À André Falconet, le 8 février 1664
Note [4]

« Il a le cheval Séjus et il est né le quatrième jour après la nouvelle lune », pour dire « il joue de malchance ».

Aulu-Gelle (Nuits attiques, livre iii, chapitre ix, § vii) :

Gauius Bassus in commentariis suis, item IuliusModestus in secundo quæstionum confusarum historiam de equo Seiano tradunt dignam memoria atque admiratione. Gnæum Seium quempiam scribam fuisse eumque habuisse equum natum Argis in terra Græcia, de quo fama constans esset, tamquam de genere equorum progenitus foret, qui Diomedis Thracis fuissent, quos Hercules Diomede occiso e Thracia Argos perduxisset. Eum equum fuisse dicunt magnitudine inuisitata, ceruice ardua, colore pœniceo, flora et comanti iuba, omnibusque aliis equorum laudibus quoque longe præstitisse ; sed eundem equum tali fuisse fato sive fortuna ferunt, ut, quisquis haberet eum possideretque, ut is cum omni domo familia fortunisque omnibus suis ad internecionem deperiret. Itaque primum illum Gnæum Seium, dominum eius, a M. Antonio, qui postea triumuirum reipublicæ constituendæ fuit, capitis damnatum miserando supplicio affectum esse ; eodem tempore Cornelium Dolabellam consulem in Syriam proficiscentem fama istius equi adductum Argos deuertisse cupidineque habendi eius exarsisse emisseque eum sestertiis centum milibus ; sed ipsum quoque Dolabellam in Syria bello ciuili obsessum atque interfectum esse ; mox eundem equum, qui Dolabellae fuerat, C. Cassium, qui Dolabellam obsederat, abduxisse. Eum Cassium postea satis notum est uictis partibus fusoque exercitu suo miseram mortem oppetisse ; deinde post Antonium post interitum Cassii parta uictoria equum illum nobilem Cassii requisisse et, cum eo potitus esset, ipsum quoque postea uictum atque desertum detestabili exitio interisse. Hinc prouerbium de hominibus calamitosis ortum dicique solitum : “ ille homo habet equum Seianum ”.

[Gabius Bassus, dans ses Commentaires, et Julius Modestus, dans le deuxième livre de ses Remarques mêlées, racontent l’histoire merveilleuse du cheval de Sejus. Ce Cnæus Sejus, disent-ils, avait un cheval né à Argos, en Grèce, dont l’origine, si l’on en croit une tradition fort accréditée, remontait jusqu’à ces fameux coursiers que Diomède possédait en Thrace et qu’Hercule, {a} après avoir fait périr Diomède, conduisit de Thrace dans Argos. C’était, dit-on, un cheval bai d’une grandeur extraordinaire ; il avait la tête haute, la crinière fournie et luisante, et possédait au plus haut degré toutes les autres qualités que l’on estime dans un cheval. Mais telle était la fatalité, ou le sort funeste attaché à cet animal, que tous ceux qui le possédaient mouraient de mort violente après avoir perdu tout leur bien, à la suite d’affreux malheurs. Ainsi, son premier maître, Cn. Sejus, condamné à mort par M. Antoine, qui dans la suite {b} fut triumvir, perdit la vie dans d’horribles supplices ; à la même époque, le consul Cornelius Dolabella, partant pour la Syrie, attiré par la célébrité de ce coursier, passa par Argos ; il fut saisi d’un vif désir de l’avoir, et il l’acheta cent mille sesterces. Or la guerre civile ayant éclaté en Syrie, Dolabella lui-même fut assiégé et égorgé. Bientôt le cheval passa de Dolabella à C. Cassius, qui avait assiégé ce dernier ; on sait assez que Cassius, voyant la ruine de son parti, la déroute de son armée, périt d’une manière funeste, frappé de sa propre main. Vainqueur de Cassius, Antoine se fit amener le cheval déjà fameux de son adversaire ; mais peu de temps après l’avoir eu en sa possession, trahi par la fortune, abandonné des siens, il périt de la plus déplorable mort. De là est venu ce proverbe appliqué souvent aux hommes que le malheur poursuit : “ Cet homme a le cheval de Sejus ”].


  1. V. note [3], lettre de Reiner von Neuhaus, le 21 octobre 1663.

  2. En 43 av. J.‑C.

Quarta luna nati [Nés le quatrième jour de la lune] est un adage commenté par Érasme (no 77) pour désigner ceux que le destin condamne au malheur pour être nés sous une mauvaise étoile. Le plus célèbre a été Hercule, né un quatrième jour de la lune, qu’Eurysthée, roi de Mycènes, persécuta sans relâche jusqu’à la mort, en lui faisant accomplir les douze fameux Travaux.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 8 février 1664. Note 4

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0768&cln=4

(Consulté le 02.12.2020)

Licence Creative Commons