À Charles Spon, le 22 février 1656
Note [15]

« à proximité du cœur et dans les artères lisses du poumon ».

On opposait alors arteria lævis (artère lisse) à arteria aspera (artère rugueuse) : la première expression regroupait les vaisseaux sanguins du poumon (artères pulmonaires qui conduisent le sang depuis le ventricule droit du cœur jusque dans les poumons, et veines pulmonaires qui le ramènent des poumons dans l’oreillette gauche du cœur) ; tandis que la seconde expression désignait les conduits aériens annelés des poumons (trachée-artère et bronches). Se méprenant sur l’adjectif employé ici (lævis, lisse, dont l’ablatif pluriel est bien lævibus, et non lævus, gauche, dont l’ablatif pluriel est lævis), Prévot & Jestaz accusent injustement Guy Patin de commettre « un barbarisme [v. note [7], lettre latine 112] surprenant ».

L’observation clinique et anatomique qu’il relatait évoque une maladie cardiaque avec arythmie complète (grand pouls fort intermittent) et embolie dans le cerveau, responsable d’un abcès cérébral (ramollissement ou infarctus) avec perte de tous les sens (aphasie, ou impossibilité de parler intelligiblement et parfois de comprendre les paroles). La dilatation (anévrisme) de l’artère pulmonaire (veine artérieuse, v. note [7] de la lettre de Sorbière à Mazarin) pouvait refléter une forte augmentation de la pression dans le compartiment pulmonaire. Patin attendait de la « boue » (thrombus sanguins) dans les « artères lisses du poumon » (sans doute les veines pulmonaires et l’oreillette gauche) qui aurait fait embolie dans le cerveau. Le plus probable est qu’il s’agissait d’un rétrécissement de la valve mitrale (qui fait obstacle au passage du sang de l’oreillette gauche dans le ventricule gauche du cœur). Les visions erronées de Patin sur la circulation du sang laissent toutefois planer un sérieux doute sur cette interprétation moderne, qui n’est à tenir que pour plausible.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 février 1656. Note 15

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(Consulté le 21.04.2021)

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