À Charles Spon, le 31 janvier 1653
Note [3]

En date du 30 janvier 1649, pendant le siège de Paris, Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, page 138) notait :

« Les voyages de tous les messagers, courriers, ordinaires < étant > interdits, comme il a été par la cour, on a commis des conseillers de la cour qui tiendront bureau, par le sieur Burin, ancien commis de la poste, pour faire aller courriers en toutes parts, de la manière et adresse qu’ils pourront éviter d’être arrêtés par le parti de la cour. Ceci a été changé ci-après en une chambre des dépêches. »

Selon la minute d’un bail conservée aux Archives nationales (mc/et/xliii/56, datée du 10 novembre 1648), Rolin (ou Rollin) Burin n’était plus simple commis de la Poste (royale), mais déjà « conseiller du roi, maître des courriers des postes et bureaux des provinces de Normandie et de Bretagne, maître des courriers du bureau général des dépêches de la poste de Paris ». L’Arrêt notable du Parlement, rendu en l’audience de la Grand’Chambre, le dixième mars mil six cent cinquante-quatre, contre les maîtres des postes et messagers dénonçait les exactions de Burin (Les Édits et ordonnances des très-chrétiens rois… Sur le fait de la justice et abréviation des procès… par Mes Pierre Neron et Estienne Girars, avocats en Parlement…, Paris, Guillaume de Luyne, 1685, in‑4o), page 343 :

« Les postes, originairement inconnues en France, ont eu leur première institution pour la nécessité des affaires du roi, et non pour la commodité des particuliers : pour cela, elles ont été seulement disposées sur les routes des généralités ; et par les arrêts de Beauvais et Reims, et du Mans, cette maxime a été confirmée, et les établissements nouveaux que l’on voulait faire ont été condamnés. Ceux qui possèdent des postes et qui en perçoivent un revenu immense, par les exactions qu’ils commettent, ont cru que la meilleure voie pour étouffer les plaintes publique était de réunir à leurs personnes les messageries obligeant par ce moyen les sujets du roi de se servir de leur ministère et de faire porter toutes leurs lettres par la voie de la poste : les messagers, qui sont ou leurs commis ou des personnes affidées, refusant de s’en charger. {a} Ce désordre, dont le public était notablement intéressé, a souvent excité la voix de ceux qui étaient en leurs places ; et sur les plaintes qui en ont été faites, plusieurs arrêts sont intervenus, qui défendent expressément de joindre ces deux qualités, et qui veulent que la poste soit exercée par différentes personnes. Cependant, l’on prétend qu’au mépris de tous les arrêts, le nommé Rolin Burin a voulu non seulement établir la poste dans la ville du Mans, mais encore qu’il en possède les messageries sous des noms supposés, et qu’en effet le titre en est résidant en sa personne ; que les nommés Boré ayant eu plusieurs contestations et obtenu divers arrêts contre lui, qui faisaient défenses d’établir aucun bureau de poste en la ville du Mans, n’étant sous la route d’aucune généralité, il a traité avec eux et acheté sous le nom d’un nommé Bassin, son valet, les messageries du Mans pour une somme immense de soixante mille livres. La preuve de cette vérité résulte des pièces qui sont entre leurs mains. La première est un bail fait de cette messagerie au nommé Couet par Bassin, à la réserve (porte cet acte) des lettres et paquets qui seront portés par la voie de la poste. Il serait difficile de se persuader que si le nommé Bassin n’était ou le commis de Burin, ou une personne par lui supposée, qu’il eût eu ce soin et cette charité d’entrer dans ses intérêts, de stipuler pour lui et de lui réserver le port des lettres, et par là, contrevenir disertement {b} aux arrêts. La seconde est une déclaration faite par Couet à Mantois, par laquelle il déclare qu’il a pris bail du nommé Burin, sous le nom de Bassin, son commmis. »


  1. Initialement réservée au transport des courriers officiels, la Poste royale était un réseau de lieux, dénommés relais de poste, choisis « sur les grands chemins, de distance en distance, où les courriers trouvent des chevaux tout prêts pour courir et faire diligence » (Furetière). Officiers royaux placés sous l’autorité de l’intendant des postes, les maîtres de poste en assuraient le fonctionnement. Indépendamment de la Poste royale, les messageries étaient des services affermés qui assuraient le transport des lettres, paquets et colis des particuliers. Il était tentant pour les maîtres des postes d’être aussi messagers, mais la loi l’interdisait. En 1672, la poste racheta les messageries pour en faire un monopole affermé.
  2. Nettement.


Ses mésaventures et malversations n’ont pas empêché Burin de figurer dans le Dictionnaire de la noblesse… (tome iii, seconde édition, Paris, veuve Duchesne, 1771, in‑4o, pages 367‑368) :

« Châtelain de Brezons, de la Grange et du Milieu, seigneur de Brunoy, d’Hiers {a} et autres lieux, principal bienfaiteur de congrégation des camaldules de France, en la maison de Grosbois, {b} fut reçu conseiller, secrétaire du roi, Maison et Couronne de France, le 11 septembre 1654. Il fut pourvu de l’office de grand audiencier de France le 29 novembre 1658 et épousa Louise de Massieu, qui obtint par faveur ses entrées à la cour. »


  1. Yerres (Essonne).

  2. Les camaldules sont les religieux de l’Ordre de Camaldoli (près de Poppi dans la province d’Arezzo en Italie). La vie d’un camaldule est bien solitaire et bien austère. Il n’y a qu’un couvent de camaldules en France, il est à quelques lieues de Paris proche de Grosbois (v. note [8], lettre 853). Les camaldules n’ont pas eu ce nom dès le commencement de leur Ordre, ils ne l’ont porté que longtemps après la mort du bénédictin saint Romuald de Ravenne qui le fonda au xe s. : jusqu’à la fin du xie s., on les appelait romualdins ; camaldules était alors un nom particulier à ceux du désert de Camaldoli ; ce nom ne fut pas donné à tout l’Ordre parce que Camaldoli était le premier monastère où l’Ordre eût commencé (car ce fut en Aquitaine), mais parce que la régularité s’y maintint mieux qu’ailleurs (Trévoux).

Dans l’historiette consacrée à Mme de Champré, Tallemant des Réaux (tome ii, page 280) a narré une aventure galante de la femme de Burin : « C’est une impertinente, une folle ; mais elle est obligeante au dernier point. » La note d’Adam (page 1141) explique :

« Ce Burin était {a} premier commis de Jérôme Nouveau, surintendant des Postes. Sur la fin de janvier 1653, il fut enlevé près de Vincennes par un parti de cavaliers du régiment de Persan. {b} Sa femme était présente. Elle poussa de grands cris. Elle en poussa de plus grands lorsqu’ayant été libérée, elle apprit que les cavaliers ne lui rendraient son mari que contre “ une très grande et grosse somme ”. »


  1. Sic pour avait été.

  2. V. note [43], lettre 229.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 31 janvier 1653. Note 3

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0302&cln=3

(Consulté le 12.08.2022)

Licence Creative Commons