À Charles Spon, le 18 juin 1652
Note [2]

« Au Parlement de Paris […] Très illustres ». Cette lettre est transcrite et traduite dans les Mémoires concernant Christine de Suède, pour servir d’éclaircissement à l’histoire de son règne et principalement de sa vie privée, et aux événements de l’histoire de son temps, civile et littéraire… (Amsterdam et Leipzig, Pierre Mortier, 1751, in‑4o), tome i, pages 201‑202 :

Christina, Dei gratia, Suecorum, Gothorum, Vandalorumque Regina, Magna Princeps Finlandiæ, Dux Estoniæ, Pomeraniæ, Cassubiæ, etc. Princeps Rugiæ, necnon Domina Ingriæ et Vismariæ, Pacis Consilia et Gaudere.

Illustrissime Senatorum Cœtus, quum præsentem Regni Galliæ statum nobis ob oculos ponimus, non possumus quin exhorrescamus, eum in tanto discrimine versari intelligentes. Enim vero præterquam quod ibi intestinis motibus agitantur omnia, externum hostem in viscera accitum audimus, qui Regni fores omnium vicinarum gentium odio, prædæque aperiat. Hæc, aliaque eiusdem generis, momenti non minoris, affectum nostrum atque animum occupant et conturbant. Et quamquam haud libenter Nos in res ac Regimen aliorum Regnorum ingeramus, neque dubitemus quin ii, quos hisce malis implicari contingit, ea omnia sua sponte amplectantur quæ ad extinguendum funesti illius Belli Civilis incendium et fomitem, tranquillandamque Galliam facere possunt, otiosæ tamenin tanto communi periculo consistere nolumus : verum intuitu salutis publicæ et mutuæ illius Amicitiæ, fœderisque quod utraque hæc Regna coniungit, officii nostri esse duximus mediationem nostram ad tentandas inter partes dissidentes concordiæ vias benevolo affectu offerre : Atque ut inclytum Cœtum vestrum, authoritate et gratia in Patria Vestra plurimum posse novimus ; denique ita vos affectos esse, ut salus et tranquillitas eiusdem cordi sit ac consiliis vestris, ita pro singulari de vobis animi nostri æstimatione considimus, nihil per vos, quantum in vobis est, impedimenti fore, quominus intestinæ Pacis ineantur consilia, quæ Rei Columina publicæ confirment. Ergo quicquid pro Galliæ felicitate operæ nostræ affere poterimus, et offerimus et pollicemur ; si modo mediationis officia quæ ad conciliandas discordes partes obtulimus, grata esse atque accepta renuncietis ; quæ dum suo tempore expectamus, Deum precamur ut vos tueatur incolumes, Christianissimi Regis, patriæque Vestræ bono. Dabamus in Regia nostra Stockholmensi 4. Idus April. 1652.
Christina.

[Christine, par la grâce de Dieu, reine des Suédois, des Goths et des Vandales,nbsp;{a} grande princesse de Finlande, duchesse de Poméranie, Cassubie etc. princesse de Rugen, dame d’Ingrie, de Vismarie etc., {b} souhaite des conseils de paix et la joie qui les suit.

Très illustre Assemblée, quand nous considérons avec attention l’état présent du Royaume de France, certaine horreur nous surprend à l’aspect du danger évident auquel nous le voyons exposé ; non seulement à raison des mouvements intérieurs dont il est agité, mais principalement, en ce que l’Ennemi du dehors, appelé au-dedans de ses entrailles, semble en avoir ouvert la porte à la haine et à la proie de toutes les nations voisines. Toutes ces choses et leurs conséquences nous passent dans la pensée et attristent nos affections. Et combien que nous ne nous ingérions pas volontiers dans la conduite ni dans les affaires des autres couronnes, et que nous ne doutions pas que ceux qui sont intéressés dans ces calamités publiques n’embrassent et ne recherchent d’eux-mêmes toutes les voies par lesquelles on peut éteindre ce funeste incendie de guerre civile, jusque dans son foyer, et mettre la France en paix, nous ne voulons pas pourtant demeurer oisive dans un péril si évident, que nous estimons commun. C’est pourquoi, ayant égard au salut public et à cette amitié et alliance réciproque qui lie ces deux Royaumes, nous avons jugé faire devoir d’amie et d’alliée de faire offre de notre entremise pour tâcher de trouver les chemins d’un bon accord entre les partis animés. Et comme nous n’ignorons pas le crédit et l’autorité de votre illustre Corps dans le Royaume, et que toutes vos délibérations ne veillent que pour son salut et sa tranquillité, aussi, dans l’estime particulière que nous faisons de tant de sages têtes qui le composent, nous espérons que vous n’apporterez aucun empêchement à la paix civile, qui doit être la sûreté de tout l’État. Nous offrons donc et promettons d’apporter tout ce qui dépend de nous pour le bonheur de la France, si tant est que vous nous fassiez savoir que vous avez agréable l’entremise que nous avons présentée, dont vous nous ferez savoir des nouvelles. Cependant, nous prions Dieu qu’il vous conserve pour le bien de Sa Majesté très-chrétienne, et celui du pays. Donné en notre ville royale de Stockholm, le 10 avril 1652. Christine].


