À Charles Spon, le 24 septembre 1649
Note [19]

Un adjudicataire (ou fermier) des gabelles était un commis sous le nom duquel on faisait toutes les poursuites et contraintes pour le recouvrement des deniers des Gabelles (Furetière).

Journal de la Fronde (volume i, fo 102 vo et 104 vo) :

« Le 22  {a} des rentiers de la Ville furent en grand nombre à l’Hôtel de Ville pour demander le paiement de leurs rentes ; ayant trouvé que le fonds en était diverti, firent grand bruit et voulurent assommer le prévôt des marchands, {b} mais on les apaisa par l’emprisonnement des fermiers des gabelles sur lesquels les rentes sont assignées, et qu’ils ne sortiront de prison qu’après les avoir payées. […]
Les fermiers des gabelles étant en prison demandèrent rabais de la moitié de leurs fermes à cause des pertes qu’ils ont faites depuis le commencement de ces troubles. Sur quoi les rentiers de Ville présentèrent requête à la Chambre des vacations du Parlement le 25 du passé, {c} par laquelle ils demandaient qu’il fût ordonné qu’ils seraient payés conformément aux déclarations du roi ; que les fermiers fussent transférés à la Conciergerie du Palais ; qu’il fût découvert où ils avaient diverti les deniers provenant des gabelles. Et soutiennent que lesdits fermiers se sont tellement enrichis depuis qu’ils tiennent cette ferme qu’ils ont fait des acquisitions pour plus de dix millions de livres. On avait donné sur cette requête des conclusions toutes conformes à ce que les rentiers demandaient, mais cette affaire fut hier {d} accommodée et les fermiers sont sortis de prison moyennant 64 000 livres qu’ils se sont obligés de fournir chaque semaine à l’Hôtel de Ville pour le paiement des rentes, au lieu de 89 000 livres qu’ils en fournissaient auparavant. »


  1. Septembre.

  2. Jérôme Le Ferron.

  3. Septembre.

  4. 30 septembre.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 773‑774, septembre 1649) :

« Les rentes sur l’Hôtel de Ville, cependant, étant un peu demeurées en arrière, les adjudicataires des gabelles y avaient été constitués prisonniers, faute de payer les 89 000 et tant de livres qu’ils étaient obligés de fournir par chacune semaine, et delà avaient été transférés dans la Conciergerie du Palais en vertu d’un arrêt de la Chambre des vacations donné au rapport de M. Ménardeeau, et ensuite par elle élargis en payant seulement la moitié de ce qu’ils devaient si légitimement ; d’où s’ensuivirent encore beaucoup de plaintes et de bruit, d’autant que, par leur bail et par deux arrêts même du Conseil, enregistrés dans la Chambre des comptes et en la Cour des aides, les adjudicataires étaient tenus de fournir lesdites quatre-vingt-neuf mille livres par semaine pour le paiement de deux quartiers et demi desdites rentes sur les gabelles. »

Thomas Bonneau (natif de Tours, mort à Paris en décembre 1662), l’un des plus importants financiers de la première moitié du xviie s., avait épousé en 1613 Anne Pallu (v. note [28], lettre 336), fille d’un maire de Tours. Bonneau était devenu secrétaire du roi en 1626, secrétaire des finances l’année suivante. Conseiller d’État, il fut l’un des plus sûrs soutiens de la cause royale et l’un des plus gros traitants de son temps. Avec Scarron et Quentin de Richebourg, associés à Aubert et Châtelain, il exerça un contrôle absolu sur la ferme générale des gabelles de France entre 1632 et 1655. Son étoile pâlit un peu à partir de 1656 avec l’arrivée à la ferme des gabelles de la compagnie Girardin, ce qui ne l’empêcha pas de rester fermier général jusqu’à sa mort. Un des représentants de la finance « ultracatholique », Bonneau était attaché au clergé par de nombreux liens familiaux (Dessert a, no 65). Il fit de ses cinq fils un conseiller au Parlement, un avocat à la Cour des aides, un intendant des turcies et levées (quais et digues), et pour deux d’entre eux des conseillers au Châtelet (Bayard, page 443).

Denis Marin (Auxonne, Côte-d’Or vers 1600-1678) avait été commis de plusieurs financiers avant de devenir secrétaire du roi sous le règne de Louis xiii pour se lancer dans la finance avec son ami Thomas Bonneau. Intendant des finances en 1650, il épousa en secondes noces Marguerite Colbert, cousine de Jean-Baptiste, ce qui lui permit de ne pas être lourdement condamné par la Chambre de justice en 1665. Il maria sa fille Jacqueline à Charles Bonneau, fils de Thomas (Dessert a, pages 721‑722).

Bonaventure Quentin de Richebourg (1581-1659), associé de Thomas Bonneau, était petit-fils d’un lieutenant particulier au siège royal de Loches et fils d’un bourgeois de Tours. Par son entourage familial, il appartenait à la Maison de la reine Margot, première épouse d’Henri iv (v. note [4], lettre latine 456), où il avait exercé la charge de maître des requêtes avant de devenir secrétaire du roi (1634-1659). Il avait épousé en 1613 Catherine Pavillon, fille d’Étienne (v. note [61], lettre 166). En 1665, comme l’un des tout premiers maltôtiers de son temps, il fut condamné à une taxe de deux millions de livres (Dessert a, page 724).

Pierre Mérault (mort en 1668), fils d’un bourgeois de Paris, correcteur des comptes puis receveur général des consignations, avait lui-même été receveur des tailles de l’élection de Troyes, receveur général des gabelles à Moulins, puis maître d’hôtel de Marie de Médicis. Associé à la ferme des gabelles de 1632 à 1655, il fut secrétaire du roi de 1654 à sa mort et taxé en 1665 à un million deux cent mille livres (Dessert a, page 711).

Germain Rolland (mort en 1657), d’origine champenoise, avait d’abord exercé le métier de négociant en drap de soie ou d’or et de banquier (1621-1626). Dans les années 1630, il était devenu administrateur des biens de Pierre Brulart, conseiller d’État et secrétaire des commandements du duc d’Orléans. Allié à la famille Colbert, il œuvra aux affaires extraordinaires et prit des intérêts dans les fermes générales des gabelles de 1632 à 1657.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 septembre 1649. Note 19

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(Consulté le 31.10.2020)

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