arbre à la fois intact et ruiné de l’homme. Planté dans le sol nouveau de la doctrine helmontiste, la sève helmontiste et galéniste l’a vivifié de fruits pour la conservation d’une longue vie, tant par la grâce de remèdes pratiques très choisis que par celle des féconds secrets paracelsistes. L’auteur qui a cueilli ces fruits et les a mis à la disposition du bien public est Franz Oswald Grembs, docteur en médecine de Salzbourg, conseiller et médecin ordinaire de l’illustrissime et révérendissime archevêque de la même ville, le prince Guidobald (von Thun)].

Trois statues représentant les archées (esprits vitaux dans la médecine chimique) bordent chaque côté de l’escalier. On trouve au début du livre une Emblematis explicatio [Explication du frontispice] qui décrit chacune des six statues et fournit un intéressant éclairage sur la théorie helmontiste des archées :

Archeus de natura gas est, à primordiali genituræ adumbratione incæpit, solarique lumini adæquatur, immediatum animæ instrumentum, à qua potestativam vim habet, extra animam in semine humano huiusmodi spiritus Typis, seu Idæis rerum agendarum dotati sunt, sic etiam simplicibus, mineralibus, est vis mirabilis à Domino Deo tributa, plus vel minus tam in commodum quàm in incommodum hominis. Mulieres autem arbori astantes, designant nobis Archeos humanos. Prima mulier cuius iste titulus est Archeus mitis blas iucundum movens, velatam faciem habens, designat nobis Archeos inculpatos, qui suavi ac placida actione munia sua peragunt, nec se sinunt facilè à passionibus moveri ; maior enim pars hominum, quæ passionibus subiacet, ad morbos magis proclivis est. Altera fœmina quæ portat : Archeus ens cælicum in se habens. Significat Archeum, qui se ad Syzygiam solis, id est, cursum, inclinationem seu influentiam componit, sicuti enim sol perambulat totum hemisphærium, et suo lumine calido cuncta semina ad promotionem maturationemque solicitat, ita in homine, qui est microcosmos, motus huiusmodi spirituum Archeorum seu membrorum insitorum, analoga similitudine, motibus siderum correspondent, unde dicti Archei vitalitate suâ luminosa calida instar solis cuncta promovent, figurant, augent, transmutant, et ad decidentiam seminis faciunt. Tertia fœmina cui in clypeo inscriptum est : Archeus retractor in primam rei materiam, Archeum designat, qui lunæ Syzygiam æmulatur. Luna etenim astrum est, quod cuncta vegetabilia suo lumine frigido et peculiari influentiâ retrahit in primam rei materiam (sed hæc non est illa Philosophorum, sed quæ in se præter semen, externum quid coniunctum non habet) et facit fermenta (quæ sunt instrumenta Archeorum et eorum activitatum) quiescere, ut ii ex activitatibus non tam cito aboleantur, sed ex quiete vigorentur, hinc homini somnus est necessarius, ubi aliqua fermenta quiescunt. Ex sinistra parte arboris exsuccæ prima mulier cui in clypeo notatum est : Archeus furibundus, tempestuosum blas movens, veluti Megæra, designat nobis Archeos spiritus membrorum furiosos, qui fabricant morbos, motus enim inordinati naturæ, nil nisi furores horum spirituum et Archeorum sunt. Proxima mulier denudato pectore, cuius clypeus fert : Archeus lascivus, munia negligens, designat nobis Archeum membrorum, lascivum, voluptuosum, luxuriantem, qui etiam sponte, etsi à causa occasionali irritatus non sit, in se fabricat entia morbosa, dum fit devius, et à vitalitate se ipsum exuit, et in illa pingit imagines, quæ sunt proprietates specificæ gravissimum morbum constituentes, qui in vitam durat, et perenniter vel pro spatio affligit, vel qui statim interimit. Tertia fœmina in cuius clypeo hæ sententia est : Ens morbosum vitam exsufflans, draconem in medio sinu gerit, per istud monstrum morbus notificatur, et in medio iacet, nam omnes morbi à stomachi originem ducunt ; est autem morbus ens quoddam ex devio spiritu membrorum factum instar veneni proprietates habens, sicuti enim sunt diversa genera venenorum, ita etiam diversi morbi, sunt autem hi potestativi, quemadmodum venena cito hominem e medio tollunt, ita etiam morbi vitam exsufflando adimunt.