  1. V. notule {a}, note [29], lettre 401.

  2. La Poméranie est une région côtière de la Baltique chevauchant l’Allemagne et la Pologne ; la Cassubie est un duché de Poméranie orientale ; Rugen est Riga ; l’Ingrie est une région de Russie qui borde le golfe de Finlande ; Vismarie est Wismar, ville hanséatique de Poméranie occidentale.

Dans ses Mémoires (volume viii, pages 188‑189 et 192‑193), Omer ii Talon a juridiquement commenté et politiquement exploité cette missive de la reine Christine :

« Le 7 juin 1652 […], fut apportée à la Compagnie une lettre de la part de la reine de Suède, ladite lettre couchée en termes fort civils, par laquelle elle offrait son entremise et sa médiation pour apaiser les troubles de l’État ; laquelle lettre ayant été lue, M. le premier président ayant témoigné qu’il n’y avait rien à requérir, sinon que la lettre fût envoyée au roi. Je fus obligé de repartir que ce n’était pas notre sentiment parce que la lettre ne venait pas d’un prince qui fût en rupture avec le roi, ni de personnes qui fussent en sa disgrâce, qui était le cas auquel le Parlement ne voulait pas recevoir les lettres et les envoyait au roi toutes cachetées ; mais que la reine de Suède étant alliée et confédérée avec la Couronne, sa lettre avait pu être ouverte et l’ouverture en ayant été faite, n’y ayant dans icelle rien qui offense le service du roi, la réponse lui peut être faite ; ainsi que nous voyons dans nos registres qu’il a été fait quand les Saints Pères de Rome ont écrit au Parlement, les archiducs d’Autriche, et même de simples particuliers de singulière érudition, auxquels le Parlement a fait réponse, estimons pourtant que la civilité peut être faite au roi de lui porter la lettre mais que cela doit faire partie de la déclaration qui se fera lundi sur la réponse par le roi ; lesquelles conclusions furent agréables à la Compagnie, et chacun se leva pour délibérer […].

La reine de Suède a écrit à la Compagnie et nous considérons sa lettre comme un effet de sa générosité et des grandeurs de courage qui surpassent son sexe, mais non pas sa condition. Elle nous avertit des maux que nous sentons et nous excite par notre propre intérêt de songer à la tranquillité du royaume ; elle offre même son entremise et sa médiation, ce qui nous fait souvenir des propositions qui furent faites au roi Henri iv en l’an 1593 lorsque tous les bons Français, offensés de la ruine du royaume et que le prétexte de la religion favorisée par les Espagnols avançait leurs affaires, Religionis Pallio pænulam Hispanicam faciebant, {a} comme parle M. de Thou, obligèrent le sieur de Schomberg, qui était étranger de naissance mais français d’affection, et lequel a établi sa Maison, une Maison illustre et de personnes affectionnées à l’État ; lequel fit entendre au roi laquelle {b} il lui conseillait, d’autant plus volontiers qu’étant saxon et étranger, il en parlait sans intérêt particulier. Le roi écouta son discours et lui répondit qu’il souhaitait la paix, qu’il était prêt de la demander parce qu’en matière de guerre civile, la donner ou la désirer était la même chose ; mais il ne pouvait souffrir que ses sujets extorquassent de lui le changement de la religion par force, par autorité et par violence ; pour cela, qu’il sera bien aise qu’il se trouve un expédient pour y parvenir, pourvu que l’autorité et la dignité royale soient conservées ; qu’il cherche l’expédient de quelque entrevue et d’une conférence dans laquelle les choses s’accommodent par les voies d’honneur et de bienséance ; ce qui réussit en effet, parce que la conférence tenue à Suresnes {c} fut le commencement et le préparatif de la paix ; ce qui se peut appliquer aux affaires présentes. »


  1. « Sous le manteau de la religion, ils fabriquaient la chape espagnole ».

  2. Religion.

  3. Le 29 avril 1593.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 18 juin 1652. Note 2

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(Consulté le 13.08.2022)

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