L. 725.  >
À André Falconet,
le 14 février 1662

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Monsieur, [a][1]

Je vous envoie la thèse des jésuites, [1] laquelle a ici fort réveillé les esprits de ceux qui aiment la controverse. La Sorbonne [2] même s’en remue encore, mais je ne sais ce qui en sera. On dit que dans peu de jours le roi [3] doit aller au Parlement pour faire vérifier la convention qu’il a faite avec le duc Charles [4] pour le duché de Lorraine. [2] Le prince François [5] et le duc Charles, [6] son fils, se sont retirés à petit bruit en Allemagne, voyant leur Maison ruinée. [7] Le roi rachète Dunkerque [8] du roi d’Angleterre [9] et l’on dit qu’il la rend au roi d’Espagne [10] pour deux autres villes qu’il nous donne en Flandres. [11] Le roi n’ira que samedi prochain au Parlement [12] pour l’affaire du duc de Lorraine, c’est M. le premier président qui me le vient de dire. M. Talon [13] a demandé ce temps qui lui est nécessaire pour un plaidoyer de si grande importance. On va travailler vigoureusement au procès de M. Fouquet, [14] le roi veut qu’il soit fait en 15 jours.

M. Arnauld d’Andilly, [15][16][17] seigneur de Pomponne, conseiller d’État, neveu de M. Arnauld [18] le janséniste, docteur en Sorbonne, et de l’évêque d’Angers, [19] a reçu commandement du roi de se retirer à Verdun. [3][20] Il a répondu qu’il était prêt d’y obéir, mais qu’il priait le roi de changer le lieu de son exil et de l’envoyer plutôt à Angers chez son oncle, l’évêque du lieu ; adeo vere dixit Lucrecius : [21]

   Medio de fonte leporum
Surgit amari aliquid quod in ipsis faucibus angat
[4]

Voilà M. Cani qui vient de sortir de céans et m’a rendu l’Almanach de votre M. Meyssonnier. [22] Pour le grand livre, [il] n’est pas encore arrivé, [5] il est avec ses hardes, il faut attendre encore huit jours à cause que la rivière est trop grosse. M. Cani a un procès à la quatrième des Enquêtes où j’ai plusieurs amis que je lui fournirai lors du jugement. Il y a sur la rivière de Seine [23] près de Rouen trente grands bateaux de blé pour venir à Paris, et quarante autres qui viennent de Dantzig [24] et d’Amsterdam, [25] et qui seraient déjà arrivés s’ils avaient eu le bon vent.

Le voyage du roi au Palais est différé jusqu’au retour du courrier que l’on a envoyé au prince François en Allemagne avec un nouveau traité pour tâcher de le contenter. Quand nous aurons l’Alsace avec la Lorraine, la Franche-Comté [26] n’aura qu’à se bien tenir et se garder de nos gens, aussi bien que Strabourg et autres villes sur le Rhin, en vertu du vieux proverbe Gallum habeas amicum, non vicinum[6]

La Chambre de justice [27] a fait donner des assignations à tous les traitants et gens d’affaires pour venir répondre sur les faits qui leur sont proposés. [7] Girard [28] y a été plusieurs fois et a tâché de faire pitié, mais les juges n’y ont pas consenti. On continue de vendre dans la Cour du Palais les beaux meubles de Boislève [29] qui est en fuite.

Pour Monsieur votre lieutenant général, sa mort a été plus soudaine qu’étrange. Il est mort, comme vous me le mandez, d’une obstruction de cœur et de poumon, à quoi il n’y avait nul remède. Cette maladie est fort contraire aux mélancoliques. [30] S’il eût été ouvert, on lui aurait trouvé dans les vaisseaux du cœur [31] du sang figé, et aliquod vitium in substantia pulmonis, quod nihil aliud est, quam insignis illa diaphtora tantopere celebrata, quæ facit asthma lethale, et quam graphice descriptit Fernelius, pauci a Fernelio, nullus ante Fernelium[8][32] Cet homme était infailliblement mélancolique et asthmatique ; [33] au moins est-il mortel ex vitio lienis, qui transmittit in pulmonem et facit affectum immedicabilem per viam suffocationis[9] La syncope est une marque infaillible que les canaux du cœur sont bouchés. [34] Il peut être qu’il y avait ωμον φυμα in lævibus arteriis pulmonis[10][35] La sueur diaphorétique [36] cum ασφυξια [11] est une marque certaine que tout était perdu. La maladie d’Antipater dans Galien, [37] in Locis affectis, était de ce genre, hormis qu’elle dura plus longtemps ; aussi y a-t-il des interprètes qui ont douté de morbo Antipatri[12] Dieu veuille avoir son âme.

De Paris, ce 14e de février 1662.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 14 février 1662

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(Consulté le 16.10.2019)