À Claude II Belin, le 6 mars 1650
Note [4]

  • Térébenthine (Trévoux) :

    « Gomme blanche, claire, visqueuse et odorante qui se tire des arbres gras, et surtout du térébinthe. On fait une incision à l’arbre et on en recueille le suc avec des cornes de bœuf qu’on y attache. On en donne à boire en certaines maladies de femmes, et à ceux qui ont fait quelque chute, pour empêcher l’extravasion du sang ; et alors leur urine et leur pot de chambre sentent la violette sept ou huit jours. La meilleure térébenthine est celle qui découle du térébinthe, qui est blanche en tirant sur le vert. La meilleure vient de Chio. Elle est moins liquide que celle de Venise et des autres lieux » (Furetière). « La térébenthine est propre pour la gravelle [v. note [2], lettre 473], pour la colique néphrétique, pour les ulcères des reins et de la vessie. »

  • Sassafras (Thomas Corneille) :

    « Arbre qui croît dans la Floride, d’où l’on apporte son bois en Europe. Cet arbre est fort grand et a ses feuilles comme le figuier. Son écorce est chaude et sèche au commencement du troisième degré, et les autres parties le sont seulement au second. La décoction de son bois est excellente en toutes sortes de maladies, surtout pour ouvrir les obstructions, pour fortifier les parties internes et pour guérir quantité de maux que l’on gagne avec les femmes. C’est l’un des six médicamens simples dont on se sert pour la guérison de la vérole. Comme il est fort rare et cher, il faut prendre garde à ne se laisser point tromper par ceux qui font passer pour vrai sassafras de la sciure de buis dans laquelle il y a de la graine de fenouil broyée. Ce bois, pour être bon, doit être solide et jaune, et avoir son écorce tenue, de couleur cendrée, de saveur un peu âcre et aromatique, et semblable à celle du fenouil, auquel son odeur se doit aussi rapporter. ».

    V. note [81], lettre latine 351, pour des détails complémentaires sur cet arbre.

  • Salsepareille (ibid.) :

    « Racine fort longue que l’on nous apporte du Pérou et qui a de longs et menus filets. […] Elle a d’abord la vertu d’échauffer modérément, d’ouvrir ensuite et d’exciter la sueur, et enfin d’éteindre le virus vénérien, ce qui la rend un des médicaments simples dont on a coutume de se servir pour la guérison de la vérole. ».

    Gilles Ménage a débattu sur l’origine de son nom (Dictionnaire étymologique, 1694, Sarzepareille, page 655) :

    « Plante des Indes. Les Médecins de Lyon, livre 18, chapitre 129. Ex novi orbis, sive Americæ, Provinciis, etiam prodiit zarza parilla, et Chinæ radici successit : eique laudem eripuit, quod non nisi cariosa, et longa vectura evanida atque marcida ad nos pervenire soleat. Zarzam parillam Hispani, qui primi ejus usum in Europam ex Peru invexere, breviore itinere, atque adeo integrioribus viribus, ad nos transmittunt, ad multos, variosque morbos, præstantissimum medicamentum. Qui primi illic viderunt, Zarzæ parillæ nomen indiderunt propter magnam similitudinem quam habet cum zarza parilla Hispanica, id est, smilace aspera : quasi dicas rubum viticulam. Nec Hispanis, inquit Matthiolus, Zarza parilla aliud est quam rubus viticulosus : parra enim Hispanis vitis dicitur ; parilla viticula ; et zarza, rubus. Ejus apud indigenas nomen spinosam vitem Latinis significare, Lopius Lusitanus auctor est. {a} Joseph Scaliger, page 132 du premier Scaligerana : Sarza parilla est vera smilax aspera, omnibus Monspelii notissima. Sic dicta est Hispanice a çarza, quod spinam significat, et a Parillo, medico Hispano, qui primus fuit inventor usus illius, et hanc radicem ad nos adsportavit. Doctores Monspelienses non jam alia sarzaparilla utuntur quam radicibus smilacis. {b} L’étymologie de Scaliger est la véritable. »


    1. « La zarza parilla est aussi venue des pays du Nouveau Monde, ou Amérique, et elle a succédé à la racine de china [quinquina]. Elle a connu un grand succès car, bien qu’elle nous arrive ordinairement éventée et fanée par son long transport, elle n’a rien perdu sa force. Les Espagnols ont importé la zarza parilla du Pérou en Europe et, après un plus court voyage, en ont les premiers établi l’usage, et nous l’ont enseigné, comme médicament très remarquable pour traiter quantité de maladies diverses. Ce sont aussi eux qui lui ont donné son nom, à cause de sa grande ressemblance avec la zarza parilla espagnole, c’est-à-dire la smilax aspera, qui signifie ronce treille. La zarza parilla, dit Matthiole, n’est rien d’autre que le rubus viticulosus [liseron épineux ou liset piquant] ; en espagnol, en effet, parra veut dire vigne et parilla, treille, et zarza signifie ronce. Selon Lopius le Portugais, le sens latin du nom que les indigènes lui ont donné est vitis spinosa [vigne épineuse]. »

    2. Prima Scaligerana, 1740, pages 147‑148 :

      « La sarza parilla est en vérité la smilax aspera, fort bien connue de tous ceux de Montpellier. Elle est ainsi nommée de sçarza, qui signifie épine en espagnol, et de Parillo, médecin espagnol qui, le premier, a découvert l’utilité de cette racine et l’a importée chez nous. Les docteurs de Montpellier n’emploient jamais d’autre nom que salsepareille pour désigner les racines de smilax. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 6 mars 1650. Note 4

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(Consulté le 25.09.2022)

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