[Une archée a la nature d’un gaz, {a} elle a commencé par l’esquisse primordiale de la créature et est assimilée à la lumière solaire ; c’est l’instrument direct de l’âme, qui lui confère une force effective ; en dehors de l’âme, ces esprits sont contenus dans la semence humaine, dotés de figures ou formes des choses agissantes ; ainsi existe-t-il, même dans les corps simples et dans les minéraux, une force admirable que Dieu, notre Seigneur, a plus ou moins généreusement attribuée, tant pour le bonheur que pour le malheur de l’homme. Les femmes qui s’alignent devant l’arbre nous représentent donc les archées humaines. La première, {b} dont l’emblème est L’archée gentille qui met en mouvement le blas doux, {c} a le visage voilé et nous représente les archées irréprochables qui accomplissent leurs fonctions par leur action douce et calme, et ne se laissent pas facilement émouvoir par les passions ; la majeure partie des hommes, qui est soumise aux passions, est en effet fort sujette aux maladies. La deuxième femme, dont la devise est L’archée qui porte en elle l’entité céleste, figure l’archée qui se consacre à la syzygie {d} du soleil, c’est-à-dire à sa course, à son inclinaison ou à son influence : de même en effet que le soleil parcourt l’hémisphère tout entier et provoque par sa chaude lumière l’avancement et la maturation de toutes les semences, de même, chez l’homme qui est un microcosme, les mouvements des esprits de ces archées, ou parties implantées, correspondent par analogie aux mouvements des astres ; ce qui fait que lesdites archées, par leur énergie vitale, chaude et lumineuse, à l’instar du soleil, promeuvent, façonnent, accroissent, transforment toutes choses et aboutissent au détachement de la semence. La troisième femme, sur l’écusson de laquelle est écrit L’archée qui rétracte dans la première substance de l’être, représente l’archée qui cherche à imiter la syzygie de la lune ; la lune est en effet l’astre dont la lumière froide et la particulière influence rétractent tout ce qui vit dans la première substance de l’être (celle-là n’est pourtant pas celle des philosophes, mais celle qui, hormis la semence, ne s’exprime par rien d’extérieur) et mettent en repos les ferments (qui sont les instruments des archées et de leurs activités), de sorte qu’ils sont moins tant soustraits rapidement à leurs activités qu’ils ne sont revigorés par le repos ; c’est ce qui fait que le sommeil est nécessaire à l’homme car il met en repos tous ses ferments. À la gauche de l’arbre, la première femme, {e}, celle qui est desséchée et dont l’écusson porte ces mots, L’archée furibonde qui met en mouvement la tempétueuse force impulsive, semblable à Mégère, {f} nous représente les archées furieuses des parties, celles qui fabriquent les maladies ; les mouvements désordonnés de la nature ne sont en effet rien d’autre que les fureurs de ces esprits et archées. Sa voisine, qui a la poitrine dénudée et dont l’écusson porte L’archée lascive qui néglige ses charges, nous représente l’archée langoureuse, voluptueuse, luxurieuse, des parties ; même sans être excitée par une cause favorable, elle engendre spontanément des êtres maladifs, quand elle s’écarte du droit chemin et se débarrasse elle-même du principe vital, et en dépeint les apparences ; ce sont les propriétés spécifiques qui composent une très grave maladie, laquelle dure toute une vie pour soit rechuter éternellement, soit emporter d’un coup. La troisième femme, dont l’écusson porte ces mots, L’entité maladive qui emporte la vie d’un souffle, abrite un dragon en son sein ; ce monstre personnifie la maladie et il gît en plein centre car toutes les maladies tirent leur origine de l’estomac ; la maladie est une entité qui se forme à partir d’un esprit perverti des parties dont les propriétés sont semblables à celles d’un poison ; comme les poisons, les maladies sont en effet diverses ; et les maladies sont investies d’un pouvoir car, de même que les poisons viennent rapidement à bout de l’homme, elles tuent en emportant la vie d’un souffle].


  1. Mot passé dans le langage courant, que Van Helmont a forgé à partir du flamand geest, esprit.

  2. À la droite de l’arbre.

  3. Blas est le mot que Van Helmont avait fabriqué pour désigner la force impulsive.

  4. Du grec συζυγος, conjonction.

  5. Qui a la tête chauve et hérissée de serpents.

  6. L’une des trois Furies (v. première notule {d} de la note [35], lettre 399).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Daniel Horst, le 8 mars 1658. Note 14

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(Consulté le 15.09.2019)

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