À Charles Spon, le 7 mars 1653
Note [30]

Juan Mariana (Talavera, province de Tolède 1537-Tolède 1624) se fit jésuite en 1554. « Il devint un des plus habiles hommes de son siècle ; grand théologien, grand humaniste, profond dans la connaissance de l’histoire ecclésiastique et de l’histoire profane, bon Grec et docte dans la langue sainte. Il alla à Rome l’an 1561 et y enseigna la théologie. Au bout de quatre ans, il s’en alla en Sicile et y enseigna pendant deux années. Il vint à Paris l’an 1569 et y expliqua Thomas d’Aquin pendant cinq ans. Sa santé ne lui permit pas de continuer et l’obligea de s’attacher à des études moins pénibles. Il s’en retourna en Espagne l’an 1574 et passa le reste de ses jours à Tolède » (Bayle).

Le plus célèbre ouvrage de Mariana est son traité De Rege et regis institutione [Du Roi et de l’institution du roi], imprimé à Tolède en 1598 : se demandant s’il est permis de se défaire d’un tyran, il donne le récit de l’assassinat d’Henri iii et approuve l’action de Jacques Clément, et admire son courage et sa fermeté intrépide. L’ouvrage « fut brûlé à Paris par arrêt du Parlement à cause de la pernicieuse doctrine qu’il contenait. Il n’y a rien de plus séditieux ni de plus capable d’exposer les trônes à de fréquentes révolutions, et la vie même des princes au couteau des assassins, que ce livre de Mariana. Il exposa les jésuites, et surtout en France, à mille sanglants reproches et à des insultes très mortifiantes que l’on renouvelle tous les jours, qui ne finiront jamais, que les historiens copieront passionnément les uns des autres, et qui paraissent d’autant plus plausibles qu’il fut imprimé avec de bonnes approbations. On publia que Ravaillac y avait puisé l’abominable dessein qu’il exécuta [en 1610] contre la vie d’Henri iv et qu’il l’avait avoué dans son interrogatoire. Ce fait fut contredit publiquement » (ibid.).

Tandis qu’il était en prison pour avoir publié ce brûlot, on fouilla tous les papiers de Mariana pour y trouver le manuscrit qui intéressait ici Guy Patin, de Govierno de la Compania de Jesus, « où l’auteur représentait les malheurs funestes dont la Compagnie était menacée si elle ne corrigeait les désordres de son gouvernement ; sur quoi il suggérait de fort bons conseils. L’évêque d’Osma ne fit point difficulté de donner à lire ce manuscrit à ses amis et de leur en laisser tirer des copies. De là vint que cet ouvrage tomba entre les mains de quelques personnes qui l’envoyèrent en France, en Allemagne et en Italie. Un libraire français le fit imprimer, non seulement en espagnol, qui était la langue de l’original, mais aussi en latin, en français et en italien. Dès qu’il eut été porté à Rome, le jésuite Floravanti, confesseur d’Urbain viii, le lut et s’écria, heu ! heu ! actum est de nobis Iesuitis, quando nimis vera sunt quæ liber hic cantat [hélas ! hélas ! c’en est fait de nos jésuites car ce que chante ce livre n’est que trop vrai]. Le général des jésuites n’épargna rien pour obtenir la condamnation de ce livre, et cela lui fut enfin accordé l’an 1631 » ; on contesta plus tard que Mariana en eût été le véritable auteur (ibid.).

Il avait paru en français pour la première fois en 1625 : Discours du Père Jean Mariana, jésuite espagnol, des grands défauts qui sont en la forme du gouvernement des jésuites ; traduit d’espagnol en français (par Auger de Mauléon) (sans lieu ni nom, in‑8o). En latin, sous le titre de Discursus de erroribus, qui in forma gubernationis Societatis Iesu occurrunt, xx capitibus [Discours en 20 chapitres sur les erreurs qui se commettent dans l’organisation du gouvernement de la Société de Jésus], on le vendait en 1635 avec le livre de Caspar Schoppe cité supra dans la note [29].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 mars 1653. Note 30

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(Consulté le 04.12.2020)

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