À Charles Spon, le 21 septembre 1655, note 3.
Note [3]

Le Gouvernement présent ou Éloge de son Éminence. Satire ou La Miliade (Envers [sic pour Anvers ?], sans nom ni date [1635 ou 1636], in‑8o de 66 pages) est un pamphlet assassin de mille vers contre le cardinal de Richelieu. Il a été réédité (et sans doute réutilisé comme mazarinade), « ce 27 mars 1649 » : Le Tableau du gouvernement présent, ou éloge de Son Éminence, Satire de mille vers, nouvelle édition revue, et exactement corrigée (Paris, sans nom, in‑fo de 15 pages, dont Internet Archive présente un possible exemplaire non daté).

Son auteur présumé (selon le catalogue de la BnF et selon le Patiniana, v. note [35] de sa 3e partie) est Jacques Favereau (Cognac 1590-1638) : conseiller à la Cour des aides en 1617 ; distingué lettré et ami de l’abbé de Marolles (v. note [72], lettre 183), il a composé plusieurs ouvrages en vers latins et français.

Tallemant des Réaux (tome i, page 248) a parlé de ce libelle anonyme, rédigé en 1636, dans son historiette sur le cardinal de Richelieu :

« L’écrit qui l’a le plus fait enrager depuis cela {a} a été cette satire de mille vers où il y a du feu, mais c’est tout. Il fit emprisonner bien des gens pour cela, mais il n’en put rien découvrir. Je me souviens qu’on fermait la porte sur soi pour la lire : ce tyran-là était furieusement redouté. Je crois qu’elle vient de chez le cardinal de Retz ; on n’en sait pourtant rien de certain. »


  1. La déclaration de guerre à l’Espagne en 1635.

Voici les vers complets sur le P. Joseph (pages 23‑26) :

« Le Moine imite saint François,
Il protège les Suédois,
Il a le zèle Séraphique,
Il travaille pour l’hérétique,
Il est percé du divin trait,
Mais non encore tout à fait,
Car il porte bien les stigmates,
Mais non les marques écarlates.
Son capuchon pyramidal
Ne lui plaît qu’étant à cheval
Sur la bête luxurieuse,
Qui prend la posture amoureuse,
Et par le branle et par le choc
Fait dresser la pointe du froc.
Il n’a plus le simple équipage
Du fameux mulet de bagage,
Qui n’avait comme un Cordelier,
Pour train qu’un âne régulier.
Cette vieille bête de somme
A pris le train d’un gentilhomme,
Que bien, quand le vin l’animait,
Le brave cavalier nommait :
Il a suivant et secrétaire,
Il a carrosse, il a litière,
Il a des laquais insolents,
Qui jurent mieux que ceux des grands.
Il est l’oracle des oracles,
Il est le faiseur de miracles,
L’Esprit saint forme ses discours,
Un ange les écrit toujours,
Ils font partout fleurir la guerre,
Ils le canonisent en terre,
Il est des saints réformateurs
De l’ordre des frères Mineurs.
Il fait une règle nouvelle
Pour grimper au Ciel sans échelle,
Pour y monter à six chevaux,
Et par ambitieux travaux,
Gagner Dieu par où les âmes
Gagnent les éternelles flammes,
Pour être capucin d’habit,
Pour être esclave du crédit,
Pour être éminent dans l’Église,
Pour empourprer la couleur grise,
Pour être martyr des enfers,
Pour être un monstre en l’Univers. »

Suivent, de la même encre vitriolée les portraits de Pierre iv Séguier, Sublet de Noyers, Servien, Chavigny, etc.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 21 septembre 1655, note 3.

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(Consulté le 22/06/2024)

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