À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [22]

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 131, 25 janvier 1649) :

« Autre arrêt de défenses aux colporteurs et imprimeurs, touchant les libelles fades et scandaleux. »

Ranum (pages 226‑227) :

« Les effets du blocus de Condé et les spéculations sur ce qui allait suivre furent à l’origine d’une marée de pamphlets sur une vaste gamme de sujets, éthiques, religieux et politiques. Vendus la plupart du temps sur le Pont-Neuf, ils se prononçaient sur tous les aspects de la vie de blocus : individuels, civiques, religieux et familiaux. Les auteurs de ces textes que l’on devait vite appeler les mazarinades, signaient rarement de leur nom. Écrivant à titre individuel et ne dépendant généralement pas de quelque puissant personnage, ils disaient ce qu’ils estimaient que leurs compatriotes parisiens devaient entendre. […] De début janvier à la fin du blocus en mars 1649, quelque 1 200 pamphlets paraîtront. […] Ces attaques au vitriol contre Mazarin, les fermiers avec leurs agents et tous les autres profiteurs surgirent très vite après le début du blocus. Parfois constituées de savants parallèles avec de mauvais conseillers – tels que Concini ou Séjan –, parfois pures et simples attaques ad hominem contre le cardinal, son infériorité sociale, sa nationalité, la façon dont il avait séduit la reine, sa rapacité, les mazarinades témoignent de la présence de l’argument traditionnel que l’on retrouve si souvent dans les cultures politiques du début des temps modernes : éliminons l’“ élément pollueur ” et tout ira bien. »

Le nom générique de mazarinade, composé sur le modèle d’Iliade (histoire de Troie, Ilion), vient du titre d’un de ces pamphlets, daté du 11 mars 1651 et attribué à Paul Scarron (v. note [29], lettre 642). Célestin Moreau a publié une Bibliographie des mazarinades en trois volumes (1850‑1851) avec deux suppléments (1886 et 1904). Christian Jouhaud (Mazarinades : la Fronde des mots, Paris, Aubier, 2009, page 19) :

« Il faut partir de ce qui nous reste. À peu près cinq mille textes imprimés. […] En tenant compte des tirages dont on ne sait presque rien – entre 500 et 1 000 exemplaires ? –, on en aurait plus de deux millions. Quoi qu’il en soit, une collection complète réunissant un seul exemplaire de chaque texte conservé tiendrait dans une bibliothèque d’appartement. Elle représenterait environ cinquante mille pages imprimées, à quelques exceptions près, du format d’un cahier d’écolier. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 22

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(Consulté le 24.11.2020)

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